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Quand l’abus de liberté d’expression scellera la fin de la démocratie – Edito 31/03/2020

J’en faisais rire certains il y a quelques jours lorsque je relevais qu’on avait dit « confinement » et pas « cons finis ». Mais plus les jours d’enfermement passent et d’après ce que je peux lire ou entendre il semblerait que de très nombreuses personnes, dont des personnalités, semblent ne réaliser que maintenant dans quelle forme de déshumanisation nous sommes tombés aujourd’hui.

J’en entends qui parlent de l’anonymat favorisé par les réseaux sociaux pour cracher leur haine et répandre leur venin de « hater ». Mais en fait quand on gratte un peu il n’y a pas tant de profils anonymes que cela dans le tas. Les commentaires les plus méchants, débiles, révoltants semblent en fait totalement assumés par des gens qui interviennent avec leur vrai profil. Des gens qui se croyant super connectés grâce à internet se sont en fait totalement déconnectés des fondations d’un comportement social correct.

Cela ne me dérange pas de vous faire une démonstration par l’absurde. Imaginons que vous assistiez à une réunion ou une conférence, et que pendant que la personne fait son discours vous en ayez dans la salle qui attirent l’attention des autres pour lancer à vois haute des « t’es gros », « change de chemise » ou à d’autres « ferme ta gueule », « rentre dans ton pays ». Ce n’est pas un comportement acceptable n’est-ce pas ? Et bien pourtant il y en a donc qui la main sur le cœur, au prétexte que nous vivions en démocratie et que le principe de la liberté d’expression soit ancré dans nos textes de loi, s’estiment dans leur bon droit. Cela fait des années que je vous dis que la liberté d’expression est totalement détournée et dévoyée par des hordes de décérébrés. Cette démocratie, derrière laquelle se placent ceux que ça arrange, s’est muée en idiocratie. Trop de liberté donnée à ceux qui n’ont pas les moyens d’en faire usage raisonnablement conduit à un pourrissement de la société.

Pas question de devenir un vieil aigri, juste de s’adapter à une nouvelle donne. On a beau être humaniste, avoir la bienveillance en idéal, il faut surtout être lucide, bien cerner le problème : ça manque clairement de sanctions. Je n’ai pas dit de coups de bâtons. Mais continuez à vous complaire dans la haine de votre prochain, dans la délation, dans le dénigrement, dans l’invective, quel qu’en soit le prétexte, et le monde de demain pour retrouver un semblant de paix sociale devra peut-être y avoir recours.

Un régime politique qui offre de la liberté au peuple, ça se mérite, ça s’entretient. Quand on le dévoie au risque de le rendre libertaire, qu’il devient un danger pour la cohésion de la nation, il n’a pas vocation à être immuable. Il ne faudra pas verser de larme quand on aura cassé notre jouet, que nous n’aurons plus aucun droits mais juste des devoirs.

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