EMISSIONSL'édito d'Alexandre TaliercioPodcasts

Quand les émotions doivent passer malgré le masque – Edito 20/04/2020

Ce qui nous différencie de manière flagrante du reste du genre animal c’est aussi notre faculté à exprimer visiblement toute une gamme d’émotions à l’attention de nos congénères. Avant de se manifester par une gestuelle et un contact physique elle l’est d’abord par l’intermédiaire de ce qu’on peut imprimer sur notre visage, par notre sourire, la manière de mouvoir nos yeux, froncer nos sourcils, et actionner ou pas certains petits muscles.

Si l’acquiescement est généralement partout ailleurs principalement exprimé simplement par un mot, « oui », au Fenua le fameux soulèvement de sourcils en est sa variante la plus caractéristique, véritable manifestation des fondamentaux identitaires polynésiens. Par ailleurs en fonction du nombre de fois à la seconde où il est exécuté, il est au demeurant susceptible d’en dire plus, et devient alors un « oui »   réaffirmé avec insistance au cas où l’autre en face serait « visuellement sourd » (un concept bien de chez nous je vous l’accorde mais qui ne peut se satisfaire du mot « aveugle »). Et si en plus les yeux sont fermés pendant l’exécution il s’agira d’un « oui » exprimé avec une fierté non dissimulable. Il en existe bien entendu de nombreuses autres variantes où chacune des nuances est forte de sens, ça va vous faire votre journée de confinement que de vous amuser à les recenser.

Mais pourquoi je vous parle de ça ? Parce qu’en fait nous avons de la chance. En étant obligés de se cacher la partie inférieure du visage avec un masque, dans certains pays on se retrouve déjà confrontés à des hordes d’individus inexpressifs. Et avec un déconfinement qui sera accompagné de changements profonds dans notre manière d’évoluer socialement, ce sera de manière flagrante une soustraction d’âme.

Oh j’ai bien conscience que des mots peuvent être exprimés derrière un masque, qu’on peut les entendre, mais vous comprendrez qu’à l’époque que nous vivons j’ai l’envie irrépressible de nous trouver une grâce unique et différenciante que l’on pourrait exporter.

Oui car heureusement qu’en Polynésie on sait se sourire aussi avec les yeux. On va même devoir apprendre à y faire passer encore plus d’émotions car les embrassades et autres effusions physiques partagées, en dehors de notre cercle familial restreint, vont devoir être réduites pendant encore longtemps à peau de chagrin.

Que ce virus nous fasse risquer notre vie est une chose, mais, tout en restant prudents, à nous tous de faire en sorte que les gestes barrières ne soient pas des obstacles à une forme d’expression de notre douceur pour autrui. Sachons rester sains, certes, mais surtout humains.

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2 Commentaires

  1. Paul Grove
    22 avril 2020 à 1h16 — Répondre

    pourquoi ce n’est pas alexandre qui lit ses propres éditos ???

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Quand les émotions doivent passer malgré le masque – Edito 20/04/2020