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Syrie: Les rebelles syriens soutenus par les Turcs ont pris Jarablos à l'EI

karkamis (Turquie) (AFP) – Les rebelles syriens, soutenus par les forces turques, ont annoncé avoir pris mercredi la localité frontalière de Jarablos aux jihadistes du groupe Etat islamique (EI), à l’issue d’une offensive éclair de quelques heures.

« Jarablos est complètement libérée », a affirmé à l’AFP Ahmad Othmane, commandant d’un groupe rebelle ayant pris part à l’offensive pour s’emparer de cette localité située dans le nord syrien, à la frontière turque. Un porte-parole d’un autre groupe rebelle a affirmé que les jihadistes s’étaient retirés en direction de la ville d’Al-Bab, au sud-ouest de Jarablos.

L’armée turque, soutenue par les forces de la coalition internationale antijihadiste, a lancé à l’aube sa plus grosse opération militaire en Syrie depuis le début du conflit il y a cinq ans, envoyant ses chars et ses avions de combat chasser l’EI de Jarablos.

Les Etats-Unis ont soutenu l’opération « Bouclier de l’Euphrate » en matière de renseignements, de surveillance et de reconnaissance et avec des conseillers militaires. 

Ils pourraient fournir aussi un soutien aérien au sol si le besoin s’en faisait sentir, a expliqué un responsable américain, qui voyage avec le vice-président américain Joe Biden, arrivé en Turquie mercredi, pour parler notamment de la résolution de la guerre en Syrie, dans laquelle Ankara a dit vouloir jouer un « rôle plus actif ».

M. Biden a mis en garde la milice kurde qu’elle devra retourner à l’Est de l’Euphrate, comme le réclame la Turquie.

« Nous avons dit très clairement » que ces forces « doivent retraverser le fleuve » et « n’auront, en aucune circonstance, le soutien des Etats-Unis si elles ne respectent pas leurs engagements, un point c’est tout », a-t-il dit devant la presse à Ankara, le Premier ministre turc Binali Yildirim à ses côtés.

Ce dernier a réaffirmé que la Turquie « ne tolérera(it) pas une quelconque entité kurde à sa frontière » avec la Syrie.

– Eradiquer l’EI –

Le président turc Recep Tayyip Erdogan, très ferme, a déclaré que l’offensive avait pour but de « mettre un terme » aux problèmes à la frontière turque et visait non seulement l’EI mais aussi les milices kurdes.

« La Turquie ne tolérera aucun fait accompli en Syrie », a-t-il dit.

La Turquie considère l’EI et le PYD (Parti de l’Union démocratique – kurde) comme des organisations terroristes et les combat alors que son allié américain soutient, au grand dam d’Ankara, les Kurdes, qui ont fait reculer les jihadistes sur le terrain en Syrie.

Seuls les combattants de l’EI sont présents à Jarablos, mais Ankara craint de voir les Kurdes se rapprocher de sa frontière, d’autant que ces derniers ont progressé vers le nord récemment.

Plusieurs heures après le déclenchement de l’opération à l’aube, une dizaine de chars turcs sont entrés en Syrie et tiraient en direction de positions tenues par l’EI dans Jarablos, a constaté un photographe de l’AFP à Karkamis, petite ville frontalière turque visée la veille par des tirs de mortiers puis évacuée.

« Cette menace sera éradiquée dans un court délai », a déclaré le ministre de l’Intérieur Efkan Ala, laissant entrevoir une opération militaire rapide.

Un petit nombre de forces spéciales turques avait d’abord pénétré de quelques kilomètres à l’intérieur de la Syrie pour sécuriser la zone avant l’incursion. Puis des F-16 turcs, appuyés par des avions de la coalition, ont largué des bombes sur des sites jihadistes à Jarablos, selon les télévisions.

La localité de 30.000 habitants — dont beaucoup de Turcomans, minorité turcophone de Syrie — est le dernier point de passage contrôlé par l’EI à la frontière.

-« Bourbier syrien »-

Après avoir été longtemps accusée de complaisance à l’égard des jihadistes, la Turquie affirme désormais qu’elle a pour objectif d’éradiquer l’EI.

Un nouvel attentat samedi à Gaziantep (sud-est), près de la frontière, a fait 54 tués lors d’un mariage kurde, et porte la marque du groupe jihadiste. 

Mais la Turquie est aussi soucieuse d’empêcher l’avancée des Forces démocratiques syriennes (FDS) de Minbej vers Jarablos. Les FDS sont une alliance de combattants kurdes et de groupes armés arabes luttant contre l’EI.

Ankara voit avec anxiété toute tentative des Kurdes de Syrie de créer une unité territoriale autonome le long de sa frontière.

Saleh Muslim, le coprésident du PYD, a vivement dénoncé l’opération sur Twitter: « La Turquie dans le bourbier syrien, sera vaincue comme Daech ».

La Russie qui soutien militairement Damas s’est dite « profondément préoccupée » par l’opération, s’inquiétant d’une possible aggravation des tensions entre Ankara et les milices kurdes.

La France « a salué l’intensification des efforts de la Turquie » dans « la lutte contre Daech » par la voix d’un porte-parole des Affaires étrangères.

La Syrie a condamné l’opération turque comme une « violation flagante » de son territoire.

Des tanks turcs et des véhicules de l'opposition syrienne manoeuvrent à la frontière turco-syrienne, le 24 août 2016. © AFP

© AFP BULENT KILIC
Des tanks turcs et des véhicules de l’opposition syrienne manoeuvrent à la frontière turco-syrienne, le 24 août 2016

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