Radio1 Tahiti

Redouane Bougheraba : « Je sens toujours le fafaru alors que ça fait deux ans que je suis pas venu ! »

En pleine tournée de promotion de son nouveau film, Redouane Bougheraba a pris le temps de répondre à nos questions sur ses trois dates au Grand théâtre, présentées par SA Productions les 27, 28 et 29 mars. Des retrouvailles avec le fenua très attendues par l’humoriste. Il se souvient de certaines expériences culinaires mais surtout d’avoir « bien rigolé » lors de son unique spectacle à Tahiti en 2023 avec un public « chaleureux » et « qui a de l’autodérision ». Il en faudra une dose, dans ces trois soirées, basées sur « des partitions jamais vues avant », mais avec, comme il en a fait sa spécialité, beaucoup d’impro et de vannes « amicales » au public. « J’ai hâte de venir vous rejoindre, pour le soleil et pour le rire », lance l’humoriste et comédien.

Radio 1 : Entre la promotion de Délocalisés – qui sort à Tahiti ce mercredi 12 mars -, les scènes, les passages en télé, et les projets qui se multiplient, tu as un agenda très chargé. Et tu prends quand même le temps de venir au fenua à la fin du mois. Ou plutôt de revenir puisque tu avais déjà fait un passage à Papeete en 2023 pour une représentation unique. L’idée, cette fois, c’était de prendre un peu plus de temps pour rencontrer le public local ?

Redouane Bougheraba : Exactement. Il y avait tellement de monde qui voulait venir et on n’avait pas pu, ça n’était pas prévu comme ça. Et vu que c’était un succès, qu’il avait de la demande… Et surtout, j’ai vraiment adoré votre île. Je me suis dit : il faut que je revienne.

Ton premier séjour à Tahiti t’a marqué ?

Mais c’est toujours ancré en moi ! Je ne pensais qu’à revenir sur l’île. L’endroit est exceptionnel, l’accueil des Tahitiens est chaleureux, et puis bon, là je suis en France, il fait gris. J’ai hâte de venir vous rejoindre pour le soleil et du rire. Donc là, je coche les cases comme les prisonniers qui cochent sur le mur le jour de sortie. J’ai hâte de revenir pour qu’on me remette le petit collier de fleurs autour du cou…

Il sera prêt, t’inquiète pas. Aujourd’hui, sur les affiches de ces trois spectacles à Tahiti, on lit « Stand-up inédit » en grosses lettres. Est ce que ça veut dire que tu viens tester des nouvelles vannes sur le public polynésien ?

C’est pas vraiment un test. C’est des bonnes blagues que je vais venir leur faire, c’est déjà bossé. Mais c’est vrai que ce sera des partitions qui n’auront jamais été vues avant. C’était un peu l’idée : je savais qu’il y avait des gens qui m’avaient déjà vu et qui voulaient me revoir et je voulais proposer quelque chose de différent. Donc j’arrive avec de l’inédit. La dernière fois, votre président qui est venu, Moetai, c’est ça ? Peut-être qu’il sera encore là, en tout cas je l’invite, on avait bien rigolé. Ce qui est bien, c’est qu’à Tahiti, comme partout, les gens sont contents de venir, il y a l’autodérision, c’est toujours fait avec amour et bienveillance.

Rigoler avec le public, beaucoup de stand-uppers le font. Mais toi, tu en as vraiment fait une signature, c’est même ça qui t’a fait connaitre sur les réseaux sociaux. Il y a un côté ‘tout le monde peut passer sur le grill’, surtout le premier rang. Ce sera ça l’ambiance des trois soirées, ‘amicale, mais on peut se vanner’ ?

Mais c’est exactement ça. Les gens savent, ils viennent en connaissance de cause et ça se passe super bien parce que voilà, quand c’est bien fait et par des professionnels, c’est vrai que c’est mon point fort, donc ça passe très bien.

Et ça s’est vraiment toujours bien passé ?

Oui. Allez, il y en a une qui est partie, une fois, c’était à Montréal. Elle s’appelait Geneviève. Donc quand tu t’appelles Geneviève, c’est normal que tu puisses ne pas comprendre les blagues. Mais elle est venue parce que son fiancé lui a fait la surprise alors qu’elle était canadienne et pas fan du tout de mon humour. Du coup, elle n’a pas compris ce qu’elle faisait dans la soirée. Je lui dis Madame, si vous voulez y aller, vous pouvez y aller, ça ne me dérange pas. Et elle s’est levée, elle m’a pris au mot. Et après on en a fait un sketch et il est, il est culte, il est sur YouTube, c’est Geneviève du Canada. Je vous conseille d’aller voir pour comprendre le pourquoi du comment…

Quand on a fait tant des centaines de spectacles et quand on a rempli le Vélodrome – c’était une première pour un humoriste – est ce qu’il y a toujours une petite excitation avant de monter sur scène, un petit stress ?

