ACTUS LOCALESSOCIAL

Pas de grève générale ce mardi

Les syndicats en plein analyse du projet de protocole de fin de conflit mis sur la table par le Pays, hier soir. C.R.

Après de longues négociations, les syndicats, le Pays et l’Etat ont signé un protocole de fin de conflit, ce lundi soir. Il acte, entre autres, une meilleure indemnisation des sujets contacts, un un renforcement de certaines mesures de prévention sanitaire. « On est content de ne pas avoir à partir au conflit, a réagi Patrick Galenon. Mais c’est un peu malheureux de devoir menacer de grève pour avancer comme ça ».

Les discussions avec les spécialistes de la santé avaient semble-t-il soulevé plus de questions qu’apporté de réponses aux syndicats ce matin. Celles de cet après-midi, en présence des patrons, avaient permis des avancées sur les questions économiques, mais pas sur le volet sanitaire des revendications. Il a fallu attendre tard dans la soirée pour que les syndicats signataires du préavis de grève générale (CSIP, CSTP-FO, Otahi, O Oe To Oe Rima, et la Fédération de la manutention portuaire) suspendent leur action.

Ces organisations, qui avaient déposé des demandes d’autorisation de manifestation à Papeete pour ce mardi matin, ont longtemps continué à envisager un mouvement. « On n’a pas peur d’aller à la grève, on a peur pour notre peuple, on a peur que le virus continue, expliquait Mahinui Temarii, le chef de file de la Fédération de la manutention portuaire, peu avant 20 heures. On va prendre nos responsabilités et ils prendront les leurs. Combien il y a de cas aujourd’hui ? 700 ? Et demain? 800 ? 1000 ? Ca va aller jusqu’à où ? Jusqu’à qu’il y ait des décès ? ».

Les oppositions portaient surtout sur la gestion du rebond épidémique. Les syndicats sont partisans d’un contrôle rigoureux aux entrées du Pays pour empêcher toute introduction en attendant que le virus soit maîtrisé au fenua. Ils revendiquaient notamment la remise en place de quatorzaine obligatoire en site dédié pour tous les voyageurs. Une demande à laquelle le gouvernement a plusieurs fois répondu par la négative, insistant sur la préservation de l’activité économique et le coût d’une telle mesure.

Pas de quatorzaine, mais…

Le gouvernement a tenu bon sur ce point, mais avancé dans le sens des syndicats sur beaucoup d’autres. Il a d’abord mis sur la table des engagements sur l’indemnisation des « sujets contacts » mis en quatorzaine obligatoire. Le Pays a proposé cet après-midi de réactiver le revenu exceptionnel de solidarité pour les salariés et étendre le Deseti pour les patentés. Les syndicats ont obtenu le relèvement du plafond proposé de 46500 francs pour 14 jours « au niveau du SMIG », comme le précise Patrick Galenon. Soit plus de 70 000 francs la quatorzaine. Le gouvernement s’est aussi engagé à renforcer la prévention sanitaire en proposant dans certains cas des masques gratuits. Toujours d’après le syndicaliste, le gouvernement devrait revoir le protocole sanitaire dans les écoles en fermant plus systématiquement en cas de cas de C0vid-19. Un autre protocole d’accord doit d’ailleurs être signé dans l’enseignement demain.

Doubler les capacités de test d’ici octobre

D’importantes discussions ont aussi eu lieu sur les capacités de tests, mais les syndicats sont, sur ce point, restés sur leur faim. Le Pays a expliqué qui lui était impossible de commander les machines nécessaires à assurer « 5000 ou 6000 tests par jour » comme le demandaient plusieurs partenaires sociaux. Mais il se serait engagé, via la commande de deux machines de moindre capacité, à doubler le rythme des tests d’ici la fin octobre, pour arriver à un millier de tests par jour, auto-prélèvements compris, comme le précisait le patronat en fin d’après-midi. « Il aurait peut-être fallu commander les machines en mars », souffle un syndicaliste.

