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Polémiques et divisions à un mois du référendum calédonien

Après un premier vote en 2018, les Calédoniens seront de nouveau consultés, le 4 octobre sur l’accession du pays à la pleine souveraineté. À un mois de l’échéance, les rapports politiques se tendent entre les partisans du « oui » et du « non », mais aussi à l’intérieur du camp pro-France, grand favori du scrutin.

Débat pimenté, au Congrès de la Nouvelle-Calédonie ce vendredi. Pas étonnant, en pleine campagne référendaire. Sauf que c’est au sein même du camp favorable au maintien de la Nouvelle-Calédonie dans la France qu’on s’écharpe. Un groupe d’élus minoritaires, mené par le député Philippe Gomès – ancien homme fort du pays déchu lors des dernières élections – dénonce la gestion de la crise de l’alliance loyaliste au pouvoir. Pas sur les questions sanitaires – malgré la découverte de trois cas positifs en fin de quatorzaine hier, le Caillou reste épargné par le Covid-19 – mais plutôt sur le volet économique et plus précisément le prêt de 28 milliards contracté par la Calédonie auprès de l’AFD avec la garantie de l’État. Un emprunt qui ressemble beaucoup, dans son terme, sa durée et son montant, à celui signé en juillet par le président Édouard Fritch en Polynésie. Le taux négocié – 1,48%, il serait en fait variable en fonction de la date de déblocage des fonds – est quant à lui légèrement différent de celui qui a été évoqué à Papeete (1,37%), mais l’écart ne serait du qu’a une variation du taux interbancaire entre les deux signatures. Reste que Philippe Gomès et ses alliés trouvent le taux « excessif » et attaquent les « contreparties » concédées par le gouvernement calédonien. « En particulier l’engagement de générer 17,5 milliards de recettes fiscales supplémentaires dès 2021 », comme l’écrivent Les Nouvelles Calédoniennes. Des engagements qui sont effectivement bien plus importants que ceux pris par la Polynésie, dont la situation budgétaire paraissait plus saine aux bailleurs de fonds.

Côté gouvernement, on défend un prêt nécessaire, des négociations faites « dans l’urgence » et sur lesquels pesaient le poids des résultats de la mandature précédente. Mais à quatre mois du référendum la contre-attaque est surtout politique : « Si vous vouliez appeler les Calédoniens à voter oui, vous ne vous y prendriez pas mieux », a ainsi taclé le président Thierry Santa. « Quel timing ! » pour cette passe d’armes, ironisait hier le rédacteur-en-chef des Nouvelles Calédoniennes dans un édito, s’inquiétant que la « fébrilité ait subitement gagné le camp du Non ».

Un document interne d’un parti indépendantiste fait le buzz

Car malgré les débats financiers, la campagne référendaire n’est jamais loin. En brousse, les drapeaux Kanaky et les panneaux de campagne bleu-blanc-rouge ont fleuri depuis de longues semaines. Si le « Oui » à l’indépendance est donné perdant, les Calédoniens ont appris à se méfier des pronostics. En 2018, lors de la première consultation, l’ensemble des commentateurs voyaient les pro-Kanaky échouer à 20 ou 30% des voix… Ils en ont rassemblé 43,3%. L’avance reste confortable pour les loyalistes. Mais comme le souligne le géopoliticien Pierre-Christophe Pantz sur Twitter, « les variables d’ajustement sont multiples » : aux 33 000 abstentionnistes, 2 200 votes blancs et nuls en 2018, s’ajoutent « environ 6 000 nouveaux électeurs »… et bien sûr ceux qui auraient changé d’avis depuis le dernier vote.

Pour convaincre, les têtes d’affiche des deux camps enchaînent les interviews, mais c’est sur les réseaux sociaux que le débat est le plus vif. Cette semaine, c’est Calédosphère, un blog sur lequel les loyalistes ont pour habitude de lancer anonymement des offensives politiques, qui l’a alimenté. Le site a publié un « projet de document d’orientation » estampillé par le comité exécutif de l’Union calédonienne (UC), un des deux grands piliers du FLNKS. Pour préparer de futures « discussions bilatérales avec l’État », l’auteur du document évoque le principe d’un « non-retour à la situation institutionnelle actuelle » après le référendum et une avancée vers l’émancipation « fusse-t-elle à marche forcée », quel que soient les résultats du vote. Certes, le FLNKS n’a jamais prévu d’abandonner le projet indépendantiste en cas d’échec dans les urnes aux référendums. Et les accords de Nouméa, qui prévoient un potentiel troisième scrutin en 2022, stipulent seulement qu’en cas de victoire continue du « Non », les « partenaires politiques se réuniront pour examiner la situation ainsi créée ». L’essentiel du document est en accord avec le projet développé publiquement par les responsables indépendantistes, mais certaines précisions tranchent avec le discours feutré livré sur les plateaux de télévision. On y lit qu’une Kanaky souveraine exigerait le remboursement d’une triple dette de l’État français (dette coloniale, dette environnementale et dette nickel), que des amnisties pour des prisonniers de droit commun seraient à prévoir, ou que les pouvoirs du président seraient renforcés pendant la phase de transition vers l’indépendance… Surtout, et en cas d’échec au référendum, l’auteur préconise de continuer à s’opposer à l’ouverture du corps électoral et d’obtenir le renforcement de la « citoyenneté institutionnelle aux confins de la nationalité »… Le tout en menant des discussions avec l’État sans les loyalistes qui « ne peuvent, pour le moment, penser autrement sans la France »

« Décalage » dans le discours ou coup bas électoral ?

Pour le camp bleu-blanc-rouge, aucun doute : le document montre « une forme d’impasse idéologique » de leur rivaux. « Quel que soit le résultat, ils considèrent qu’il n’y a que le FLNKS qui peut discuter avec l’État. Qu’on ne peut pas faire autrement que d’aller à l’indépendance, dénonce  Philippe Blaise, un des cadres du parti loyaliste au pouvoir, cité par Nouvelle-Calédonie 1ère. L’élu s’interroge à haute voix sur les intentions indépendantistes « au lendemain du 4 octobre, quand le Non l’aura emporté » et sur le « décalage extraordinaire » dans le discours et les écrits de l’UC. Le parti, lui, assure que ce document, bien qu’effectivement « reçu » par son conseil exécutif, n’est pas représentatif de sa ligne politique, parlant d’une « proposition de militant » plus que de « document de travail ». « Un certain nombre de documents nous sont transmis pour avis, explique Pierre-Chanel Tutugoro sur la même chaîne. Celui-là, c’est celui qui nous fait le plus de mal, c’est pour ça qu’il a été partagé ». Reste à savoir si ce genre de polémiques influence les électeurs indécis, ou ne font que renforcer les positions des militants déjà convaincus.

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