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Sécu: redressement promis en 2017 au prix d'économies drastiques

Paris (AFP) – A sept mois de l’élection présidentielle, le gouvernement se targue d’avoir « sauvé la Sécu » et promet, au prix de nouvelles économies drastiques dans le domaine de la santé, de ramener le solde du régime général quasiment à l’équilibre en 2017.

Pour la première fois depuis 16 ans, le déficit 2017 du régime général (maladie, retraites, famille, accidents du travail) sera ramené à 400 millions d’euros, contre 3,4 milliards en 2016, a annoncé la ministre de la Santé, Marisol Touraine, qui a présenté vendredi le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS).  

« Le miracle n’existe pas », a-t-elle clamé, interrogée sur l’ampleur surprenante de cette réduction. « La situation de notre pays s’améliore », a-t-elle justifié, citant le supplément de cotisations sociales permis par « la création d’emplois », et les « réformes structurelles » engagées depuis 2012.

Parmi ces dernières figurent le virage ambulatoire, qui consiste à écourter les séjours à l’hôpital, le développement des génériques ou le fonctionnement des hôpitaux. La ministre a tenu à saluer les « efforts des professionnels de santé » qui ont permis ces réformes. 

Toutefois, en ajoutant au tableau le déficit du Fonds de solidarité vieillesse (FSV), autre composante de la Sécu qui verse les cotisations retraites des chômeurs et le minimum vieillesse, le déficit atteindrait 4,2 milliards l’an prochain.

« La gauche fait le job »: « En 2017, il n’y aura plus de +trou de la Sécu+ », s’était empressée de commenter jeudi soir sur son blog Mme Touraine, omettant de dire qu’elle n’incluait pas ce fonds, affecté par un taux de chômage élevé. Le gouvernement prévoit son retour à l’équilibre en 2020.

Le prochain gouvernement, « quel qu’il soit », sera redevable au précédent du rétablissement des comptes sociaux, a souligné le secrétaire d’Etat au Budget, Christian Eckert.

En 2017, le gouvernement prévoit un excédent des branches accidents du travail, famille et retraite. Le solde positif de cette dernière (1,6 md) résulte principalement de la réforme Sarkozy qui a reculé l’âge légal à 62 ans, selon la Cour des comptes, mais aussi du décalage du versement des pensions au 1er octobre, se défend le gouvernement. 

L’amélioration la plus spectaculaire est attendue du côté de l’Assurance maladie avec un déficit réduit à – 2,6 milliards d’euros, contre 4,1 en 2016, en dépit de l’accroissement des dépenses liées notamment au vieillissement de la population et aux innovations thérapeutiques.

– Les hôpitaux encore sollicités –

Cet objectif est d’autant plus ambitieux que le gouvernement a annoncé un relèvement de 1,75% à 2,1% de l’objectif national des dépenses d’assurance maladie (Ondam), utilisé pour freiner leur augmentation naturelle, afin d’honorer les revalorisations des revenus des médecins libéraux et de la fonction publique hospitalière, malgré une situation « fragile », selon la Cour des comptes.

Pour tenir son objectif, le gouvernement prévoit donc de réaliser encore plus d’économies, à hauteur de 4 milliards d’euros, principalement autour des médicaments. Des mesures seront prises pour « mieux contrôler » les prix de ceux bénéficiant d’autorisations temporaires d’utilisation (ATU) avant leur mise sur le marché et destinés à certains malades en phase terminale. Le ministère compte également sur le développement des génériques et la baisse des tarifs des dispositifs médicaux.

Les hôpitaux, en forte tension, ne seront pas épargnés. Il leur sera demandé encore plus d’efforts qu’en 2016 (845 millions d’euros contre 690 en 2016). Le ministère compte principalement sur le développement des Groupements hospitaliers de territoire (GHT) pour réaliser des économies d’échelle en mutualisant les achats.

Il mise aussi notamment sur la baisse des tarifs des radiologues et des biologistes pour dégager de nouvelles économies. 

Enfin, il pourra compter sur une nouvelle taxe sur les distributeurs de tabac à rouler, évaluée à 130 millions d’euros pour renflouer les caisses. 

Côté recettes également, une nouvelle hausse de la masse salariale en France devrait aider à assainir les comptes de la Sécu, en fournissant plus de cotisations.

Dans un communiqué, la Fédération hospitalière de France (FHF) s’inquiète des « conséquences sur les établissements de santé des mesures annoncées ».

« Le monde hospitalier attend des pouvoirs publics un discours sincère et crédible et ne saurait accepter que l’affichage de redressement des comptes se traduise par un transfert des déficits sur les établissements de santé », prévient-elle.

La ministre de la Santé Marisol Touraine le 19 juillet 2016 lors d'une visite à Chambray-les-Tours . © AFP

© AFP/Archives GUILLAUME SOUVANT
La ministre de la Santé Marisol Touraine le 19 juillet 2016 lors d’une visite à Chambray-les-Tours

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