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Radicalisation: dissolution d'une ONG d'aide aux détenus musulmans

Paris (AFP) – « Encouragement » à la radicalisation de détenus, « sympathie » envers des jihadistes… Sanabil, une association d’aide aux prisonniers musulmans a été dissoute mercredi par le gouvernement qui n’a pas été convaincu par ses dénégations.

Le nom de cette association créée en 2010 et basée en Seine-et-Marne est apparu dans « de nombreux dossiers terroristes », avaient dit à l’AFP fin octobre des sources au sein des services de renseignement.

Après le gel de ses avoirs, sa dissolution a donc été actée en Conseil des ministres, sur le fondement d’un article du code de la sécurité intérieure sur les associations qui « appellent à la haine ou à la violence, ou qui se livrent à des agissements susceptibles de provoquer des actes terroristes », a annoncé le porte-parole du gouvernement Stéphane Le Foll.

« On va utiliser tous les moyens légaux possibles afin de contester cette décision injuste », a réagi auprès de l’AFP le président de Sanabil, Antho Bolamba, assigné à résidence depuis un an.

D’après lui, l’action de l’association se borne à soutenir « 750 détenus dans onze pays », en faisant parvenir de la documentation religieuse ou en envoyant occasionnellement de l’argent aux indigents pour qu’ils puissent cantiner – sous le contrôle de l’administration pénitentiaire.

Elle fournit aussi un soutien, financier parfois, aux familles de détenus.

« Si Sanabil n’avait pas été fermée jusque-là, c’est que l’Etat n’avait rien à lui reprocher », estime-t-il. Il affirme en outre que la région Ile-de-France avait financé deux contrats aidés pour l’association en 2013-2014.

– Facilitateur de rencontres – 

Mais, pour le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve qui a pris le décret de dissolution, « sous couvert d’un soutien matériel dispensé à des détenus de droit commun ainsi qu’à leurs familles, l’association encourageait la radicalisation de ces derniers durant leur séjour carcéral pour les rallier à la cause jihadiste ».

Le ministre note dans un communiqué que « plusieurs anciens dirigeants ou anciens membres de l’association ont rejoint la zone de combat irako-syrienne » et que Sanabil « facilitait les rencontres entre des jihadistes radicaux et des individus moins impliqués dans le but d’influencer ces derniers ».

Une note des services de renseignement consultée par l’AFP relevait notamment qu’Amédy Coulibaly, le tueur de l’Hyper Cacher en janvier 2015, avait participé à un pique-nique de l’association le 23 août 2014.

Par ailleurs, le nom de l’association apparaît à plusieurs reprises dans l’enquête sur les attentats qui ont fait 130 morts le 13 novembre 2015 à Paris et aux abords du Stade de France, dans le cadre des investigations sur d’éventuels liens entre des personnes gravitant dans l’environnement de Sanabil et des protagonistes des attaques jihadistes.

Selon Bernard Cazeneuve, « les publications sur internet de l’association manifestent de la sympathie envers certains individus en lien avec la mouvance terroriste la plus radicale ».

Pour les autorités, le fait qu’Antho Bolamba ait été le modérateur du site internet francophone pro-jihad Ansar Al-Haqq plaide en sa défaveur. Le président de Sanabil reconnaît avoir été « très brièvement » modérateur du forum, mais affirme en avoir été banni par les administrateurs « justement » pour ses « prises de position » condamnant le terrorisme.

« Avec les élections qui approchent, le gouvernement doit montrer qu’il agit », déplore-t-il.

Le ministre français de l'Intérieur Bernard Cazeneuve à Alfortville, en France, le 21 novembre 2016. © AFP

© AFP/Archives Thomas SAMSON
Le ministre français de l’Intérieur Bernard Cazeneuve à Alfortville, en France, le 21 novembre 2016

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