EMISSIONSL'édito d'Alexandre TaliercioPodcasts

Quand la justice calme les ardeurs liberticides – Edito 07/05/2020

D’un côté il y a ceux qui s’inquiètent que les autorités prennent des mesures dites « utiles » et nous privent ainsi de notre liberté. Parmi eux on trouve aussi les plus fervents complotistes qui s’imaginent que tout cela a pour seul dessein de nous habituer à une nouvelle donne autoritaire. Et de l’autre vous avez ceux qui trouvent ça normal car ils nourrissent des peurs déraisonnables.

C’est vrai qu’à la base c’est bien l’impréparation de notre gouvernement central et les économies à la serpe faites dans le secteur de la santé qui l’ont conduit à prendre, faute de mieux, des mesures de confinement que je qualifiais déjà de « moyenâgeuses » il y a plus d’un mois de ça. L’angoisse liée à des décisions liberticides n’est pas le simple fait des conspirationnistes, les risques sont réels notamment quand il est question de nous pister potentiellement à tout moment avec une application sur téléphone portable. C’est envisageable si on ne peut pas faire autrement, mais pas n’importe comment.

Localement on avait atteint le pompon avec l’interdiction totale de la vente d’alcool et un couvre-feu qui s’étaient rajoutés au confinement. C’est étrange quand même car à la fois on estime que la population polynésienne majeure est assez mûre pour voter et choisir qui doit présider à sa destinée, et en même temps on l’estime bien trop puérile pour ne pas savoir quand boire un coup et, le soir venu, limite on la borde pour qu’elle se couche avec les poules. Être prudent c’est bien mais pêcher par un excès de prudence ça l’est moins.

La décision de justice rendue hier en référé et dont mes collègues de la rédaction ne manquent pas aujourd’hui de vous faire le détail relève en effet principalement de l’incohérence de la portée des mesures privatives de libertés eu égard au nombre de cas positifs restants pourtant sur surveillance. Le couvre-feu n’avait été amputé que d’une heure alors qu’un allègement du confinement était par ailleurs décidé. D’ailleurs ce dernier avait déjà le potentiel de renverser une tendance sanitaire en amélioration si des cas non dépistés se baladaient toujours dans la nature. Mais il fallait ainsi suivre la logique jusqu’au bout. La justice a donc décidé qu’en l’état le couvre-feu et les mesures de restrictions de regroupement étaient illégales car objectivement disproportionnées.

Il faut relativiser la « fessée cul nu » que cela semble de prime abord représenter pour le Haut-Commissaire. A la base il n’est certes pas dans une position très enviable, sa fonction impose qu’il marche en permanence sur des œufs dans un Territoire où même les autonomistes ont trop souvent participé à la diabolisation de l’image de la France quand ça leur permettait de s’affranchir opportunément de certaines de leurs responsabilités et de leur propre passif. En fait je dirais qu’en l’espèce il s’en sort plutôt bien, quelque part il a refilé la patate chaude à la justice, car c’est assurément sur son dos à elle que retombera la responsabilité d’un éventuel regain de l’épidémie quels que soient les critères objectifs qui seraient opposés.

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