EMISSIONSL'édito d'Alexandre TaliercioPodcasts

Pīna’ina’i : pendaison et nu frontal pour tous publics

Nombreux sont ceux qui s’insurgent sur les réseaux sociaux à propos de ce qui s’est passé lors du spectacle Pīna’ina’i samedi à la Maison de la Culture. A un moment donné, un jeune homme laisse tomber son pareu et se retrouve nu comme un vers sur scène à danser pendant de longues minutes. Cela fait belle lurette que les mises en scènes contemporaines à travers le monde se permettent ce genre de choses, sauf que … le public est averti, il vient en connaissance de cause et en tout cas on limite l’accès en fonction de l’âge.

Hors de question pour moi ni de juger la performance, ni de sombrer dans une pudibonderie opportune et démago eu égard à l’intérêt réel  ou pas d’incorporer de la nudité à ce degré sous nos latitudes. Tant le metteur en scène que le danseur avaient le droit, ils l’ont pris. Si en l’espèce je tiens à saluer leur audace, mon avis c’est qu’ils ont pêché par naïveté, de l’empressement peut être, le tout saupoudré sans doute d’un peu trop de confiance en eux.

J’ai lu que des défenseurs de Pīna’ina’i arguaient qu’il s’agissait je cite de « bien plus qu’un spectacle », que quand on y allait il fallait se préparer à « être violemment retourné, choqué et profondément perturbé », fin de citation.

D’accord, moi j’ai 40 piges, et je peux le supporter, le digérer, d’autres n’ont pas le recul. Que des enfants de moins de 12 ans, et il y en avait beaucoup selon plusieurs sources, aient pu voir un monsieur danser tout nu est finalement un moindre mal par rapport à une autre scène du spectacle dont on parle finalement moins. Il s’agissait d’une mise en scène réaliste de pendaison quand le thème du suicide était traité.

Vouloir marquer les esprits est une chose, mais ne pas prendre suffisamment de pincettes pour mieux cibler le public que l’on veut artistiquement et intellectuellement interpeller par ce qu’on lui sert en est une autre. La responsabilité d’un organisateur de spectacle ne se limite pas à ce qui se déroule sur scène. Ici, la représentation était non seulement gratuite mais ouvert à toutes et tous. La responsabilité de la Maison de la Culture est donc elle aussi impliquée car on a du mal à s’imaginer qu’ils ignoraient le contenu du spectacle, dans les deux cas il va falloir l’assumer.

Que la littérature et la culture polynésienne contemporaine aient un terrain d’expression qualitatif pour s’exprimer via Pīna’ina’i est un bienfait, mais participer à l’élévation des consciences en réalisant un quasi hold-up à l’aveugle et sans aucun distinction de ces dernières n’est à mon sens pas la solution la plus vertueuse. Tiens, voilà une idée de thème pour l’édition de l’an prochain : le droit à l’erreur et surtout le devoir moral de ne pas la renouveler quand on en commet.

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