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Premier hommage des Cubains à leur "Comandante" Fidel Castro

La Havane (AFP) – Des centaines de milliers de Cubains ont défilé lundi place de la Révolution à La Havane, théâtre d’innombrables discours fleuves de Fidel Castro, devant des portraits de cette figure du XXe siècle décédée vendredi à 90 ans.

Après être restés plutôt chez eux pendant deux jours, les Cubains laissent parler leur émotion pour ce premier temps fort d’une semaine d’hommages au père de la Révolution cubaine. 

Celle-ci culminera avec des funérailles dimanche à Santiago de Cuba (est) de l’ex-président dont le style et les coups d’éclat ont marqué la Guerre froide et forgé le destin de son pays.

« Nous savons que notre commandant est passé à l’immortalité », assure, très ému, Pedro Alvarez, professeur d’université de 36 ans. Il est venu défiler devant un des trois portraits en noir et blanc de Fidel installés sur cette vaste esplanade où a souvent résonné sa voix lors de ses tonitruants et interminables discours.

Contrairement à ce qui était attendu, l’urne contenant les cendres de l’ex-président n’était pas présentée au public qui défilait dans le calme et à un rythme soutenu sans marquer de pose devant les photos. 

Certains immortalisent l’évènement avec leurs téléphones portables, beaucoup ont les larmes au yeux.

Secoué, Alberto Gonzalez, médecin de 63 ans en blouse blanche, pensait que les cendres du Lider Maximo seraient exposées. « Mais ce n’est pas l’essentiel, le plus important, c’est être ici et lui rendre un hommage ».

Les photos représentent Fidel en pied et de profil, sac au dos et casquette vissée sur la tête, scrutant l’horizon à l’époque où il menait dans les montagnes de la Sierra Maestra (est) la guérilla qui l’a porté au pouvoir en 1959.

« Je suis arrivée à 18H00 hier (dimanche), je n’ai pas de mots », confie Josefina Vayan Bravo, femme de ménage de 44 ans, avant d’éclater en sanglots. « Il n’y en aura pas d’autre comme lui », abonde aussi en larmes Teresa Oquendo, 84 ans.

– ‘Père’ des Cubains –

« C’est le père de tous les Cubains, mon papa était mon papa, mais il n’a pas pu me donner ce que (Fidel) m’a donné. Il m’a tout donné, la liberté, la dignité », renchérit Lourdes Rivera, fonctionnaire retraitée de 66 ans, assise sur le trottoir avec son bouquet de glaïeuls. 

Ecoliers, militaires, vétérans, médecins et infirmiers, douaniers, beaucoup portent l’uniforme. Alentour, une discrète présence policière est visible. 

Le coup d’envoi des cérémonies a été donné par une salve de 21 coups de canon du fort de La Cabaña, qui surplombe la baie de La Havane.

En mars, Barack Obama fut le premier président américain à poser le pied sur cette place emblématique depuis 1928, dans le cadre d’un dégel amorcé fin 2014 avec son homologue Raul Castro. En 2006, le cadet des Castro avait succédé à son frère, contraint de passer la main pour raisons de santé.

Le comité d’organisation a placardé une photo géante du célèbre « barbudo », qui recouvre la façade du bâtiment très stalinien de la Bibliothèque nationale sur la place de la Révolution.

Luis Modesto Garcia, 77 ans, fait partie des derniers survivants de la guérilla qui porta les castristes au pouvoir en 1959. Il avait rejoint les « barbudos » de Fidel dans les montagnes à 19 ans.

« Fidel fut un père pour tous les combattants, et nous l’avons toujours considéré ainsi. Ce que j’ai appris, je le lui dois », dit-il.

– ‘Marquer l’Histoire’ –

En vertu du deuil national décrété pour neuf jours, de vendredi à dimanche, les rassemblements et spectacles ont été annulés, les matches de baseball suspendus, les discothèques fermées et la vente d’alcool interdite. 

Après deux jours d’hommages dans la capitale, les cendres de Fidel Castro seront transférées de La Havane à Santiago, lors d’une procession sur un millier de kilomètres de mercredi à samedi. 

Point culminant, les funérailles du « Comandante » se dérouleront dimanche à Santiago de Cuba, dans l’est, berceau de la Révolution.

Ces festivités laissent froids la plupart des dissidents. Ils ont décidé de rester discrets pendant ces neufs jours de deuil, par respect mais aussi par crainte de cinglantes représailles.

« On va rester tranquille, même si (Fidel) est le principal responsable de la misère et de l’absence de droits politiques à Cuba », explique Jose Daniel Ferrer, dissident « historique » et ex-prisonnier politique.

Passé le deuil, les dissidents assurent qu’ils reprendront leur lutte contre le régime de Raul Castro. « Nous allons continuer à combattre le système que (Fidel) a créé. C’est cela, notre véritable ennemi », assure M. Ferrer.

Daniel Martinez, cuisinier de 33 ans, ne porte pas non plus Fidel dans son coeur, mais ne cautionne pas pour autant la liesse exprimée par une partie de la communauté cubaine de Floride aux Etats-Unis. « Je n’ai rien de personnel contre Fidel, mais je ne suis pas castriste. Sans me considérer comme opposant, je n’aime tout simplement pas ce système, ni avec Fidel, ni avec Raul. Parce que rien ne change ici, rien ne bouge ».

Pour Yamilka Landrian, vendeuse d’artisanat de 33 ans, ce lundi restera un grand jour. « Sur la place, on va marquer l’Histoire », lance-t-elle.

Les cubains font la queue pour rendre hommage à Fidel Castro à La Havane, le 28 novembre 2016. © AFP

© AFP PEDRO PARDO
Les cubains font la queue pour rendre hommage à Fidel Castro à La Havane, le 28 novembre 2016

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