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Renouvelable : 30 à 40 hectares de fermes solaires à Tahiti d’ici 2023


Le Pays vient de lancer de très attendus appels à projets pour des fermes photovoltaïques avec batteries. 6 à 7 milliards de francs d’investissement privé pour 30 MWc de production électrique attendues début 2023.

Yvonnick Raffin le reconnait aisément : « En matière d’énergie, il y a eu beaucoup d’annonce ces dix dernières années, mais la concrétisation a été un peu compliquée ». Il est vrai que les objectifs de transition énergétiques mis sur la tableil y a six ans – 50% de renouvelable en 2020 et 75% en 2030 contre 29% aujourd’hui – paraissent aujourd’hui inaccessible. Mais si le compteur n’a fait que frétiller, pas forcément à la hausse, ces dernières années, c’est qu’il avait fallu le temps de préchauffer cette transition, explique en substance le ministre. Après plusieurs années d’adaptation du cadre règlementaire, l’heure est à la « concrétisation ». Les changements climatiques, mais aussi la dépendance aux importations, source de « vulnérabilité » particulièrement criante pendant la crise Covid, « nous contraint à repenser notre modèle ». Et à « refondre notre système de production d’électricité ».

Plusieurs promoteurs sur la ligne de départ

Pour l’heure, cette concrétisation tient en un chiffre : 30 MW crête. C’est la puissance cumulée des projets de fermes photovoltaïques avec stockage – des champs de panneaux solaires reliés à des batteries, donc – qui seront sélectionnés par le gouvernement d’ici septembre. En conditions d’ensoleillement idéal – et donc relativement rares – cela représente « presque deux groupes de la Punaruu » sur les huit que compte la centrale. Pour fournir une telle puissance, « 2, 3 ou 4 projets » devraient être lancés, sans que le Pays n’ait à mettre de financements sur la table : les acteurs privés – locaux ou internationaux – sont appelés à le faire. Ils amortiront leur investissement – estimé à 6 à 7 milliards de francs au total – sur 20 ou 25 ans, en revendant l’électricité au réseau électrique. Et ils sont déjà nombreux sur la ligne de départ : « aujourd’hui je n’ai pas peur de ne pas avoir de candidat, mais j’ai peur d’en avoir trop », sourit Yvonnick Raffin, qui espère les premiers raccordement pour « début 2023 ».

Aux promoteurs, donc, de trouver, sécuriser et équiper du foncier. Le ministre parle de 30 à 40 hectares répartis tout autour de Tahiti, avec une préférence, pour cause d’architecture du réseau électrique, pour les côtes Est et Ouest plutôt que pour la presqu’île. Dans son instruction des dossiers, le Service de l’énergie portera une attention particulière au « type d’installation » choisie : des projets qui permettent une double mise en valeur du terrain – par exemple avec des installations de panneaux hautes ou sous serre comme le projet déjà en développement à Taputapuatea.

 

Pas de hausse ni de baisse de la facture

Mais le critère principal – valant pour 75 % de la note qui sera attribuée à chaque dossier – reste le tarif de revente de l’électricité. Hors de question que cet élan vers le renouvelable ne fasse gonfler les factures. Le gouvernement a donc adopté un tarif maximum de rachat pour ces projets : 21 francs le kWh, soit un franc de moins que le coût de revient moyen de kWh thermique (produit avec les groupes gazole). « Ceux qui proposeront au dessus seront éliminés » confirme Yvonnick Raffin, qui s’attend à des propositions « entre 19 et 21 francs/kWh ». Difficile, donc, d’imaginer que le solaire fasse réellement baisser le coût de l’énergie. Côté chiffres, l’objectif porte davantage sur la transition énergétique : le solaire ne pesait, en 2019, que pour 1,1% de la production électrique polynésienne, et elle pourrait gagner plus de 5 points avec ces seuls projets. Un développement limité à Tahiti, qui regroupe 80% de la consommation électrique, mais les autres îles pourraient elles aussi se lancer dans le renouvelable. La loi de péréquation, toujours prévue pour application en juillet, devrait permettre de lancer des projets, assure le ministre de l’Énergie, citant des « centrales hybrides » ou, là encore, des « installations solaires ». Des investissements qui devraient en outre être soutenus par le Pays voire par l’État.

