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Pardon de la France : une approche radioactive – Edito 14/05/2021

Voici les propos de Sébastien Lecornu “Je pense qu’assumer, poser ce qu’est rendre justice et ce qu’est la vérité, c’est plus fort que le pardon.”, fin de citation. La démarche intellectuelle pour en arriver à une telle conclusion n’est pas inintéressante, mais en l’espèce en tout cas elle s’avère particulièrement décevante. Le « pardon » est par nature un symbole puissant de contrition. Dans la société en perte de repères dans laquelle nous évoluons, il apparaît inconséquent de minimiser l’impact du symbole. Si à n’en pas douter le Ministre était préparé avant de débarquer en Polynésie sur les éléments de langage à utiliser lorsqu’il s’agirait d’aborder la thématique des conséquences des essais nucléaires, force est de constater qu’encore une fois on a pêché par parisianisme aigu.

Rendre à ce point hypothétique, voire même fermer la porte à un « pardon » au bénéfice d’un peuple éminemment croyant et à propos duquel on n’en est plus à se poser la question de savoir s’il a souffert dans sa chair des conséquences des essais – tant on en est à présent totalement sûr – cela peut être considéré comme une faute politique, et morale, lourde de sens. Lorsque l’on utilise l’argument de n’avoir été âgé que de 10 ans lors du dernier test de la bombe cela ne devrait pas servir à tenter de se dédouaner des choix qui avaient été fait par ses aînés, cela devrait plutôt être mis au service d’une argumentation bienveillante qui reposerait sur le fait que la génération à laquelle on appartient, plus que simplement contribuer à assumer et réparer, est prête à oser avancer jusqu’au bout s’il le faut sur la piste de l’humilité.

Au Fenua le sentiment de défiance envers la France, doucement mais sûrement est en train de grandir, le fait nucléaire et tout ce que l’on apprend de nouveau à son sujet y contribue allègrement. Même ceux que l’on pouvait compter parmi les plus fidèles partisans de l’Etat prennent des postures qui malgré leurs relents opportunistes et démagogiques, n’en demeurent pas moins incarner une remarquable rupture. En outre, se décharger de sa responsabilité sur des acteurs « locaux » que l’on fait passer pour des complices ressemble plus à une méthode de voyous pris la main dans le sac qu’autre chose. Alors oui, ces complicités ont existé, oui la Polynésie a été financièrement perfusée pour le supporter au point que certains s’en sont gavés, mais en quoi cela affranchirait-il de demander pardon ? L’arrosage était censé couvrir ce qui était annoncé, et pas les vices cachés d’un tel acabit.

Oscillant entre la prudence, la pondération, mais donc aussi l’aberration, le Ministre des Outre-Mer Sébastien Lecornu ne parvient pas, de mon point de vue en tout cas, à incarner l’image rassurante d’une France qui devrait être prête à tout pour renforcer et sceller le pacte citoyen au sein de toutes les communautés qui la compose. Combien de temps laissera-t-on encore l’orgueil atomiser la paix sociale ?

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Journal de 7:30, le 14/05/21

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