EMISSIONSL'édito d'Alexandre Taliercio

« Oti » le cumul ? – EDITO 21/02/2017

Selon les informations que vous donnaient en exclusivité la rédaction de Radio 1 dès hier après-midi, Nuihau Laurey démissionne donc du gouvernement. Il devait de toute façon faire un choix cette année. La loi adoptée en 2014 par la gauche sur le non cumul d’un mandat national avec celui d’un exécutif local va s’appliquer dès juin pour les législatives et septembre pour les sénatoriales partielles.

Mais le fait est que le débat n’est pas terminé. En effet, depuis août 2016 la gauche comme la droite a souhaité reporter cette échéance, et même modifier le contenu de la loi. Certains qui ne l’avaient pas votée en 2014 disent qu’elle est une « crétinerie », quand d’autres qui l’ont voté finissent par le regretter. Ils se rendent compte que de ne plus bénéficier d’une emprise locale risque de ralentir leur agenda personnel. Et même à droite les sons de cloche diffèrent car alors François Fillon est opposé à ce que l’on revienne dessus, François Baroin, jeudi dernier, se lamentait de son application telle quelle. Pour lui cette loi anti-cumul équivaut, je cite, à « une loi anti-territoire, anti-maires », pour lui, elle empêchera de peser au Parlement pour trouver un équilibre avec un exécutif puissant. Franchement, ça se discute.

D’un côté il met le doigt sur le problème principal mais finalement tout en le soutenant. Car la France est en effet encore bien trop centralisée, la pléthore de fonctionnaires bien mal utilisée et c’est à ça qu’il faudrait s’attaquer de front. Ensuite, l’aspect professionnel de la pratique de la politique en France fait figure de voie royale. Pas simplement parce qu’on peut y faire un beau parcours, mais parce que les privilèges y sont encore bien trop nombreux. Ainsi éviter de cumuler ces derniers par les temps austères que nous traversons n’est pas de mauvais ton, bien au contraire. Nous avons engendré et nourri notre propre caste de nantis. Sur l’échiquier de la vie politique française actuellement ne nous leurrons pas, il n’y a aucun parti pour rattraper l’autre en termes de vertu. Dès qu’il y a possibilité de profiter, parfois même de se gaver, on s’engouffre dans la brèche. Ce qui est reproché à Fillon n’est que la partie émergée, et bien opportune, de l’iceberg, alors que tous ceux qui ont pu ont en profité, ou en profitent encore, dans ce Parlement ou un autre.

Le pouvoir ça se partage, ça se délègue. Un ancrage local il y a bien des manières de la créer ou de le renforcer sans cumuler les mandats et fonder sa réflexion sur un calcul politicien et statisticien plutôt qu’en facilitant l’accès du plus grand nombre aux responsabilités. Il y a des chances que cela puisse permettre l’émergence d’une potentielle nouvelle génération politique plurielle dans ses composantes et rien que pour ça, ça vaut le coup de le tester et pour y parvenir c’est toujours mieux que de couper des têtes n’est-ce pas ? Ah ça ira ça ira ça ira …

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