La production électrique en Polynésie en 2019 ©Bilan Energétique

D’autres appels à projet, en solaire ou en hydro

Un autre appel à projets, potentiellement plus important, pourrait être lancé d’ici trois ans. Le temps de s’assurer que le système électrique « peut supporter un tel apport ». Car si les batteries amortissent en partie les variations importantes de production, les nuages et la nuit font de ces fermes des sources d’électricité intermittentes. D’autres efforts sont inscrits au calendrier pour gagner quelques points de renouvelable. Le Swac de Taaone, dont le premier tuyau doit être posé d’ici un mois, permettra en fin d’année de se passer d’une partie de la gourmande consommation électrique du CHPF. Yvonnick Raffin parle aussi de renfort de la production hydraulique, qui représente déjà près de 80% du renouvelable dans le pays et 20 à 25% de la production totale d’électricité. EDT a plusieurs fois rappelé, ces dernières années, que sa production dans les vallées déjà équipées pouvait être « optimisée » (d’où, par exemple, le projet « Cote 95 » qui fait face à un collectif d’opposant à la Papenoo…). Le ministre ajoute que d’autres vallées de Tahiti peuvent être équipée de « petites centrales sans barrage ». 12 points de production hydroélectrique supplémentaires seraient à portée. Sur ce sujet comme sur d’autres, le pays veut avancer « très vite », et pas forcément avec EDT. « J’ai demandé à mes services d’amender les textes actuels pour lancer, dans les mois à venir, des appels à candidatures pour des délégations de service public en énergie hydroélectrique », annonce Yvonnick Raffin.

Centrale à gaz : un « terrain d’entente » à trouver avec EDT

« Il serait illusoire de penser que Tahiti peut fonctionner qu’avec des énergies renouvelables », prévient Yvonnick Raffin. Le ministre confirme qu’une troisième centrale – après la Punaruu, qui fournit 60% de l’énergie de Tahiti et Vairaatoa, qui devrait être démantelée l’année prochaine – est à l’étude, comme nous l’expliquions il y a quelques jours. Cette unité de petite dimension – environ « 6 à 8 MW », soit moins de la moitié d’un groupe de la Punaruu – devrait fonctionner au propane, combustible certes fossile mais « moins polluant » et « plus adapté » pour intégrer les énergies renouvelable sur le réseau. La centrale, qui agite déjà le secteur de l’énergie, serait implantée « quelques part sur la Côte est ». À EDT-Engie le Pays avait recommandé Papenoo, où un terrain a déjà été repéré. Mais les discussions « ne sont pas terminées » entre l’autorité publique et le concessionnaire. Aussi Yvonnick Raffin précise encore une fois que cette centrale pourrait ne pas être incluse dans la concession électrique et être confiée à un autre acteur, par « appel à candidature ». « Ca fait partie des possibilités si nous ne trouvons pas de terrain d’entente sur les investissements et sur les coûts avec EDT », pointe le ministre. Un moyen de garder la pression sur EDT-Engie, qui travaille depuis longtemps sur le projet. Mais l’ancien directeur général adjoint de la filiale d’Engie l’assure : sur ce sujet comme sur la gestion du réseau électrique – dans lequel le Pays veut, à travers la Tep, reprendre un « rôle central » – ou la délicate question des provisions pour renouvellement, le concessionnaire et le ministère de l’Énergie « ont des discussions intelligentes et constructives ». Reste, là encore, à les concrétiser.

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2 Commentaires

  1. 21 avril 2021 à 9h31 — Répondre

    Actuellement, sur Tahiti, le kWh solaire injecté sur le réseau est acheté à 15,98 F. Il conviendrait également de passer à 21 F/kWh pour les installations de faible puissance. Ainsi, de nombreux projets sur toiture de particuliers ou de professionnels verraient leur temps de retour sur investissement réduit en combinant davantage autoconsommation et injection sur le réseau. Aucun coût pour la collectivité. Le désavantage de l’intermittence de la production serait compensé par une production au plus près des consommateurs, ne nécessitant peu ou pas de transport, donc moins d’investissement et moins de pertes d’énergie pour EDT.

  2. DAVID
    22 avril 2021 à 8h58 — Répondre

    Le Solaire sur batteries est très polluant en CO² et la Polynésie fera partie des premiers pays à souffrir du changement climatique.
    L’hydroélectricité est notre seul véritable atout .
    A la rigueur imposer aux entreprises et administrations un droit à la prise pour recharger les véhicules des employés via du solaire sur le même bâtiment pourquoi pas , cela aurait l’avantage de ne pas rajouter plus de batteries, de ne pas faire disparaitre 30 à 40 hectares de terres agricoles ou d’habitation….( l’hydro prend bien moins de place à kw équivalent) Les SWAC on aussi leur utilités mais moins transposables.
    Le gaz n’est pas idéal pour la Polynésie car son cout de transport par petit méthanier est déjà prohibitif…Et il reste très polluant c’est a dire 20 fois plus que l’hydraulique : ( hydro) =24 g de CO2 par kWh.
    Le gaz : 490 g de CO2 par kWh
    Le solaire : 41-48 g de CO2 par kWh seul et + 410 g de CO2 par kWh si associé à des batteries (catastrophique).
    Ces information proviennent des rapports du GIEC c’est à dire de 95% des scientifiques qui étudient le problème climatique …PAS DE MOI SEUL

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