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Syrie: la trêve respectée, mais pas d'aide humanitaire

Alep (Syrie) (AFP) – La trêve présentée comme la « dernière chance » pour sortir la Syrie du chaos, semblait tenir mardi mais l’absence d’acheminement d’une aide humanitaire a suscité une vive déception dans les régions assiégées.

L’arrêt des combats est survenu le jour où le nombre de morts a dépassé les 300.000, dont près de 87.000 civils, dans la guerre déclenchée en mars 2011, selon un bilan de l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Lundi à 19H00 locales (16H00 GMT), une trêve est entrée en vigueur en vertu d’un accord annoncé par la Russie et les Etats-Unis, parrains respectifs du régime et de la rébellion.

L’armée russe a affirmé mardi que les forces du régime respectaient le cessez-le-feu mais a accusé les rebelles d’avoir tiré « à 23 reprises sur des quartiers résidentiels et les positions des forces gouvernementales ».

La télévision officielle syrienne a elle fait état de violations mineures marquées par des tirs de roquettes qui n’ont pas fait de victimes.

L’ONU a annoncé néanmoins attendre des garanties de sécurité pour ses convois avant de lancer les opérations humanitaires.

Pour pouvoir acheminer l’aide dans les quartiers rebelles assiégés d’Alep, où la population attend désespérément de la nourriture, des militaires russes ont installé un point d’observation mobile sur la route du Castello, un axe vital au nord de la ville qui mène vers la frontière turque d’où doit provenir cette aide, selon des agences russes.

– ‘Nous avons pu dormir’ –

L’accord américano-russe prévoit la « démilitarisation » de la route du Castello, où se trouvaient encore mardi après-midi des soldats syriens selon une source militaire syrienne.

Les autorités syriennes ont averti mardi qu’elles refuseraient l’entrée de toute aide de la Turquie pour les quartiers rebelles d’Alep « sans une coordination avec le gouvernement syrien et l’ONU ».

Le secrétaire d’État américain John Kerry, qui a négocié l’accord avec son homologue russe Sergueï Lavrov, a estimé que la trêve pourrait « être la dernière chance de sauver » la Syrie.

Dans de nombreuses villes et localités, notamment celles tenues par les rebelles et qui étaient la cible de bombardement incessants de l’aviation du régime, l’heure était au soulagement.

Dans l’est comme dans l’ouest d’Alep, les habitants ont veillé dans la rue jusqu’à lundi minuit, profitant du cessez-le-feu pour célébrer l’Aïd Al-Adha, la fête musulmane du sacrifice.

Les enfants ont pris d’assaut mardi les balançoires et les manèges multicolores sans craindre que leurs jeux se terminent dans le sang. D’autres, un peu plus âgés, ont joué au football sous un pont détruit. 

Mais cette Aïd n’était pas synonyme, comme avant la guerre, de festin car les étals étaient en grande partie vides.

« On a entendu dire à la télé qu’il y aurait des livraisons d’aide », indique Mohammad, du quartier rebelle de Kallassé. « Mais 20 heures après (l’entrée en vigueur de l’accord), on n’a rien reçu », dit-il, déçu.

Dans la partie gouvernementale près de la ligne de démarcation, souvent visée par des roquettes tirées par les rebelles, Habib Badr se réjouit au moins du calme. 

« Ma maison se trouve près de l’hôpital Ramzi et j’ai l’habitude d’entendre la sirène des ambulances toutes les deux ou trois heures. Mais aujourd’hui rien », dit-il.

Le régime a annoncé le gel de ses opérations militaires « sur le territoire jusqu’au 18 septembre à 21H00 GMT ».

– Collaboration inédite –

Affaiblies sur le terrain, l’opposition et la rébellion n’ont pas donné leur approbation formelle à la trêve en réclamant des « garanties », mais elles semblaient la respecter sur le terrain.

Cela n’empêche que le scepticisme prévaut sur le succès de ce nouveau cessez-le-feu, après l’échec de plusieurs tentatives.

Comme lors de la précédente trêve fin février qui avait duré quelques semaines, les groupes jihadistes État islamique (EI) et Front Fateh al-Cham (ex-Front Al-Nosra, branche syrienne d’Al-Qaïda), qui contrôlent de vastes régions du pays, sont exclus du nouveau cessez-le-feu.

Si cette cessation des hostilités tient pendant une semaine, elle devrait déboucher sur une collaboration inédite entre Moscou et Washington contre les deux groupes jihadistes.

Mais un responsable du Pentagone a souligné que cela n’impliquerait pas automatiquement le début de la coopération, après ce délai. « Les délais sont courts et la méfiance est grande ».

Moscou et Washington cherchent à travers la trêve de favoriser une reprise des négociations entre régime et rebelles pour mettre un terme au conflit, qui a poussé à la fuite des millions de personnes et provoqué un désastre humanitaire qui a atteint l’Europe occidentale.

Le ministre russe  Sergei Lavrov, l'émissaire de l'Onu pour la Syrie Staffan de Mistura et le secrétaire d'Etat John Kerry le 9 septembre 2016 à Genève. © AFP

© POOL/AFP KEVIN LAMARQUE
Le ministre russe Sergei Lavrov, l’émissaire de l’Onu pour la Syrie Staffan de Mistura et le secrétaire d’Etat John Kerry le 9 septembre 2016 à Genève

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