Plus globalement, « on est content d’avoir trouvé un accord et de pas partir au conflit, a réagit Patrick Galenon, de la CSTP-FO, à la sortie de la réunion. Mais c’est un peu malheureux de devoir menacer de grève pour avancer comme ça ». Le gouvernement se serait aussi engagé à lancer des discussions plus précises sur une caisse chômage d’ici la fin de l’année, et à réunir les partenaires sociaux régulièrement dans les prochaines semaines et les prochains mois. Il devrait aussi accentuer ses consignes sanitaires auprès des voyageurs. « Nous allons apporter de plus fortes recommandations via la plateforme Etis » a précisé la ministre du Travail Nicole Bouteau au micro de Tahiti Infos ce soir. C’est elle, aux côtés du secrétaire général du Haussariat, des ministres Christelle Lehartel et Tea Frogier et d’équipes du ministère de la santé, dont Maiana Bambridge, qui a mené la négociation du protocole. Il sera signé demain matin par le président Edouard Fritch.

Des morts « il y en aura malheureusement »

Ces discussions ont permis pour le gouvernement d’exposer plus en détail aux partenaires sociaux sa stratégie sanitaire actuelle. Dans la matinée, les « réservistes » et spécialistes de la santé mandatés pour répondre aux questions aux syndicats auraient parlé, d’après Patrick Galenon, de « stratégie de l’immunité collective ». C’est l’idée de faire en sorte qu’une part importante de la population (50 à 70%) soit contaminée par la maladie, sur une longue période, et développe donc une protection immunitaire. Ce qui empêcherait, à terme, la circulation du virus, et protégerait les personnes qui n’ont pas été touchée. Cela revient aussi à dire que la circulation du virus, du moment qu’elle est contrôler par des mesures sanitaires, qu’elle ne sature pas les hôpitaux, et qu’elle n’atteint pas les plus fragiles, est souhaitable ou en tout cas acceptable. C’est une stratégie qui n’a pas fait ses preuves dans les faits dans le monde, ni de façon plus théorique dans le milieu de la recherche.

Mais d’autres partenaires sociaux ont une autre lecture des présentations du gouvernement et des spécialistes sanitaires. « Je pense que la stratégie du Pays est davantage de gérer au mieux l’épidémie en attendant un vaccin », explique Christophe Plée. « La question n’est pas de savoir s’il y aura des morts, il y en aura malheureusement, c’est ce qu’on nous a expliqué, relate le président de la CPME. Le discours a changé : le Covid est là, il va falloir vivre la propagation (…) et il ne faut pas que le nombre de gens qui arrive au CHPF soit trop important par rapport à la capacité à les accueillir et à la traiter ».

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3 Commentaires

  1. 8 septembre 2020 à 6h21 — Répondre

    Ouf ! Pour l’instant on a échappé à la grève générale, c’est une bonne chose, le contraire aurait été une condamnation et une menace sur la vie du pays.
    Il faut absolument éviter de traumatiser les gens, être alarmiste est négatif car au vu des chiffres actuels : 711 cas positifs, 466 guéris, donc 245 encore actifs, 8 hospitalisés, soit 2 de moins que la veille, 66% des positifs sont guéris. Continuons à respecter les consignes et on pourra éviter une courbe ascendante de l’infection.

  2. deodata
    8 septembre 2020 à 7h46 — Répondre

    la « quatorzaine » va passer à 7 jours en Métropole… il paraît que la maladie dure de moins en moins longtemps… Question : pourquoi cet arrêt de maladie n’est-il pas pris en charge par la CPS comme n’importe quelle autre maladie (grippe, dengue et autres gastro)? Autre question : comment un salarié en arrêt pourra-t-il faire face à ses charges personnelles et familiales avec un tel retrait de salaire ?

  3. Bresson
    8 septembre 2020 à 8h24 — Répondre

    La stratégie de l’immunité collective a été un échec presque criminel en Grande-Bretagne. Espérons que l’on ne va pas commettre la même erreur en Polynésie!

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