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Ras-le-bol policier: Cazeneuve engage des "concertations"

Paris (AFP) – Après deux nuits de manifestations et avant une « marche de la colère », le gouvernement s’est efforcé mercredi de répondre au ras-le-bol des policiers en recevant leurs syndicats et en annonçant des « concertations » dans les départements, alors que la fronde vire à la polémique politique.

Le patron des socialistes Jean-Christophe Cambadélis a dénoncé la « patte » du Front national dans les manifestations « hors la loi » de policiers. « Pas de +patte+ mais un soutien sans faille, face à un pouvoir qui a manifestement de la haine pour la police », a répliqué sur Twitter le vice-président du FN Florian Philippot.

A quelques mois de l’élection présidentielle, l’exécutif, sous le feu des critiques, s’est employé à calmer le jeu. 

François Hollande a réaffirmé son « soutien » aux policiers, et appelé au « dialogue » avec leurs syndicats.

Le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve a annoncé, après avoir reçu « en urgence » ces organisations à leur demande, le lancement dès lundi de concertations dans les départements sur les revendications des policiers.

Les conclusions seront remises « en décembre pour mise en oeuvre immédiate dès 2017 ». Un plan « de sécurité publique » sera lancé en novembre et « complété des résultats de la concertation », a assuré le ministre, promettant un « dialogue riche », sur la dotation en nouveaux matériels dès 2017 ou l’amélioration des conditions de travail, avec des « travaux immobiliers ».

« Les policiers sont compris et soutenus non seulement par leur hiérarchie, par le gouvernement mais aussi par tous les Français », ils incarnent « une certaine idée de la France », a-t-il lancé.

– Le mouvement s’étend –

Les syndicats, qui tentent de reprendre la main et de canaliser la colère de la base, ont ensuite été reçus à partir de 19H00 par le garde des Sceaux, Jean-Jacques Urvoas.

« 90% de nos revendications concernent le ministère de la Justice », a assuré le secrétaire général du syndicat Alliance, Jean-Claude Delage. « Il faut en finir avec le sentiment d’impunité de ceux qui agressent les policiers », a poursuivi son adjoint, Frédéric Lagache, pour qui il faut « revoir la légitime défense » des policiers.

La manifestation de centaines d’agents bravant leur devoir de réserve, dans la nuit de lundi à mardi sur les Champs-Elysées à Paris, a pris de court les autorités.

Si une enquête de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), la « police des polices », est en cours, M. Cazeneuve a là aussi voulu rassurer: « Ce n’est pas pour entrer dans un cycle de sanctions, c’est pour rappeler des principes ». 

La grogne fait suite à une attaque au cocktail Molotov d’un véhicule de police à Viry-Châtillon (Essonne) le 8 octobre, lors de laquelle un adjoint de sécurité de 28 ans a été très grièvement brûlé. Sa collègue, une gardienne de la paix de 39 ans, également grièvement touchée, a quitté l’hôpital mardi soir.

Alors que les forces de l’ordre sont très sollicitées en pleine lutte antiterroriste, les policiers exigent notamment des renforts et des moyens, et se plaignent d’un surplus de gardes dites statiques ou de « mission indues ».

Le syndicat Unité-Police SGP-FO a pour sa part appelé à une manifestation silencieuse, « une marche de la colère policière et citoyenne », le mercredi 26 octobre.

Et un nouvel appel à manifester mercredi soir place de la République à Paris, sans les syndicats, a circulé dans la journée.  

Le directeur général de la police nationale (DGPN), Jean-Marc Falcone, qui a rencontré mardi soir des policiers de l’Essonne à Évry, a dit comprendre « l’exaspération, les craintes et les angoisses » des agents, tout en déplorant que certains aient « utilisé des véhicules » et des « moyens » de la police « pendant leurs heures de service ».

Le patron de la police, qui avait adressé mardi un ferme rappel à l’ordre à ses troupes, était reparti dans la soirée sous les huées de quelque 400 fonctionnaires venus soutenir leurs collègues menacés de sanctions.

Le mouvement de protestation, parti de l’Essonne, commence à faire tache d’huile.

Une centaine de policiers se sont rassemblés dans la nuit de mardi à mercredi sur le Vieux-Port à Marseille. A Nice, 80 policiers, la plupart en tenue, se sont réunis mardi place Masséna, comme tous les soirs depuis le 11 octobre, selon Célya Boumedien, secrétaire départemental SGP Unité Police.

Le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve (2è d) rencontre des syndicats de policiers à son ministère à Paris, le 19 octobre 2016. © AFP

© AFP GEOFFROY VAN DER HASSELT
Le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve (2è d) rencontre des syndicats de policiers à son ministère à Paris, le 19 octobre 2016

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