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Science : ils cherchent même ce qu’on n’a pas idée de chercher – Edito 18/03/2021

Hier en fin d’après-midi je me suis senti privilégié puisque l’école doctorale du Pacifique m’avait conviée en tant que membre du jury pour départager 4 candidates participant à l’opération « Ma thèse en 180 secondes ». C’est un concept anglo-saxon à la base qui remonte à 2008 mais qui finit par connaître ses plus grandes années dans le monde francophone avec un concours devenu international. L’étape d’après pour la sélection régionale de ce mercredi au Fenua, c’est une demi-finale à Paris en avril.

Vous rendez-vous compte à quel point le postulat de départ a un potentiel ingrat ? Vous êtes doctorant, vous allez donc travailler trois ans en tout sur votre thèse, mais vous devez la présenter en 3mn top chrono à la manière d’un sketch ou d’un monologue en mode stand-up pour démontrer à quel point le sujet est digne d’intérêt y compris pour de complets profanes dans la matière.

Je vous donne un exemple, hier, 4 concurrentes donc 4 sujets de thèses. Parmi ceux-ci le premier a attiré mon attention de technophile, voire de super geek averti : « L’Océanie dans le jeu vidéo : de l’oppression des autochtones d’Océanie à leur prise de pouvoir grâce au jeu vidéo ». Il me tardait d’en savoir plus puisque cela touchait ma corde sensible. Ce qui n’était pas du tout le cas du 3ème sujet de thèse intitulé : « Modélisation des crues à Tahiti avec applications au dimensionnement d’ouvrages et à la prévision en temps réel ». Lorsque j’avais lu ça je n’ai rien pu faire contre une migraine foudroyante. Secrètement, au plus profond de moi-même je m’étais fait la réflexion que c’était une chance que la présentation se fasse en 180 secondes et pas une de plus, car potentiellement à la 181ème on prenait le risque de me perdre. Les deux autres sujets sur une approche socio-anthropologique du suicide en Polynésie, et sur les sources du droit de la concurrence, intéressants, n’appelaient toutefois pas spécialement d’attentes particulières de ma part.

Et bien vous savez quoi ? Une fois les mini soutenances faites, mes idées préconçues avaient disparu. Me voilà fan d’hydrologie grâce à Garance Tanguy qui a remporté à l’unanimité du jury le 1er prix tout en faisant carton plein aussi avec le vote du public. A 16h30 quand je suis arrivé à la Fac je m’en fichais éperdument, infiniment, de savoir pourquoi il était important de prévoir quand et pourquoi un cours d’eau était supposé sortir de son lit. Parce que ce n’est pas mon problème. Mais à 19h30 au moment de repartir, je me suis dit que c’était de se dire ça qui en était un de problème en vrai. Alors bravo aussi à Maeva, Leialoa, Yasmina et tous les autres thésards, qui cherchent là où personne ne pense à le faire afin que l’homme s’élève par la connaissance. Puissiez-vous continuer de vulgariser et de nous éclairer sur ce qui parait abscons, pour que, comme moi hier soir, je finisse par me coucher moins … voilà …

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