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Présidentielle au Gabon: le suspense commence après le vote

Libreville (AFP) – Le Gabon va-t-il tourner la page des Bongo? Les électeurs ont voté en nombre et dans le calme samedi pour départager le président sortant, Ali Bongo Ondimba, et son principal rival, Jean Ping, un ex-cacique du régime qui promet la fin d’une dynastie au pouvoir depuis 1967.

La fermeture des premiers bureaux de vote à partir de 18h00 (17h00 GMT) a donné le top départ de l’étape de tous les dangers : le dépouillement et la centralisation des résultats, avant la proclamation du vainqueur du vote à un tour, à partir de lundi.

 Veste bleu marine et chemise bleu ciel, Ali Bongo, 57 ans, a accompli son devoir électoral vers midi près du palais du bord de mer, siège de la présidence qu’il occupe depuis sa première élection en 2009 après la mort de son père Omar, au pouvoir pendant 41 ans.

« Je suis serein, j’ai passé une bonne nuit », a assuré le chef de l’Etat au terme d’une campagne à l’américaine avec pour slogan « Changeons ensemble ».

« La victoire ne fait aucun doute », a assuré son porte-parole, Alain-Claude Bilie-By-Nze à l’AFP.

-Trois présidents depuis 1960-

Plus prudemment, son équipe de campagne a indiqué qu’elle accepterait « le résultat de cette élection, quel qu’il soit », enjoignant « l’opposition d’éviter les provocations politiques ».

« Le jour de gloire est arrivé! », a proclamé quant à lui M. Ping, 73 ans, ex-patron de l’Union africaine (UA) et surtout ex-ministre de Bongo père dès les années 1980. 

Malgré ce CV, M. Ping ne promet pas moins « la première alternance et la deuxième indépendance du Gabon », pays qui n’a connu que trois présidents depuis la fin de la colonisation française en 1960.

« On veut sanctionner le PDG », le parti au pouvoir, proclame Dolorès une électrice de Jean Ping, dans un bureau mêlant classes moyenne et populaire dans le quartier PK-11, à la sortie de la ville. Et la jeune femme d’énumérer une litanie de problèmes sociaux: « pauvreté », « pas de travail pour les jeunes », « pas de médicaments », « routes à moitié construites »…

Les observateurs de l’Union européenne (UE) n’ont relevé aucun incident majeur, à l’exception d’un retard à l’ouverture dans une bonne moitié des 2.500 bureaux de vote.

Le vote s’est également déroulé dans le calme à Port-Gentil, la capitale économique, où des violences avaient éclaté en 2009 après l’élection d’Ali Bongo. « La meilleure façon de chasser Ali et toute sa bande de danseurs, c’est dans les urnes et moi je l’ai fait », a déclaré à l’AFP une électrice, Françoise Mba.

« J’ai voté pour donner un coup de pied à cette bande de fausse opposition qui n’a pas de projet pour le pays », assurait au contraire Steve, 32 ans.

Frappée par la crise du pétrole, Port-Gentil est une des villes-symboles d’un scrutin sur fond de tension économiques dans un Gabon encore dépendant de l’or noir. Un tiers des quelque deux millions d’habitants vit dans la pauvreté malgré de grandes richesses forestières et minières.

-Accusations de fraudes-

La présence de dizaines d’observateurs européens et africains va-t-elle garantir un processus électoral « clair et transparent », comme l’a répété M. Bongo en votant?

« En face nous savons qu’ils préparent la triche, c’est à vous d’être vigilants », a lancé M. Ping à la presse. Ses partisans, persuadés qu’ils ne peuvent que gagner, tenaient à superviser le dépouillement dans de nombreux bureaux.

Vendredi, le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a exhorté les candidats « à faire preuve de retenue » et « à s’abstenir de toute incitation à la violence » avant, pendant et après le scrutin.

Habitués à une certaine stabilité, les Gabonais craignent que des troubles n’éclatent après la proclamation des résultats.

« Des violences se préparent dans certains quartiers de Libreville et à Port-Gentil. Nous avons déjà identifié les leaders », a confié à l’AFP une source gouvernementale. Les forces de sécurité étaient présentes dans les bureaux de vote et de manière normale dans la ville. Par sécurité, les autorités ont fermé les frontières terrestres, maritimes et aériennes samedi de minuit à 20H00.

Ali Bongo a longtemps fait figure de favori face à Jean Ping, ex-compagnon d’une de ses soeurs et plusieurs fois ministre sous Bongo père.

Le rapport de force s’est rééquilibré avec l’alliance mi-août des principaux candidats de l’opposition autour de Jean Ping: « Quand on est uni, proclamait samedi Malick Oweguissi, juriste de 40 ans pro-Ping, on est fort, on ne peut pas nous battre ».

Une manifestation de soutien à Jean ping devant un panneau pour la campagne d'Ali Bongo, à Libreville, le 26 août 2016. © AFP

© AFP MARCO LONGARI
Une manifestation de soutien à Jean ping devant un panneau pour la campagne d’Ali Bongo, à Libreville, le 26 août 2016

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