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Soudan du Sud: les combats s'étendent dans la capitale

Juba (AFP) – Les combats entre forces régulières sud-soudanaises et ex-rebelles à Juba ont gagné en intensité dimanche, s’étendant à plusieurs quartiers de la capitale et près de l’aéroport international, deux jours après de premiers affrontements ayant fait plus de 150 morts.

Dimanche, l’ONU a fait état de tirs de mortiers, de lance-grenades et d' »armes d’assaut lourdes ». La présence d’hélicoptères de combat et de chars a également été signalée. Ces informations ont conduit nombre d’habitants de la capitale à se terrer chez eux ou à fuir leurs maisons, selon des témoins.

« La situation s’est considérablement détériorée à Juba », a averti l’ambassade des Etats-Unis, invitant les Américains à rester chez eux.

« De violents combats sont en cours entre forces gouvernementales et de l’opposition, aux environs notamment de l’aéroport, des sites de la Minuss (la mission de l’ONU), (dans le quartier de) Jebel et dans différentes zones de Juba », a-t-elle ajouté sur sa page Facebook.

Aucun bilan n’était disponible.

Les affrontements avaient débuté jeudi par un accrochage qui a fait cinq morts. Ils ont ensuite été suivis de nouveaux combats vendredi où plus de 150 personnes – en majorité des soldats des deux parties – ont été tuées, selon les ex-rebelles. 

Les violences opposent les soldats du président Salva Kiir aux hommes de son rival, l’ex-chef rebelle et actuel vice-président Riek Machar. Dans le cadre d’un fragile accord de paix et de partage du pouvoir d’août 2015, M. Machar est revenu, avec un fort contingent d’hommes armés, en avril à Juba où il a été réinstallé vice-président et a formé avec M. Kiir un gouvernement d’union nationale.

Dimanche, les combats ont repris dans la partie ouest de Juba, où les troupes loyales à M. Kiir et celles de son rival disposent de bases au pied des montagnes. Riek Machar y a même installé son quartier-général depuis son retour. 

« Coups de feu, échanges de tirs nourris de nouveau près de la Maison de l’ONU. Continuent depuis environ 08H25 » (05H25 GMT), a rapporté la Mission de l’ONU au Soudan du Sud (Minuss) sur son compte Twitter.

Ce camp de l’ONU, qui abrite en temps normal quelque 28.000 déplacés, est situé près des bases où sont stationnées les soldats des deux parties. Dimanche, des habitants de la zone se sont réfugiés dans l’enceinte du camp. Selon des travailleurs humanitaires, des tirs ont aussi touché l’intérieur du camp, blessant plusieurs civils. 

Des civils se sont également dirigés, avec enfants et maigres possessions, vers une autre base de l’ONU proche de l’aéroport. 

Les combats de dimanche se sont étendus à d’autres zones de la capitale, dont le quartier de Gudele, réputé pour être une poudrière, et le quartier central de Tongping, près de l’aéroport international. 

La compagnie aérienne Kenya Airways a d’ailleurs suspendu tous ses vols à destination de Juba, évoquant une « situation sécuritaire incertaine ».

Un porte-parole de M. Machar a rejeté la responsabilité des derniers affrontements sur les soldats gouvernementaux.

« Nos forces ont été attaquées sur la base de Jebel », a accusé James Gatdet Dak, affirmant que l’assaut avait été repoussé.

Il a ajouté que des hélicoptères de combat et des tanks avaient été utilisés pour bombarder la base de M. Machar.

– Sombre anniversaire –

Samedi, le ministère britannique des Affaires étrangères avait déconseillé « tout voyage au Soudan du Sud » et a invité ses ressortissants à quitter le pays.

Les violences ont terni samedi le cinquième anniversaire de l’indépendance du plus jeune Etat du monde, enlisé dans la guerre civile depuis décembre 2013. La journée a été calme mais l’anniversaire n’a pas été célébré, pour la première fois, en raison de la crise économique.

Depuis décembre 2013, les combats entre forces pro-Kiir et pro-Machar ont fait plusieurs dizaines de milliers de morts dans un conflit politique compliqué par des hostilités entre ethnies et des luttes au niveau local. 

Malgré l’accord de paix de 2015, les hostilités se poursuivent dans plusieurs régions. Fin juin, un responsable d’une commission de surveillance du cessez-le-feu a qualifié le niveau des violences d' »épouvantable ».

La guerre civile a provoqué une crise humanitaire, forçant près de trois millions d’habitants à fuir leurs foyers et cinq millions, plus d’un tiers de la population, à dépendre d’une aide alimentaire d’urgence. 

Le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a dit cette semaine son « inquiétude » face à une situation qui « illustre encore une fois le manque d’engagement réel des parties dans le processus de paix ».

Un membre de la SPLA-IO (Armée d'opposition de libération du peuple soudanais) le 25 avril 2016 à Juba. © AFP

© AFP/Archives Albert Gonzalez Farran
Un membre de la SPLA-IO (Armée d’opposition de libération du peuple soudanais) le 25 avril 2016 à Juba

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