EMISSIONSL'édito d'Alexandre Taliercio

Smaïn, un des derniers soldats du rire utile – Edito 25/01/2017

Hier matin entre 11h et midi je recevais l’humoriste Smaïn dans A vous la parole. Cet artiste de bientôt 60 piges est la preuve incarnée que c’est bien dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes. Bon même si dans son cas, ce serait plutôt que : c’est dans les vieux couscoussiers qu’on fait la meilleure semoule.

Je m’explique. S’il a déjà connu le firmament de la gloire, que pendant une bonne vingtaine d’années il a été people parmi les peoples, aujourd’hui il vit très bien sa sous exposition. Et je tiens à vous le dire, une sous exposition qui n’est pas du tout méritée. Il n’a simplement plus envie de jouer le jeu de ce qui est devenu une industrie du divertissement qui s’est déshumanisée. Un milieu où il faut occuper le terrain à tout prix, sur tous les écrans, et le plus souvent parler pour ne rien dire et surtout servir de faire valoir aux animateurs et à leur bande qui le reçoivent tout en avalant des couleuvres. Avec deux décennies de moins au compteur Smaïn aurait peut-être fait l’effort de se plier à ce diktat insipide mais il a préféré prendre de la hauteur sans perdre en fraîcheur dans ses textes.

Car non celui qui reste le beur le plus célèbre de toute une génération n’est pas devenu has been pour autant. Ce n’est pas parce qu’on entend moins parler de lui qu’il se tourne les pouces et vit dans la nostalgie d’une époque dorée et dans la léthargie. C’est au contraire un militant, un poète militant. Savoir manier les mots en faisant rire et réfléchir est la démonstration d’un talent qui s’est en fait bonifié avec le temps surtout quand on sait faire mouche.

A l’époque trouble que nous vivons en France, trop nombreux sont ceux qui ont oublié que notre pays était cette terre d’accueil, de solidarité, de fraternité, de partage que le monde entier nous enviait. Certains ont contribué à casser le jouet qui n’est pas encore totalement brisé en rabâchant à tout va que la cause de tous les maux était l’autre, l’étranger. La technique est connue des populistes, on répète sans discontinuer pour faire passer pour une vérité. Cela laisse la place aux antagonismes de s’exacerber, à la haine de l’emporter. Tout n’est pas perdu, loin de là, mais il faut être vigilant.

Ce n’est pas dans le racisme ou la xénophobie, dans le rejet de l’autre, dans l’hypothèque des valeurs morales fondatrices de notre démocratie républicaine, que nous nous émanciperons de nos souffrances et de nos frustrations. Et pour nous le rappeler, nous faire cogiter, pour servir de poil à gratter, heureusement des gens comme Smaïn continuent d’exister. Aussi, tant qu’ils sont là et peuvent s’exprimer, autant en profiter, surtout quand à l’intelligence et au talent ils ont aussi de série, et pas en option, la solidarité. Les bénéfices de ses deux spectacles polynésiens seront reversés à la croix rouge pour aider les sinistrés du Fenua, la cerise sur le gâteau, pardon, la date dans le makrout, s’il en fallait une pour justifier définitivement d’aller se régaler vendredi ou samedi soir en sa compagnie.

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