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Pour contourner la pénurie, soignantes et couturières multiplient les « Masques solidaires de Tahiti »

©Nanethida Nouanesengsy, médecin généraliste et Céline Bégué, infirmière libérale, sont à l’origine du projet. ©C.R.

Des masques en tissu, locaux, fiables, et gratuits. C’est l’idée développée depuis début avril par deux professionnelles de santé à l’origine du collectif « Masques solidaires de Tahiti ». Travaillant sur des normes de fabrication reconnues et une hygiène rigoureuse, elles ont déjà été rejointes par une soixantaine de couturières et bientôt par plusieurs dizaines de bénévoles issues de la plateforme mise en place par le Pays. Des renforts nécessaire pour faire face aux centaines de demandes.

Une épidémie toujours menaçante, des patients en demande mais pas de protection à leur offrir. Voilà le constat qui a décidé le Dr. Nanethida Nouanesengsy, médecin généraliste à Pirae, à réfléchir sérieusement à la production de masques, début avril. D’autant que les autorités françaises et polynésiennes, après être longtemps restées timides voire réservées sur la question, mêlent peu peu à peu, depuis quelques semaines, le port de masque aux recommandations officielles de lutte contre le coronavirus. Aucun doute pour « Taote Nane », si les masques manquent au fenua, il faut en fabriquer.

Dans le corps médical ou ailleurs, beaucoup saluent cette volonté de passer à l’action. Mais ce sera Céline Bégué, infirmière libérale, qui aidera à la concrétiser : « Quand on en a parlé, j’ai passé le week-end à coudre et à faire des essais » sourit la spécialiste de l’éducation thérapeutique. Ensemble, les deux soignantes lancent la page Facebook « Masques solidaires de Tahiti » au travers de laquelle des couturière bénévoles peuvent aider à la diffusion de masques gratuits. Le collectif a depuis reçu plus de 400 demandes.

Les masques en tissu à fleurs n’ont pourtant rien de nouveau. Beaucoup, à Tahiti ou ailleurs, avaient déjà commencé à en confectionner, pour leurs proches ou pour les mettre sur le marché. Mais le duo, très au fait de l’importance des questions d’hygiène et de qualité de ce genre d’équipement, se distingue par une approche très rigoureuse de la fabrication. Chance, l’Afnor, référence française en matière de normalisation, et l’Institut Français du Textile-Habillement, qui a accompagné la production à grande échelle en métropole, ont mis en ligne la première semaine d’avril des patrons de masques certifiés.

Normes nationales et hygiène maximale
Deux couches de tissu en coton, de 120 à 130 g/m2 chacun, plusieurs type de coutures et de plis… Après avoir arrêté leur choix, Céline et Nane vont de magasin en magasin pour acheter le matériel adapté, aidés par plusieurs sponsors (Lion’s Club, Pacific Ortho, lunetterie Prince Hinoi, Soroptimist et plusieurs professionnels de santé). Car les couturiers et couturières intéressés recevront directement des « kits », composés de six  carrés de tissu et leurs élastiques. Les produits sont ensuite centralisée avant d’être distribués, grâce à un « drive » et un local mis à disposition au centre Ora ora de Pirae.

Une chaîne solidaire, donc, mais aussi des enjeux sanitaires. « Il faut que les couturières comme les bénéficiaires soient protégés de toute transmission virale », insiste Céline. Raison pour laquelle les tissus sont lavés à 60°C avant confection, transmis emballés dans des draps médicaux en papier. Même précaution une fois confectionnés : les masques sont de nouveaux lavés et emballés individuellement. Si Céline et Nané ont multiplié les motifs et couleurs de tissu ce n’est pas seulement par souci esthétique : « Les masques sont lavables mais ne doivent pas être échangés, reprend l’infirmière. On a fait en sorte que chacun, dans une famille, puisse en avoir un différent ».

L’idée n’a pas tardé à faire son chemin. Sur Facebook, les Masques solidaires de Tahiti ont été contactés par près d’une soixantaine de couturières bénévoles, qui ont plus ou moins de temps à donner, plus ou moins d’expérience en la matière. « Certaines prennent une semaine à faire un kit, d’autres en font deux en une après-midi, mais ça n’est pas l’important, explique Taote Nané qui avoue, comme Céline « crouler » sous les demandes de masques. On se sent soutenues dans notre projet et ça nous donne la force de continuer ».

Le masque en tissu, un objet « altruiste »

Soutenues par la communauté des soignants, présents en nombre parmi les bénévoles. Soutenues, aussi, par les autorités : la cellule de crise sanitaire du gouvernement, qui a publiquement salué le projet, a mis les deux initiatrices en contact avec plusieurs dizaines de nouveaux bénévoles déclarés sur la plateforme Bénévoles Covid PF. Si seulement quelques dizaines de « masques solidaires » ont pour le moment été distribués, plus d’une centaine d’autres sont en préparation et le rythme pourrait continuer d’augmenter dans les semaines à venir.

Pour les deux soignantes, les masques seront utiles dans l’après-confinement. « Un masque en tissu, ça ne remplace pas un masque chirurgical » prévient le Dr. Nane. Et encore moins un masque de protection FFP2, souvent réservé au personnel des hôpitaux. Mais en complément aux gestes barrières, le masque en tissu contribue bien à limiter la transmission du coronavirus, comme d’autres maladies. « Il faut le voir de manière altruiste, explique le médecin. Lorsqu’on porte un masque tissu, on protège les autres en empêchant la projection de nos postillons ».

L’épidémie de coronavirus pourrait d’ailleurs faire rentrer le port du masque dans la culture mondiale. « Ca peut devenir un geste citoyen, note Céline Bégué. Ou au moins servir lors de prochaines épidémies, comme les épidémies de grippe saisonnière ».

Pour bénéficier de « masques solidaires de Tahiti » ou pour proposer son aide, adressez un message au collectif sur Facebook. Les réponses se font au fur et à mesure de la production.

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