EMISSIONSL'édito d'Alexandre TaliercioPodcasts

Quand t’es « cotorep » et que rien n’est fait pour toi – Edito 09/10/2020

Il n’y a pas photo, malgré toute la compassion et la bienveillance que l’on peut nourrir pour son prochain lorsque celui-ci souffre d’un handicap, on reste à des années lumières de réaliser à quel point toutes les petites choses du quotidien sont pensées et réalisées trop majoritairement pour les personnes valides. En ce 9 octobre nous fêtons la journée mondiale du handicap dont la vocation est la promotion et la protection des droits et de la dignité des personnes handicapées, initiée en 2001 par l’assemblée générale des Nations unies.

Jamais de toute ma vie je n’y ai été aussi sensible car si je suis resté plutôt discret sur le sujet figurez-vous qu’il y a trois semaines à la suite d’une imprudence digne de ma minute blonde annuelle, je me suis fracturé le haut du tibia qui rentre dans l’articulation du genou. Et oui, ça fait mal. Mais ce n’est pas le pire. Passés les quelques jours d’hôpital – dont j’embrasse d’ailleurs bien fort les membres du personnel médical qui se sont occupé de moi aux petits oignons et qui étaient tout fiers de m’annoncer qu’ils m’écoutaient tous les jours – c’est quand je suis rentré chez moi que la déconvenue était de taille. C’est le coup au moral qui s’est avéré être encore plus douloureux que celui au genou. Si ma chambre est au rez-de-chaussée, les pièces de vie elles sont à l’étage au-dessus, autant dire que j’étais parti pour un reconfinement forcé encore plus dur que l’officiel d’il y a quelques mois, avec une totale perte d’autonomie, mais aussi un peu dignité. En outre il n’était pas non plus question que cet enfermement soit synonyme de me négliger au niveau de l’hygiène, même si quand vous m’entendez ou me lisez, vous ne me voyez ni ne me sentez pas. Donc l’épreuve de rentrer dans une douche avec un rebord haut comme un parpaing c’était assez décourageant quand il est impossible de poser une de ses jambes à terre. On déploie alors des trésors d’ingéniosité pour mouvoir toute sa masse d’un tabouret haut tournant et se hisser vers l’intérieur de la cabine. Certaines des figures que je me suis vu faire ont au moins le mérite de m’assurer une reconversion potentielle au Cirque du Soleil …

Mais vous savez quoi ? Tout ça ce n’est rien. C’est pipi de chat. C’est anecdotique, pour vous faire sourire un peu. Parce que ce que doivent supporter des gens qui ont des handicaps plus lourds et surtout permanents est immensément plus dur et implacable surtout quand il est question en dehors de leur domicile de profiter a minima des infrastructures urbaines totalement inadaptées.

On se consolera comme on peut aux moindres bonnes nouvelles comme celle qui vient de Métropole où le mois dernier le ministère du Logement a rendu obligatoire l’installation de douche à l’italienne, donc au même niveau que le sol, dans les logements neufs à partir de 2021. Aussi son homologue local serait-il bien inspiré d’aller dans le même sens car sous les tropiques le handicap implique les mêmes maux qu’ailleurs, voire même d’aller se rincer plus souvent …

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2 Commentaires

  1. Roussey pierrette
    10 octobre 2020 à 15h43 — Répondre

    Bonjour monsieur Taliercio, j’écoute vos chroniques régulièrement avec beaucoup de plaisir. Votre sujet concernant le handicap m’a interpellée.
    Je compatis au handicap provisoire que vous avez subi, mais savez vous qu ‘ il existe un centre de rééducation de pointe avec 4 plateaux techniques, une balnéothérapie qui est en capacité d’accueillir 71 patients. Une équipe de professionnels plus que compétents d’environ 80 personnes est la pour vous assurer une rééducation et une réadaptation (pour les patients les plus sévèrement touchés) intensive. Nous mettons à disposition kinésithérapeutes,ergothérapeutes,orthophoniste, neuropsychologue et psychiatre, assistante sociale, diététicienne et bien sur soignants (infirmiers et aide soignants) pour assurer des prises en charge complètes et répondre aux besoins bio psycho sociaux de nos patients. Dommage que les chirurgiens, les médecins nous ignorent au point que notre taux d’occupation en termes de lits vides pourraient nous amener à réduire d’une manière drastique notre capacité d’accueil.
    Je vous invite à venir nous rencontrer, ainsi vous pourrez vous rendre compte de notre investissement quotidien auprès de la population polynésienne victime de handicap.
    Nous demandons juste d’être connu (avant d’être reconnu) par les personnes qui comme vous ont subi et subissent encore leurs handicaps. Dans l’attente, je vous prie de recevoir, monsieur Taliercio, mes plus sincères salutations.
    La directrice des soins et de rééducation du Centre Te Tiare
    P. Roussey

  2. Tan
    12 octobre 2020 à 9h00 — Répondre

    Hahaha, 71, le nombre de patients que vous pouvez accueillir, 80 personnes pour l’équipe soignant. Je comprends le prix d’un séjour chez vous, Et je comprends le peu de motivation des médecins pour vous recommandez des patients

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Quand t’es « cotorep » et que rien n’est fait pour toi – Edito 09/10/2020