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Sisco: le procès va s'ouvrir après le rejet d'une demande de dépaysement

Bastia (AFP) – Le procès de la rixe survenue le 13 août sur une plage de Sisco entre des familles marocaines de Corse et des villageois va s’ouvrir ce jeudi à Bastia après le rejet d’une demande de dépaysement malgré les tensions qu’avait suscitées ce fait divers dans l’île.

Le procès de trois frères marocains et deux habitants de Sisco pour violences en réunion peut donc débuter comme prévu à 15H00 jeudi devant le tribunal correctionnel de Bastia, qui peut toutefois toujours décider de reporter l’examen du fond de l’affaire, la décision du parquet général étant susceptible d’appel.

En refusant l’hypothèse d’un procès loin de Bastia, a priori sur le continent, le procureur général Franck Rastoul a rejeté l’argumentaire des avocats, qui invoquaient la « sérénité des débats », la « sûreté des prévenus » et « l’immixtion du politique » dans cette affaire.

Dans sa décision, selon une source proche du dossier, M. Rastoul reconnaît que l’affaire a suscité des débats « polémiques », mais que les réactions et les manifestations qui ont suivi les échauffourées ne suffisent pas à motiver un dépaysement. Le procureur général estime même que le maintien de l’audience au niveau local est « opportun », toujours selon cette même source.

Dans la foulée de cette décision, les dirigeants nationalistes du Conseil exécutif et de l’Assemblée de Corse Gilles Simeoni et Jean-Guy Talamoni, et le maire PS de Sisco Ange-Pierre Vivoni ont lancé un appel commun au calme: « Il est essentiel que l’audience se tienne dans un contexte serein et apaisé, dans et hors du Palais de justice ».

La violente bagarre du 13 août avait échauffé les esprits et entraîné notamment une manifestation tendue dans un quartier populaire de Bastia, le lendemain.

Le parti indépendantiste Corsica Libera – dont M. Talamoni est un des dirigeants – a appelé à un rassemblement de soutien aux deux villageois jeudi devant le tribunal correctionnel, où l’affaire avait été renvoyée une première fois le 18 août.

Corsica Libera a dénoncé « la prétention grandissante des petits caïds de quartiers », visant les trois frères marocains que le procureur de Bastia Nicolas Bessone avait désigné comme étant à l’origine des échauffourées, en voulant « privatiser » une petite crique de Sisco et en multipliant les incidents.

« Il n’y avait pas l’ombre d’une trace de racisme » dans cette rixe, a assuré sur RTL M. Talamoni jeudi matin: « C’est simplement un acte de délinquance avec une réaction de la population locale ».

– Flou initial –

Le samedi 13 août au soir, une centaine de gendarmes et policiers avaient été nécessaires pour ramener le calme. Des jets de pierre et des coups de couteau avaient fait quatre blessés, plusieurs véhicules avaient également été renversés et incendiés.

Mustafa Benhaddou, 33 ans, un ouvrier du bâtiment au chômage, déjà condamné pour outrage, transport d’armes et des délits liés aux stupéfiants, sera jugé détenu. Ses deux frères, Abdelillah et Jamal, 38 et 29 ans, tous deux plaquistes, doivent comparaître libres. 

Face à eux, deux villageois soutenus par la population locale, dont le procureur avait aussi dénoncé la riposte « scandaleuse ». Lucien Straboni, 50 ans, boulanger, et Pierre Baldi, 22 ans, employé de la mairie de Sisco, comparaîtront libres.

Quelques mois après l’agression de pompiers dans un quartier populaire d’Ajaccio le soir de Noël, qui avait été suivie d’une manifestation émaillée de slogans racistes et du saccage d’une salle de prière musulmane, la rixe de Sisco avait ravivé les tensions sur l’île.

Le flou initial autour des circonstances des échauffourées, certains témoins affirmant dans un premier temps que la dispute avait éclaté quand des touristes avaient pris en photo des femmes se baignant en burkini, y avait contribué.

Dès le 14 août, au lendemain des incidents, aux cris de « Aux armes! » et « On est chez nous! », quelque 500 personnes avaient défilé à Bastia dans le quartier populaire de Lupino, où certains pensaient que les familles marocaines impliquées vivaient. 

Le 16 août, le maire de Sisco avait quant à lui interdit le burkini dans sa commune -une décision validée ensuite par le tribunal administratif de Bastia, qui a pris le contre-pied du Conseil d’Etat et mis en avant la rixe pour justifier sa décision.

La crique de Sisco, en Corse, le 14 août 2016, où des affrontements ont eu lieu entre des familles marocaines et des villageois. © AFP

© AFP/Archives PASCAL POCHARD-CASABIANCA
La crique de Sisco, en Corse, le 14 août 2016, où des affrontements ont eu lieu entre des familles marocaines et des villageois

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