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Syrie: les Etats-Unis dénoncent des "crimes de guerre"

Washington (AFP) – Les Etats-Unis ont accusé vendredi la Syrie et la Russie de « crimes de guerre » à Alep, dont le sort catastrophique est l’enjeu d’une résolution au Conseil de sécurité de l’ONU qui sera défendue samedi par la France.

Les chefs de la diplomatie américaine et française, John Kerry et Jean-Marc Ayrault, ont dénoncé côte à côte à Washington des « crimes de guerre » perpétrés contre des hôpitaux et des écoles de cette ville martyre d’Alep, divisée depuis 2012 et devenue le front crucial d’une terrible guerre qui fait plus de 300.000 morts et provoqué la pire tragédie humanitaire depuis la Seconde guerre mondiale.

En recevant son homologue français, John Kerry a affirmé que « la nuit dernière, le régime (syrien) a encore attaqué un hôpital et 20 personnes ont été tuées et 100 blessées », sans donner plus de détails. Cette semaine, des bombardements ont détruit le principal hôpital des quartiers rebelles assiégés d’Alep-Est, où survivent plus de 250.000 habitants. 

« La Russie et le régime doivent au monde plus qu’une explication sur les raisons pour lesquelles ils ne cessent de frapper des hôpitaux, des infrastructures médicales, des enfants et des femmes », a tonné le secrétaire d’Etat en réclamant « une enquête adéquate pour crimes de guerre ».

S’exprimant à l’ambassade de France à Washington, M. Ayrault a lui aussi souligné que « le secrétaire général des Nations unies (Ban Ki-moon) avait parlé de crimes de guerre ».

« C’est la réalité », a-t-il lancé à l’adresse de Moscou et Damas.

– ‘Terroriser les civils’ –

Appuyé par l’aviation russe, le régime de Damas a lancé il y a deux semaines une offensive de grande envergure pour reprendre les quartiers rebelles d’Alep, ravagés par des bombardements d’une extrême violence qui ont tué des centaines de personnes et détruit des infrastructures civiles.

« Ceux qui commettent ces (actes) devront être tenus pour responsables de leurs actions. Cela va bien au delà de l’accident. C’est une stratégie ciblée pour terroriser les civils et quiconque se dresse sur le chemin de leurs objectifs militaires », a encore protesté John Kerry.

M. Ayrault était à Moscou jeudi et à Washington vendredi pour vanter un projet français de résolution au Conseil de sécurité de l’ONU qui imposerait un cessez-le-feu à Alep. Une nouvelle tentative de règlement diplomatique après l’échec patent d’une trêve fin septembre et le gel du dialogue américano-russe.

Le ministre français a annoncé qu’il se rendrait « à New York, au Conseil de sécurité pour défendre cette résolution », qui devrait être soumise au vote samedi. « J’ai encore l’espoir que la résolution soit votée et qu’elle puisse être mise en oeuvre », a-t-il dit.

– Veto russe –

Il faut dire qu’au même moment vendredi, la Russie a menacé d’opposer son veto de membre permanent du Conseil de sécurité à la résolution préparée par Paris. « Je ne vois tout simplement pas comment nous pourrions laisser passer cette résolution (…) confectionnée à la hâte », a condamné Vitali Tchourkine, ambassadeur de Russie à l’ONU.

Les membres du Conseil de sécurité discutent depuis une semaine de cette résolution destinée à arrêter les raids sur Alep, permettre l’acheminement d’aide humanitaire et stopper tous les survols aériens militaires de la ville. 

Le vote, prévu samedi au Conseil de sécurité, « sera un moment de vérité pour tous les membres du Conseil de sécurité (…) en particulier pour nos partenaires russes », a martelé M. Ayrault, invoquant « une révolte de la conscience humaine ».

Jeudi, l’envoyé spécial de l’ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, s’était alarmé d’une destruction totale d’Alep-Est d’ici janvier et montré du doigt la Russie.

Le diplomate onusien avait évoqué une nouvelle piste: il avait demandé aux combattants de l’organisation jihadiste Front Fateh al-Cham (ex Front Al-Nosra, branche syrienne d’Al-Qaïda) de quitter l’est d’Alep et au régime de Damas et à son allié russe de suspendre leurs bombardements après le départ des jihadistes. 

Vendredi, la Russie s’est dit « prête à soutenir » cette initiative si le Front Fateh al-Cham quitte effectivement la ville.

Sur le terrain, les forces armées pro-gouvernementales continuaient de progresser. Selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), elles ont pris une colline dans le quartier de Cheikh Saïd, située dans le sud d’Alep. Mais les rebelles y ont repris quelques positions perdues il y a quelques jours.

Dans un entretien à une télévision danoise diffusé jeudi, le président syrien Bachar al-Assad a nié que ses forces armées aient délibérément ciblé des infrastructures médicales ou qu’elles aient restreint l’aide aux civils à Alep.

Mais Carlos Francisco, responsable de la branche syrienne de Médecins sans frontières (MSF), a dénoncé des conditions humanitaires « insupportables ». à Alep.

Des Casques blancs syriens évacuent un blessé après des frappes aériennes, le 4 octobre 2016 à Alep. © AFP

© AFP THAER MOHAMMED
Des Casques blancs syriens évacuent un blessé après des frappes aériennes, le 4 octobre 2016 à Alep

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