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Quand chacun a sa vision de la justice – Replay Edito 18/02/2020

Au quotidien les médias relatent les affaires jugées au Tribunal, et notamment les peines qui y sont distribuées. Et il n’y a pas une fois où une telle publication ne suscitera pas de commentaires de justiciables apprentis justiciers qui auraient fait mieux que les juges professionnels.

Sans même connaître la gamme réelle des peines encourues, en mélangeant les crimes et les délits, en faisant preuve d’une mauvaise foi sans borne en comparant ce qui ne peut l’être, et souvent en laissant la passion et l’affect l’emporter sur la réflexion et la mesure, moi j’ai tendance à me dire que nous devrions en fait nous sentir bienheureux que les magistrats rendent la justice sur la base de lois qui leurs servent de références ultimes. Bien entendu qu’outre les lois, avant de prononcer une sentence, leur intime conviction est sollicitée, que leur étude systématique des cas et des individus afin de connaître leurs antécédents et leur potentiel de récidive est absolument nécessaire. Les lois nous garantissent une équité avec une marge de manœuvre qui est laissée à ceux qui doivent l’appliquer. A eux ensuite d’y insuffler de l’humanité.

Un jour peut-être au train où va le monde aurons-nous besoin d’une justice bien plus rapide et nous nous en remettrons alors à une intelligence artificielle qui outre connaître l’ensemble des textes de loi, aura instantanément accès à la globalité de la jurisprudence susceptible de s’y rapporter, et intégrera aussi des algorithmes reflétant les règles morales censées fonder la société  à laquelle nous aspirons. La perspective est pour le moment relativement effrayante, mais nous sommes précisément dans le champ des possibles où la réalité comme dans bien d’autres domaines ces derniers temps, rattrape la fiction.

En attendant, il faut bien faire avec la dimension humaine dans ce qu’elle a de chair, de sang, de vécut, d’aspirations, et de sentiments. Un juge n’est pas un robot, il n’y en a pas un qui soit le reflet exact d’un autre. Les décisions rendues ne peuvent donc pas s’inscrire dans un « systématisme » ou une escalade synchronisée sur l’actualité ou les frustrations. Les procédures d’appel ou de cassation existent précisément pour que la loi puisse être lue et appliquée avec d’autres yeux, d’autres esprits, d’autres cœurs. Ni la sévérité ni le manque de sévérité ne sont dénués de sens quand on prend le recul nécessaire pour comprendre qui est jugé, pourquoi, et qui est juge. Et c’est se faire du mal que de perdre la foi dans un système que l’on n’aura pas vraiment tenté de comprendre.

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