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Procès Lagarde: un ancien cador de Bercy règle ses comptes

Paris (AFP) – On attendait l’ex-directeur de cabinet de Christine Lagarde, mais c’est finalement un autre ancien cador de Bercy, Bruno Bézard, qui a marqué mercredi le procès de l’ex-ministre, en accablant la gestion de l’affaire Tapie par tout « l’appareil d’Etat ».

Peu après la reprise de l’audience à 09H00, l’avocat de l’actuel PDG d’Orange Stéphane Richard annonce à la Cour de justice de la République (CJR) que celui qui fut directeur de cabinet de l’ancienne ministre de l’Economie ne viendra pas témoigner dans la matinée.

M. Richard, considéré comme l’un des hommes-clés de l’arbitrage Tapie qui vaut à Mme Lagarde d’être jugée, est lui-même mis en examen dans le volet non ministériel de l’enquête, ce qui lui donne des droits pour assurer sa propre défense.

Par exemple, il n’aurait pas prêté serment, et aurait pu décliner certaines questions. « Un sous-témoin », fait valoir Me Jean-Etienne Giamarchi. Il propose à la Cour de recevoir une déposition écrite de M. Richard. La demande est sèchement rejetée.

Mme Lagarde est accusée de « négligence » pour avoir autorisé un arbitrage avec Bernard Tapie, ayant coûté 400 millions d’euros au contribuable.

Elle insiste depuis le début du procès lundi sur la « confiance » qu’elle portait à son directeur de cabinet Stéphane Richard pour le traitement de ce dossier.

Et Bruno Bézard charge encore la barque du patron d’Orange, qui selon lui voulait « quoiqu’il arrive aboutir à un arbitrage » en raison de sa « compréhension assez poussée des intérêts de M. Tapie ».

Avec M. Bézard, c’est toute la puissante technocratie du ministère des Finances qui s’invite à la barre. Ancien major de l’ENA, cet homme à l’intelligence redoutable et aux colères redoutées a passé 28 ans à Bercy jusqu’au poste plus prestigieux, celui de directeur général du Trésor, auquel il a été nommé sous le quinquennat Hollande. Il a vu passer 13 ministres.

– Décision « scandaleuse » –

En 2007 et 2008, lorsque se noue l’arbitrage frauduleux, il dirige l’Agence des participations de l’Etat (APE), en charge des « intérêts patrimoniaux » de la puissance publique. 

Cette agence s’oppose alors fermement, et vainement, à ce que l’Etat abandonne la voie judiciaire classique pour régler un vieux contentieux entre Bernard Tapie et l’ancienne banque publique Crédit Lyonnais.

L’arbitrage était « une libéralité qui n’avait aucune justification », un choix « extrêmement dangereux » et « la pire des solutions », dit M. Bézard, qui travaille aujourd’hui pour un fonds d’investissement franco-chinois.

Mais à l’époque, ses notes pour la ministre peinent à passer le filtre du cabinet dirigé par M. Richard. M. Bézard n’est pas invité à plusieurs réunions décisives.

La présidente Martine Ract-Madoux s’étonne qu’il ne soit pas allé exposer directement son point de vue à Mme Lagarde.

« J’ai indiqué au directeur de cabinet notre position à plusieurs reprises et fait savoir que j’étais disponible pour être reçu.

– On ne dit pas +je souhaite être reçu+?

– Cela revient au même. »

La réponse amuse Mme Ract-Madoux: « La Cour a découvert qu’il y avait un langage codé au ministère des Finances ».

Quand tombe la sentence en juillet 2008, l’APE veut batailler en justice, ce que Mme Lagarde refuse au motif qu’il y a très peu de chances qu’un recours aboutisse.

« Devant une décision aussi scandaleuse, même si nous n’avions qu’une chance sur mille de gagner », il fallait le tenter, déclare M. Bézard.

Christine Lagarde écoute sans réaction cette charge, d’autant plus violente qu’elle est assénée en termes très choisis.

Mais l’ex-haut fonctionnaire n’en a pas seulement après la patronne du Fonds monétaire international (FMI). Il assure qu’elle n’était même pas au courant des dernières manipulations de la procédure d’arbitrage, qui ont permis à Bernard Tapie de toucher un pharaonique « préjudice moral » (45 millions d’euros).

A entendre Bruno Bézard, si l’arbitrage, aujourd’hui soupçonné d’être un colossal détournement de fonds, a été décidé, c’est parce qu’une « bonne partie de l’appareil d’Etat allait dans ce sens ». Il précise: « les membres du gouvernement, Matignon, la présidence de la République » et leurs proches conseillers. En 2007 et 2008, François Fillon était Premier ministre et Nicolas Sarkozy chef de l’Etat.

Bruno Bézard ancien directeur général du Trésor arrive au Palais de justice de Paris le 14 décembre 2016. © AFP

© AFP LIONEL BONAVENTURE
Bruno Bézard ancien directeur général du Trésor arrive au Palais de justice de Paris le 14 décembre 2016

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