EMISSIONSL'édito d'Alexandre Taliercio

Suppression du « risque négligeable » : ce n’est pas encore gagné. – Edito 07/02/2017

Nous apprenions hier que le retrait de la notion de « risque négligeable » avait été adopté en commission mixte paritaire en vue d’être supprimé de la loi Morin. Vous êtes sans doute nombreux à ne pas savoir ce qu’est la commission mixte paritaire, et puisque personne ne le fait vraiment, je vais m’y coller pour vous permettre de décoder.

En France les députés et les sénateurs débattent, amendent et votent les lois, toutefois cela se fait généralement au prix de plusieurs navettes entre les deux assemblées. Et il arrive donc qu’elles ne parviennent pas à se mettre d’accord. C’est à ce moment que cette commission est convoquée, elle est composée de sept députés et sept sénateurs, auxquels s’ajoutent autant de membres suppléants, ils se doivent alors de trouver un compromis.

C’est donc ce qui s’est passé ici. Toutefois, tandis que Lana Tetuanui à l’origine de l’amendement qui vient d’être validé parle d’un jour historique, même si dans l’absolu je comprends son point de vue, certains se demandent dans ce cas pourquoi Roland Oldham ne fait aucun triomphalisme et reste sur ses gardes. Parce que ce jeudi le vote à l’Assemblée Nationale lors de la lecture solennelle de la loi n’est pas acquis. Et de toute façon s’il était acté, le texte serait transmis à nouveau au Sénat pour qu’il le vote aussi.

Oui je sais ce que vous vous dîtes, on ne va pas s’en sortir. Mais alors si dans l’une ou l’autre des chambres il n’était pas adopté ce texte de loi que se passerait-t-il ? Notre constitution prévoit dans ce cas de figure que le Gouvernement pourra demander à l’Assemblée Nationale de se prononcer seule et en dernier ressort. Autant vous dire que de l’eau peut encore couler sous les ponts avant que tout le monde ne soit d’accord. Rien ne nous dit que l’amendement de Lana Tetuanui sera conservé au bout du compte.

Pourquoi ? Car c’est évidemment une histoire de gros sous. Potentiellement, le budget de l’état peut être mis à mal. Mais en faisant péter des bombes dans l’atmosphère, en sachant que des retombées avaient lieu sur des zones habitées jusqu’à Tahiti, quand seuls les militaires et leurs cercles avaient été mis au courant (précision de l’auteur : le personnel du CEA), il fallait y penser. L’Etat s’est rendu coupable de trahison envers une partie de son peuple, il n’a pas assumé pas la portée sanitaire du fait nucléaire pendant des décennies. La France d’aujourd’hui a enfin la possibilité de réparer ses erreurs du passé pour que nous construisions ici un futur apaisé. Au-delà des rancœurs pour la plupart ô combien objectivement légitimes, il nous faut nous réparer pour passer à autre chose.

Gageons que les parlementaires s’en rendent enfin compte au-delà de l’échantillon de la commission mixte paritaire et servent avant tout le peuple avant de vouloir sauvegarder un système.

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