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Sondages de l'Elysée: l'audition de Sarkozy demandée par l'association Anticor

Paris (AFP) – L’association Anticor a demandé que Nicolas Sarkozy soit entendu comme témoin dans l’enquête sur les sondages payés par l’Elysée sous son mandat, sur fond de nouveaux soupçons sur les dépenses de l’ex-UMP.

Menacé d’un renvoi en procès dans le dossier Bygmalion, l’ancien chef de l’Etat pourrait difficilement être mis en cause, du fait de son immunité présidentielle, dans l’enquête sur des soupçons de favoritisme au profit des sociétés de Patrick Buisson et Pierre Giacometti, ses conseillers de l’époque.

Mais plusieurs de ses anciens collaborateurs ont été mis en examen pour favoritisme ou complicité, comme l’ex-directrice de cabinet Emmanuelle Mignon ou l’ancien secrétaire général de l’Elysée Claude Guéant.

« On a un procès qui est en train de s’articuler autour d’un grand absent. Mais Nicolas Sarkozy peut être convoqué comme témoin », a déclaré à l’AFP Jérôme Karsenti, l’avocat d’Anticor, qui avait déposé plainte en 2009. Rien n’oblige le juge d’instruction à accéder à cette demande de la partie civile.

Au coeur de l’enquête, les contrats passés sans appels d’offres à partir de 2007, au début du quinquennat Sarkozy, avec les sociétés de Patrick Buisson (Publifact puis Publi-Opinion) et de Pierre Giacometti, tous deux mis en examen pour recel de favoritisme.

La convention signée par Patrick Buisson avec l’Elysée prévoyait une mission de conseil rémunérée 10.000 euros par mois et octroyait d’autre part à Publifact « l’exécution de sondages », à sa liberté d’appréciation et avec les instituts de son choix.

– « Vois avec Claude » –

Dans un rapport de février 2009, la Cour des comptes dénonçait son caractère « exorbitant », la présidence de la République n’ayant « ni la maîtrise ni le contrôle » des dépenses.

Au final, les enquêteurs ont retrouvé trace de 235 sondages achetés par le cabinet de Patrick Buisson et revendus à la présidence entre 2007 et 2009, avec un bénéfice pour Publifact de 1,4 million d’euros. L’ancien conseiller venu de l’extrême droite a été mis en examen pour détournement de fonds publics.

D’après les récits de Buisson et Giacometti au juge, lorsqu’il a été élu président, Nicolas Sarkozy n’a pas insisté pour qu’ils entrent dans son staff officiel à l’Elysée. « Pour les modalités, vois avec Claude » Guéant, aurait-il dit à Patrick Buisson, avant que ce dernier ne rédige lui-même la convention le liant à l’Elysée, selon son propre récit au juge.

Mais l’enquête soulève désormais d’autres questions. Selon une source proche du dossier, les enquêteurs étudient aussi l’hypothèse que l’UMP, devenue Les Républicains, ait pris en charge à partir de début 2009 une partie des dépenses élyséennes au profit de Patrick Buisson, quand la polémique a éclaté.

Une première convention du 1er février 2009 entre Publifact et l’UMP « reprenait pratiquement dans les mêmes termes celle conclue en 2007 avec l’Elysée, la prestation de commande de sondages en moins », avec un forfait à 10.000 euros mensuels, décrit la source. Début octobre 2010, le montant est réévalué à 26.750 euros. Un nouveau contrat était signé, avec Publi-Opinion cette fois, en décembre 2010.

Entendu comme témoin en avril, l’ancien secrétaire général de la formation de droite Xavier Bertrand, désormais président de la région Hauts-de-France, s’est souvenu du premier contrat qu’il a cosigné avec Eric Woerth, alors trésorier de l’UMP, et dont il a justifié l’utilité pour le parti, raconte encore la source.

« Notre vocation à l’UMP n’était pas de compenser la perte de revenus de Patrick Buisson après les remarques de la Cour des comptes », a-t-il assuré, selon cette source.

Entendu en avril, son successeur à l’UMP, Jean-François Copé, a déclaré avoir découvert plusieurs années plus tard que son ancien bras droit, Jérôme Lavrilleux, avait imité sa signature pour le contrat de fin 2010.

Les enquêteurs estiment que sur cette période, de 2009 à 2012, Publi-Opinion a encaissé environ 1,6 million d’euros de l’UMP, au titre des sondages, a relevé la source proche du dossier.

Jérôme Karsenti, l'avocat de l'association Anticor, le 22 juin 2015 à Paris . © AFP

© AFP/Archives BERTRAND GUAY
Jérôme Karsenti, l’avocat de l’association Anticor, le 22 juin 2015 à Paris

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