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Polanski: la Pologne relance la procédure d'extradition vers les Etats-Unis

Varsovie (AFP) – Le gouvernement polonais va rouvrir la procédure d’extradition du cinéaste franco-polonais Roman Polanski vers les Etats-Unis où il est poursuivi pour le viol d’une mineure en 1977, a annoncé mardi le ministre de la Justice Zbigniew Ziobro.

Cette initiative semble s’inscrire dans l’orientation générale du gouvernement populiste de Droit et Justice (PiS) qui déclare mener une oeuvre d’assainissement du pays en prenant pour cible les élites libérales.

Le ministre, qui est aussi procureur général et dont les pouvoirs ont été élargis récemment, a indiqué qu’il allait contester devant la Cour suprême « une décision du tribunal de Cracovie de ne pas remettre M. Polanski aux Etats-Unis, alors qu’il est accusé d’un crime cruel contre un enfant, le viol d’un enfant », a-t-il dit à la radio publique.

« Ce n’est pas une surprise pour nous », a déclaré à l’AFP un des avocats de Roman Polanski, Jerzy Stachowicz.

Né en France de parents polonais, l’auteur de « Rosemary’s Baby » et de « Chinatown » âgé de 82 ans ne se trouve pas actuellement en Pologne, a précisé son avocat.

« On s’y attendait. M. Ziobro a annoncé par le passé qu’il allait le faire. Pour l’instant nous ne pouvons pas le commenter, car nous ne savons pas s’il l’a déjà fait ou s’il va le faire », a dit le juriste.

Le tribunal de Cracovie avait décidé le 30 octobre dernier de refuser l’extradition de M. Polanski et le parquet de la même ville a renoncé fin novembre à faire appel. 

La Cour suprême peut maintenant soit confirmer cette décision, soit la casser partiellement ou totalement et renvoyer l’affaire devant un tribunal.

– « Pas de faveurs spéciales » –

M. Polanski, qui vit en France avec son épouse, l’actrice Emmanuelle Seigner, mais se rend souvent en Pologne, n’est jamais retourné aux Etats-Unis, pas même pour recevoir l’Oscar du meilleur réalisateur en 2003 pour le « Pianiste ».

M. Ziobro a affirmé sur la première chaîne de la radio publique qu’il ne fallait pas appliquer de « double standard » et accorder de faveurs spéciales à M. Polanski en raison de sa carrière artistique mondiale. « Le droit est le même pour tous », a-t-il dit.

« Si c’était un enseignant, un médecin, un plombier, un peintre, je suis sûr que n’importe quel pays l’aurait depuis longtemps extradé vers les Etats-Unis, a-t-il poursuivi. 

Le réalisateur, selon lui, est soutenu « par la crème de la société mondaine et une partie des médias libéraux ». 

« Est-ce que cela veut dire qu’un artiste éminent est libre de commettre des viols ou d’autres crimes cruels, tandis que le simple Kowalski (équivalent polonais de Dupont ou de Smith, ndlr) doit être sévèrement puni? », a lancé le ministre. 

Selon l’autre avocat du cinéaste, Jan Olszewski, Roman Polanski n’a pas bénéficié de privilège. Il a dit être d’accord sur le fait que personne n’est au-dessus de la loi, mais que « dans le cas de la procédure qui s’est déroulée en Pologne on ne saurait affirmer que Polanski a été traité autrement qu’un citoyen ordinaire ».

« Si nous n’avions pas d’arguments de fond que nous avons présentés pendant un an au tribunal, je suis convaincu que le statut de Roman Polanski ne l’aurait pas protégé », a-t-il déclaré à la télévision publique TVP.

Les Etats-Unis avaient adressé en janvier 2015 à la Pologne une demande d’extradition de Roman Polanski, après une apparition publique à Varsovie du réalisateur du « Bal des Vampires » et du « Couteau dans l’eau ».

En 1977, en Californie, Roman Polanski, à l’époque âgé de 43 ans, avait été poursuivi pour avoir violé Samantha Geimer, alors âgée de 13 ans.

Après 42 jours de prison, puis sa libération sous caution, le cinéaste qui avait plaidé coupable de « rapports sexuels illégaux » avec une mineure s’était enfui des Etats-Unis avant l’annonce du verdict, craignant d’être lourdement condamné, malgré un accord conclu avec la justice américaine.

La ligne de défense de ses avocats polonais consistait à démontrer que la demande d’extradition n’était pas fondée, compte tenu de cet accord. 

Aux termes de cet arrangement, accepté par le procureur et les avocats de la victime, selon eux, la peine prévue a été purgée par leur client, un point de vue partagé par le tribunal de Cracovie.

Sa décision a été similaire à celle de la justice suisse qui a rejeté en 2010 la demande d’extradition américaine.

Roman Polanski à Paris le 20 mars 2015. © AFP

© AFP/Archives LIONEL BONAVENTURE
Roman Polanski à Paris le 20 mars 2015

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