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Syrie: camions d'aide humanitaire bloqués à la frontière turque

Alep (Syrie) (AFP) – Des camions remplis de nourriture et de médicaments pour les habitants assiégés d’Alep en Syrie étaient toujours bloqués vendredi à la frontière turque, sur fond de frictions entre Washington et Moscou sur l’application de l’accord de trêve dans le pays en guerre.

Dans la plus sérieuse violation de la trêve fragile entrée en vigueur lundi soir, de violents combats ont opposé le régime à des rebelles dans la périphérie est de Damas, mais le niveau de violence a fortement baissé sur les différents fronts.

La trêve de 48 heures, renouvelée une première fois mercredi, est censée être de nouveau reconduite vendredi soir par les Etats-Unis et la Russie, parrains de l’accord sur la cessation des hostilités. 

Le président Barack Obama devra réunir dans la journée son équipe de sécurité nationale, dont ses secrétaire d’Etat John Kerry et à la Défense Ashton Carter, pour faire le point sur cet accord qui vise à favoriser une solution au conflit très complexe qui a fait plus de 300.000 morts en plus de cinq ans.

Outre l’arrêt des combats, cet accord préconisait une livraison, aussitôt après le début de la trêve, des aides aux centaines de milliers de personnes dans les villes et localités assiégées, à commencer par les quartiers rebelles de la cité septentrionale d’Alep, principal front du conflit.

Mais l’assistance humanitaire se fait attendre, en l’absence de garanties de sécurité pour les convois, et l’impatience croît chez les 250.000 habitants du secteur rebelle de l’est d’Alep, qui manquent de tout.

Vendredi matin, une vingtaine de camions étaient toujours bloqués dans une zone tampon entre les frontières turque et syrienne, a indiqué David Swanson, porte-parole pour l’Office de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (Ocha).

– ‘C’est terriblement frustrant’ –

« Le défi auquel nous continuons de faire face -et c’est une triste réalité- est de s’assurer que toutes les parties au conflit et ceux qui ont de l’influence sur elles se mettent d’accord », a-t-il déclaré à l’AFP. « C’est terriblement frustrant. Nous sommes là sur le terrain, nous sommes prêts à bouger (…) ».

Pour accéder aux populations dans la zone rebelle d’Alep, l’accord prévoit la démilitarisation de la route du Castello par laquelle les convois doivent passer. 

Mais selon un correspondant de l’AFP, aucun mouvement n’avait été enregistré sur cet axe routier en fin de matinée.

Jeudi, l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH) a affirmé que les troupes du régime y étaient toujours déployées bien que la Russie a soutenu que l’armée avait commencé à s’en retirer.

La Russie, alliée du régime, et les Etats-Unis, soutiens de la rébellion, se sont mutuellement accusés de bloquer l’application de l’accord.

« A l’heure qu’il est, les camions qui pourraient acheminer de l’aide vitale attendent (…). Cela relève de la responsabilité directe du régime et de ses bienfaiteurs à Moscou », a dit jeudi la Maison Blanche.

Le Pentagone a, lui, souligné qu’il n’y aurait pas de coopération militaire avec Moscou en Syrie tant que l’aide n’aura pas été débloquée, alors que des sources au ministère américain de la Défense accusent la Russie de chercher surtout à permettre au régime de reprendre son souffle.

– Griefs –

Une cessation des hostilités pendant sept jours consécutifs, devra selon l’accord, ouvrir la voie à la mise sur pied d’un centre inédit de coordination militaire entre les deux grandes puissances pour frapper les jihadistes.

La Russie a également des griefs. Elle accuse Washington de ne pas remplir ses engagements en ne faisant pas assez pression sur les rebelles pour qu’ils prennent leurs distances avec les groupes jihadistes principalement celui du Front Fateh al-Cham (ex-branche syrienne d’Al-Qaïda).

Or il s’agit d’un des principaux obstacles à l’application de l’accord, les rebelles comptant sur l’aide de Fateh al-Cham, aguerri et bien organisé, dans toute bataille contre le régime notamment celle d’Alep. De plus, les rebelles et Front Fateh al-Cham contrôlent ensemble de vastes régions dans les provinces d’Alep et d’Idleb.

Les régions sous contrôle des groupes jihadistes Etat islamique (EI) et Front Fateh al-Cham sont exclues de l’accord de trêve et continuent d’être la cible notamment de frappes aériennes russes, du régime syrien et des Etats-Unis.  

Déclenché par la répression brutale de manifestations pro-démocratie, le conflit en Syrie a dégénéré en une guerre dévastatrice qui s’est complexifiée avec l’entrée en jeu de puissances régionales et internationales et la montée en puissance des groupes jihadistes.

Il a jeté des millions de personnes sur les routes de l’exil et provoqué « la pire et la plus complexe crise humanitaire au monde » selon le Comité international de la Croix-Rouge pour qui il s’agit « d’un des conflits urbains les plus dévastateurs des temps modernes ».

Des enfants dans les ruines d'un immeuble le 14 septembre 2016 à Hamouria à la périphérie de  les environs de Damas  . © AFP

© AFP/Archives Abd Doumany
Des enfants dans les ruines d’un immeuble le 14 septembre 2016 à Hamouria à la périphérie de les environs de Damas

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