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Prêtre assassiné: les musulmans invités à se joindre aux messes

Saint-Etienne-du-Rouvray (France) (AFP) – La communauté musulmane de France est invitée dimanche à se joindre aux messes qui auront lieu dans tout le pays, cinq jours après l’assassinat d’un prêtre par deux jihadistes dans son église de Saint-Etienne-du-Rouvray, près de Rouen.

Sur le plan politique, le Premier ministre Manuel Valls estime dans une tribune publiée dans le Journal du Dimanche, que si « l’islam a trouvé sa place dans la République », il y a « urgence » à « bâtir un véritable pacte » avec la deuxième religion de France. 

Selon M. Valls, malgré « l’échec » de la Fondation pour l’islam de France créée il y a plus de dix ans « pour réunir en toute transparence les fonds nécessaires » à son développement, il faudrait « revoir certaines règles pour tarir les financements extérieurs et accroître en compensation les possibilités de levées de fonds » dans le pays.

Dans un précédent entretien au Monde, l’ancien maire d’Evry souhaitait notamment « que les imams soient formés en France et pas ailleurs ».

Dans un autre tribune au JDD, une quarantaine de personnalités musulmanes de France se disent « concernées par l’impuissance de l’organisation actuelle de l’islam de France, qui n’a aucune prise sur les événements ».

– ‘On est tous pareils’ –

L’enquête, quant à elle, se poursuit avec les gardes à vue de deux personnes, le cousin de l’un des deux tueurs et un réfugié syrien, tandis que celle d’un mineur de 16 ans a été levée.

Samedi, des veillées inter-religieuses s’étaient tenues dans le pays, traumatisé par l’assassinat mardi matin du père Jacques Hamel alors qu’il célébrait la messe.

Dans une église de Saint-Etienne-du-Rouvray, face au portrait du père Hamel ceint de bouquets de fleurs, fidèles catholiques et musulmans ont écouté avec attention les paroles d’apaisement du père Moanda, qui a rappelé que « la fraternité existe entre les deux religions ». 

Ému par la cérémonie, Abdelsalam ne « comprend pas qu’on puisse s’attaquer à des frères ». « On est tous touchés quand on s’attaque à la maison de dieu. Même si ce n’est pas la même religion, on est tous pareils », remarque ce retraité. 

A Bordeaux, 400 personnes de toutes confessions ont participé à « un temps de recueillement et de prière » à l’église Notre-Dame.

« C’est un moment important où toutes les religions doivent se réunir pour affronter cette aberration qui a touché hier les juifs, touche aujourd’hui les catholiques et touchera peut-être demain les musulmans, d’un terrorisme aveugle, nihiliste et destructeur, dont le but est de semer la division », a déclaré à la presse l’imam de la mosquée de Bordeaux, Tareq Oubrou.

L’enquête sur l’attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray s’attache à mettre au jour le milieu dans lequel évoluaient les deux jihadistes, Abdel Malik Petitjean et Adel Kermiche, âgés de 19 ans. Ils avaient été repérés chacun de leur côté par les services de renseignement sans que leur passage à l’acte imminent n’ait été détecté.

Selon La Voix du Nord et Le Parisien de dimanche, les deux jeunes se sont rencontrés via le système de messagerie chiffrée Telegram, utilisé par Adel Kermiche et sur laquelle il aurait décrit par avance le mode opératoire de l’attentat, mentionnant « un couteau » et « une église ».

– Plusieurs enquêtes en cours –

Le mineur de 16 ans qui est sorti de garde à vue, n’en a toutefois pas fini avec la justice: des documents de propagande jihadiste ont été retrouvés dans son téléphone ainsi que dans son ordinateur. Ces éléments ont été transmis par le parquet de Paris à son homologue de Rouen, territorialement compétent et qui pourrait décider d’ouvrir une procédure distincte pour « apologie du terrorisme ».

Son frère intéresse les enquêteurs: proche de l’un des deux tueurs, Adel Kermiche, il est parti dans la zone irako-syrienne en 2015 et les services antiterroristes se demandent s’il a pu jouer un rôle depuis la Syrie dans l’attentat de mardi.

Par ailleurs, un mineur de 17 ans qui avait cherché à partir en Syrie avec Adel Kermiche en 2015 a été arrêté récemment à Genève lors d’une seconde tentative, et remis à la France où il a été emprisonné, a indiqué samedi une source proche de l’enquête. 

Un autre homme de 19 ans fiché « S » (signalé pour radicalisation) et arrêté le 25 juillet dans une enquête distincte des services de renseignement, a été mis en examen vendredi. Une vidéo d’Abdel Malik Petitjean, dans laquelle celui-ci prêtait allégeance à l’EI et évoquait « une action violente », avait été retrouvée dans un téléphone à son domicile.

Une autre enquête est en cours, dans laquelle un Français de 20 ans a été interpellé. Il s’était rendu en Turquie début juin avec Petitjean avant d’être refoulé comme lui.

Dans une interview à l’hebdomadaire La Vie, les deux religieuses qui avaient été retenues à l’intérieur de l’église ont raconté qu’un dialogue s’était engagé avec les deux jihadistes après l’assassinat du prêtre. « Tant qu’il y aura des bombes sur la Syrie, nous continuerons les attentats », leur a dit l’un des deux hommes. 

L'imam d'Oissel, Abdellatif Hmito s'adresse aux fidèles près d'un portrait du prêtre Jacques Hamel, lors d'une veillée à l'église Sainte-Thérèse, à Saint-Etienne-du-Rouvray, le 30 juillet 2016. © AFP

© AFP CHARLY TRIBALLEAU
L’imam d’Oissel, Abdellatif Hmito s’adresse aux fidèles près d’un portrait du prêtre Jacques Hamel, lors d’une veillée à l’église Sainte-Thérèse, à Saint-Etienne-du-Rouvray, le 30 juillet 2016

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