Il y a de l’appréhension. Mais je suis content de vous retrouver maintenant que je connais Papeete, un peu Moorea, c’est magnifique tout ça. Je vais aller manger le poisson qui sent fort, là… le fafaru ? J’ai goûté la dernière fois et je sens toujours le fafaru alors que ça fait deux ans que je ne suis pas venu. Donc je vais retourner en manger parce que j’ai peur que l’odeur me quitte.

Il y a les interactions avec le public, et il y a quand même tout le reste. Tu racontes des choses sur scène, on t’a entendu beaucoup parler de ta vie, de tes rencontres, de Marseille forcément…

Je raconte des histoires qui me sont arrivées, que j’ai envie de partager avec le public. Il y a une évolution : avant les gens ne me connaissaient pas, alors je me présentais. Maintenant qu’ils me connaissent, que je dévoile une autre facette que les gens ne connaissaient pas. Mais il y aura toujours une grosse part d’improvisation parce que je sais que les Tahitiens sont avides de ça. Donc on va rigoler tous ensemble ces trois jours magnifiques.

La dernière fois que tu étais venu, c’était plus ou moins le début de ta tournée On m’appelle Marseille, et depuis plus de 350 000 personnes ont vu le spectacle, sans compter le Vélodrome que tu as rempli l’année dernière, et les vidéos qui font des millions de vues. Ça a été un succès phénoménal. Alors c’est vrai que ça fait dix ans que tu attires du public, tu ne viens pas juste d’arriver dans le stand up, mais est-ce que tu expliques pourquoi ça a tant explosé ces deux dernières années ?

Je pense que c’est comme un iceberg. C’est des années de travail, de résilience, d’abnégation, de sacrifices qui payent un jour ou l’autre, lorsqu’on devient incontournable. Et là c’est ce qui m’arrive : on ne peut plus me contourner. Voilà, c’est quand tout s’aligne, le talent, la chance, le travail, boum, ça explose, les gens sont contents de vous voir partout. Et je pense que lorsqu’on est généreux, on est tout le temps récompensé. Il y a une question de karma. Tout ce que tout ce qu’on donne, ça nous explose au visage. Et c’est ce que je suis en train de vivre.

Ce succès, ça a changé, ton rapport aux gens, au public ?

Moi je suis super content que les gens me donnent l’amour, et tout autour de la planète ! Je vais jouer en Nouvelle-Calédonie, à Tahiti, à Maurice, à la Réunion, à Madrid, je vais à Barcelone, je pars au Maroc, au Canada… Donc je joue partout et je suis content d’y aller, de retrouver les gens. Je pense qu’avec ce qui se passe ces derniers temps, on est dans un climat assez morose où l’actualité n’est pas très belle et les gens ont besoin de rire, ont besoin de s’évader. Et je pense qu’on fait partie de ces agents qui aident les gens à se détendre.

Et il y avait une autre période comme ça qui n’était pas particulièrement rose, c’était le Covid. Et il y a beaucoup de Polynésiens qui t’ont découvert pendant cette période sur des vidéos Facebook ou sur YouTube. J’imagine que c’est pareil ailleurs : ça a beaucoup participé à ton succès aujourd’hui ?

Oui, c’est une période où les gens étaient beaucoup sur les réseaux, ils et regardaient les vidéos et se partageaient leurs coups de cœur. Et je faisais partie de ces coups de cœur. Donc c’est vrai que ça m’a donné une impulsion et ça fait du bien.

Et on le disait tout à l’heure, il y a une autre actu pour les gens qui te suivent, c’est la sortie au cinéma le 12 mars, y compris à Tahiti, du film Délocalisés. C’est un film que tu as fait en famille, tu l’as coécrit et coréalisé avec ton frère Ali Bougheraba…

Avec Ali et avec la magnifique Vanessa Guide, avec Josiane Balasko, Antoine Gouy et toute une équipe, c’est collégial. Et l’histoire c’est celle d’un ouvrier qui travaille dans une usine de matelas qui est délocalisée. Il accepte de partir en Inde mais son salaire est indexé en roupies. C’est la descente aux enfers et du coup, il commence à faire une manifestation et à mettre en place des grèves. Il fait tout pour faire couler l’usine en Inde…

C’est une autre facette de ta carrière, le cinéma. On t’avait vu dans Taxi 5, Les Méchants, les Segpa et je crois savoir que tu as d’autres projets filmés… Tu es confortable à alterner la scène et les tournages ?

C’est sûr que c’est une autre discipline, les tournages. Et c’est plaisant parce que voilà, on touche un public encore plus large. Avec Délocalisés, par exemple, je me retrouve avec des enfants plutôt jeunes dans les salles de ciné qui viennent voir le film et qui adorent. Alors que dans mes spectacles, un enfant de cinq ans va s’ennuyer. Il n’y a pas de choix à faire avec la scène, je continue les deux. Moi, c’est mes deux amours. Et voilà, je suis en art, je suis polygame donc ça ne me dérange pas.