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Nucléaire : « S’ils sont malades, c’est à cause de leur travail »

 ©Cédric Valax

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La chambre sociale de la cour d’appel de Papeete a examiné jeudi matin le dossier de deux anciens travailleurs affectés sur les sites du Centre d’expérimentation du Pacifique (CEP). Dans les deux cas, ces victimes des essais nucléaires ont intenté une action en responsabilité contre le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) pour faire reconnaître leur cancer comme maladie professionnelle. La décision a été mis en délibéré au 18 février 2016.

Le premier jugement du tribunal du travail de Papeete en faveur des anciens travailleurs du CEA, Robert Voirin et Lucien Faara, date de 2009. En 2012, le dossier d’appel avait été repoussé suite à des demandes d’expertise de la cour. Jeudi, les avocats des victimes ont donc plaidé pour la première fois en appel sur le fond du dossier. Dans cette affaire les victimes cherchent toujours à faire reconnaître leur cancer comme maladie professionnelle en démontrant la responsabilité du CEA qui, selon eux, a failli à son obligation de sécurité de résultat. A l’origine de cet appel, Me Franck Dremaux, avocat du CEA, conteste la décision du tribunal du travail. Dans sa plaidoirie, l’avocat parisien précise tout d’abord que ces travailleurs n’étaient pas des salariés du CEA. L’autre ligne de défense du conseil reproche aux expertises de ne pas apporter la preuve que les maladies des victimes soient dues à leur activité au sein du CEP. « La vérité scientifique affirmée, réaffirmée et démontrée, c’est que bien évidemment, l’ensemble des personnels travailleurs occupés sur les sites du CEP ont été protégés, surveillés contre un risque d’exposition qui n’existe pas ».

Pour autant, cette ligne de défense n’a pas empêché le CEA d’être condamné pour les mêmes faits en métropole où plusieurs salariés ont réussi à faire reconnaître leurs pathologies comme résultantes de leur travail. Pour Me Cécile Labrunie : « Il n’y a pas de raison que les travailleurs polynésiens rencontrent plus de difficultés (…). S’ils sont malades c’est à cause de leur travail ».

Présent lors de l’audience, le président de l’association Moruroa e tatou, Roland Oldham, dénonce une pression « diabolique » du CEA qui, selon lui, a déjà planifié un recours en cassation. Pour lui, c’est à l’État d’apporter la preuve que les maladies n’ont pas été causées par les essais nucléaires et non aux victimes de démontrer le contraire. Roland Oldham juge également inhumains ces recours pour les victimes traumatisées.

La cours d’appel a mis son arrêt en délibéré au 18 février 2016.

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3 Commentaires

  1. tupai
    13 novembre 2015 à 9h06 — Répondre

    honte à la France, patrie des Droits de l’Homme.
    Liberté, Egalité Fraternité, que des mots : du vent !

  2. 13 novembre 2015 à 10h49 — Répondre

    Roland OLDHAM dénonce, à juste titre, une pression « diabolique » du CEA.
    Les victimes des essais nucléaires ont face à elles l’armée ou le CEA. Avec leur puissance financière, les hors-la-loi utilisent le Droit pour les protéger de leurs coups tordus. C’est ainsi que fonctionne la justice au service des puissants.
    Bon courage aux victimes.
    Jacques LECOQ

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