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Procès du Flash-Ball: "Aujourd'hui, je n'utiliserais pas cette arme"

Bobigny (AFP) – « Aujourd’hui, je n’utiliserais pas cette arme. » L’un des trois policiers jugés pour avoir blessé au Flash-Ball six manifestants, dont l’un avait perdu un œil, en 2009 en Seine-Saint-Denis, a assuré lundi à l’ouverture du procès qu’il n’avait alors « pas conscience de son imprécision ».

Les faits remontent au 8 juillet 2009. Vers 22H00, les forces de l’ordre interviennent pour repousser plusieurs personnes rassemblées devant une clinique désaffectée de Montreuil, où elles s’étaient rendues après un « repas de soutien » à des squatteurs expulsés le matin même du bâtiment. Lors de cette intervention nocturne, trois policiers tirent chacun à deux reprises avec leur Flash-Ball. Six blessés sont recensés, dont quatre se sont constitués partie civile au procès.

Pour justifier leurs tirs, les policiers, jugés jusqu’à vendredi devant le tribunal correctionnel de Bobigny, invoquent la légitime défense, expliquant avoir subi une « pluie de projectiles ». Une version mise à mal par les témoignages de riverains qui ont évoqué un rassemblement « pacifique ».

« Mon action était légitime par rapport à l’hostilité de ces individus », a maintenu le principal prévenu, chemise blanche et cravate sombre. « J’ai fait ce que je devais faire à ce moment », a-t-il répété à la barre. Mais, « si c’était à refaire aujourd’hui, je n’utiliserais pas le Flash-Ball », a-t-il fini par lâcher.

« +L’uppercut d’un boxeur+, c’est comme ça qu’on nous vend le Flash-Ball en formation », a-t-il poursuivi. En 2009, « il n’y avait pas eu toutes les procédures, les procès » contre cette arme, a ajouté le fonctionnaire, poursuivi pour « violences volontaires par une personne dépositaire de l’autorité publique » et « violences volontaires ayant entraîné une mutilation ou une infirmité permanente », pour le tir ayant éborgné Joachim Gatti, 34 ans à l’époque.

– ‘J’assume mon choix’ –

« Si c’était à refaire, je referais la même chose dans ces conditions », a de son côté affirmé un deuxième policier, qui est lui uniquement accusé de « violences volontaires ». 

« J’assume mon choix. L’action de police a été efficace », a-t-il poursuivi d’une voix posée, alors que des protestations se faisaient entendre du côté des parties civiles accompagnées lundi de plusieurs militants, certains vêtus de tee-shirts noirs estampillés « Gardien de la paix mon œil ». D’autres avaient des pancartes: « Fin du règne policier ».

Dans la salle, comble, se trouvaient aussi de nombreux policiers venus assister à l’audience.

« Pour moi, on est cinq face à une quarantaine d’individus. Je ne voulais pas arriver au contact avec les manifestants », a ajouté le deuxième fonctionnaire. « Il fallait protéger mes collègues et barrer la route aux manifestants, les empêcher de reprendre la clinique. »

Le troisième policier n’a pas été interrogé lundi. 

Placé sous contrôle judiciaire depuis l’affaire, le principal prévenu risque dix ans de prison et 150.000 euros d’amende. Les deux autres encourent trois ans de prison et 45.000 euros d’amende.

Le Flash-Ball, qui tire des munitions « non létales » en caoutchouc ou mousse, a été introduit chez les forces de l’ordre il y a plus de dix ans. Il est très critiqué pour son imprécision et la gravité des blessures qu’il peut provoquer.

L’association Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (Acat) recense 42 blessés et un décès à la suite de l’utilisation des deux types de lanceurs de balle de défense utilisés par les policiers, le LBD 40 ou le Flash-Ball. Vingt-trois ont été énucléés ou ont perdu l’usage d’un œil selon l’association.

Un policier tenant en main un flash-ball le 2 juillet 2009 à La Courneuve, en banlieue de Paris. © AFP

© AFP/Archives BERTRAND GUAY
Un policier tenant en main un flash-ball le 2 juillet 2009 à La Courneuve, en banlieue de Paris

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