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Procès Bettencourt: l'avocat général charge Banier et sa "boulimie de l'argent"

Bordeaux (AFP) – L’avocat général Pierre Nalbert a accusé lundi à Bordeaux le photographe François-Marie Banier d’avoir sciemment abusé de la vulnérabilité de Liliane Bettencourt pour satisfaire sa « boulimie de l’argent » et demandé la confirmation des peines de prison et d’amende prononcées en première instance.

M. Banier, 68 ans, ancien confident de la richissime héritière de L’Oréal, avait été condamné en mai 2015 à trois ans de prison dont six mois avec sursis et 350.000 euros d’amende.

Rejugé devant la cour d’appel de Bordeaux depuis le 10 mai, le dossier « est appelé +affaire Bettencourt+ mais pour moi, c’est +l’affaire Banier+ », a résumé l’avocat général au début de son réquisitoire.

Oui, le photographe avait pleinement conscience de la vulnérabilité de la vieille dame, aujourd’hui âgée de 93 ans et sous tutelle. « Les expertises médicales établissent des troubles manifestes en septembre 2006, des signes de dégénérescence progressive. Elle a pu faire illusion à ceux qui ne la fréquentaient que de manière épisodique, mais certainement pas à François-Marie Banier », a affirmé M. Nalbert.

Oui, la femme la plus riche de France était bien amie avec M. Banier et lui consentait des largesses colossales. Mais Banier, sans pour autant avoir placé la milliardaire sous son « emprise » tel un « gourou », a bel et bien « instrumentalisé » cette « vieille dame richissime » et « abusé de cette amitié » pour satisfaire sa « boulimie de l’argent ». « La relation a dérapé car François-Marie Banier était devenu insatiable », a lancé l’avocat général.

Et oui, le photographe a bien fait preuve d’une « intention délictuelle » pour amasser des dons, oeuvres d’art et donations pour plusieurs centaines de millions d’euros, jusqu’à se faire reconnaître comme légataire universel de la milliardaire en 2007. « L’acte le plus grave » commis par Banier qui « s’inscrit dans sa volonté farouche de se préserver, de garder les sous. Ici ce n’est plus du mécénat ni de l’amitié! », conclut le magistrat. Le testament a depuis lors été annulé.

– Recel et relaxe –

Quant au compagnon du photographe, Martin d’Orgeval, 42 ans, M. Nalbert veut bien reconnaître qu’il n’est coupable que de « recel de l’abus de faiblesse » commis par François-Marie Banier, dont « il a largement profité ». Une nuance de pure forme puisque l’avocat général a tout de même requis, là encore, la confirmation de la peine prononcée en première instance : 18 mois de prison avec sursis et 150.000 euros d’amende.

L’avocat Pascal Wilhelm, 54 ans, qui fut mandataire et gestionnaire de la fortune de l’héritière de L’Oréal, était lui aussi « pleinement conscient de l’état de vulnérabilité de Liliane Bettencourt, elle était apparente et connue de tous », a martelé M. Nalbert.

Avocat de plusieurs proches de la milliardaire condamnés en première instance et n’ayant pas fait appel, « vous teniez tout dans vos mains », a-t-il lancé au prévenu, en référence à son rôle dans l’investissement de 143 millions d’euros réalisé par la vieille dame dans le groupe de Stéphane Courbit, un de ses autres clients. 

En première instance, le ministère public avait demandé la relaxe de Me Wilhelm, estimant que cet investissement ne s’était pas traduit par un réel préjudice économique. 

Après « analyse de la jurisprudence », M. Nalbert a adopté « une position différente » sur cette question, jugeant notamment que cette opération n’était « pas loyale, pas correcte » et abusait effectivement de la vulnérabilité de Mme Bettencourt. Il a demandé aux juges d' »entrer en voie de condamnation », sans plus de précision sur le montant de la peine.

En première instance, Pascal Wilhelm avait été condamné à 30 mois de prison dont un an avec sursis et 250.000 euros d’amende.

Quant au dernier prévenu, Me Patrice Bonduelle, 53 ans, soupçonné d’avoir aidé Me Wilhelm, l’avocat général a demandé qu’il soit « mis hors de cause » et donc relaxé. Le notaire avait été condamné en première instance à six mois de prison avec sursis et 80.000 euros d’amende.

Le procès se poursuit lundi après-midi avec les premières plaidoiries des avocats de la défense.

Le photographe François-Marie Banier, le 23 mai 2016 à Bordeaux. © AFP

© AFP GEORGES GOBET
Le photographe François-Marie Banier, le 23 mai 2016 à Bordeaux

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