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Souffrance animale dans les abattoirs: les députés veulent lever "l’omerta"

Paris (AFP) – Imposer le contrôle vidéo des postes d’abattage et encourager une forme d’étourdissement dans les filières halal et casher: la commission d’enquête parlementaire sur les abattoirs a présenté mardi 65 propositions pour mettre fin aux scandales de mauvais traitements d’animaux.

Ces propositions sont le « fruit d’un choc violent, le mien et celui de millions de français, qui ont vus les vidéos de l’association L214 », laquelle a ainsi joué son rôle de lanceur d’alerte, a rappelé le président de la commission, le député Olivier Falorni (Radicaux de gauche).

Ces vidéos choquantes d’animaux mal étourdis, accrochés vivants sur la chaine de découpe avaient mis en lumière « l’omerta qui régnait sur les abattoirs », a-t-il ajouté.

La commission d’enquête a planché six mois sur le traitement des animaux de boucherie dans les abattoirs français et, pour que de tels scandales ne se reproduisent pas, elle a établi comme priorité d’accroître les contrôles et la transparence.

Le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll a indiqué dans un communiqué qu’il avait demandé à ses services « une expertise approfondie des conclusions et recommandations ». Il annonce également la publication prochaine d’un bilan des derniers contrôles effectués.

Les députés proposent de rendre obligatoire l’installation de caméras « dans toutes les zones des abattoirs dans lesquelles des animaux vivants sont manipulés », avec une aide financière pour l’équipement des petites structures.

Cette disposition, contestée dans la profession, fera l’objet d’une proposition de loi car « ce contrôle vidéo doit être encadré par la loi afin d’en délimiter strictement les finalités et éviter qu’il devienne un outil de surveillance des salariés », selon la commission.

Les députés préconisent également « d’augmenter le recrutement de vétérinaires et de techniciens supérieurs du ministère de l’Agriculture », en vue de rendre obligatoire dans les abattoirs de plus de 50 salariés « la présence permanente d’un agent des services vétérinaires aux postes d’étourdissement et de mise à mort ».

Les députés demandant en outre que la formation des personnels soit renforcée et complétée par « une réelle formation pratique ».

– Un comité d’éthique –

Pour le rapporteur Jean‑Yves Caullet (PS), l’acte fondateur de ce plan sera la mise en place d’un comité national d’éthique des abattoirs, preuve d’une prise de conscience des institutions. Ce dispositif devra être complété par des comités locaux de suivi de chaque abattoir, réunissant tous les intervenants, y compris « les représentants religieux dans la mesure où il est pratiqué un abattage rituel ».

Concernant justement l’abattage rituel, les parlementaires proposent de modifier le code rural, dans sa partie réglementaire, pour préciser que « l’étourdissement réversible » est possible en cas d’abattage rituel, ce qui encouragerait une telle pratique.

« L’abattage sans étourdissement ne nous satisfait pas et nous souhaitons des évolutions qui sont possibles », en favorisant la discussion avec les représentants des cultes juifs et musulmans, a plaidé M. Falorni. En revanche, interdire l’abattage sans étourdissement ne serait « pas efficace », estime M. Caullet, car « une telle interdiction serait contestée » en justice.

Mais la commission préconise toutefois de « prévoir, sous le contrôle de l’État, une formation pratique des +sacrificateurs+ (les tueurs agréés par les cultes religieux) et subordonner l’agrément religieux à la détention établie de cette compétence technique ».

Dans une déclaration écrite à l’AFP, le grand rabbin de France, Haïm Korsia, « salue la volonté des députés de garantir le bien-être animal – rappelant d’ailleurs qu’il est au coeur des préoccupations du judaïsme depuis 3.500 ans – comme la préservation de l’abattage rituel, signe de leur attachement intangible à la laïcité et au libre exercice du culte ».

L’association L214 a lancé mardi une pétition pour « interdire l’abattage des animaux sans étourdissement préalable », et annoncé son intention de porter plainte contre un abattoir de la Vienne pour des « infractions » commises selon elle durant l’abattage rituel de moutons pour la fête musulmane de l’Aïd.

De leur côté, la SPA et la Fondation Bardot ont réagi de manière très contrastée aux recommandations. La SPA s’est déclarée « heureuse de constater que son point de vue est désormais partagé par les députés », tandis que la Fondation Brigitte Bardot a pour sa part estimé que « les pistes dévoilées ce matin ne vont pas assez loin », et jugé « impératif d’interdire l’égorgement des animaux sans étourdissement préalable ».

Par ailleurs, des écologistes et des personnalités ont signé une tribune en faveur du végétarisme, dans le Monde daté de mercredi.

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