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Syrie: nouvelles négociations internationales à Lausanne, Alep toujours sous les bombes

Lausanne (AFP) – Après trois semaines de brouille, Washington et Moscou recommencent samedi en Suisse à négocier sur la Syrie, avec peu d’espoir d’une vraie percée, les bombes russes et syriennes continuant de pleuvoir sur la ville d’Alep.

Cette réunion à Lausanne, à laquelle participeront également les pays de la région impliqués militairement dans le conflit syrien, se tient dans une atmosphère particulièrement tendue entre la Russie et les Occidentaux, qui accusent Moscou de « crimes de guerre » à Alep (nord de la Syrie), dont les quartiers Est, tenus par les rebelles, sont soumis à un déluge de feu depuis le 22 septembre.

Elle intervient au moment où de nombreux diplomates et experts jugent possible une reprise de la deuxième ville syrienne par le régime du président syrien Bachar al-Assad, ce qui constituerait pour lui une victoire symbolique et stratégique cruciale depuis le déclenchement du conflit en 2011.

« Je n’attends rien de spécial » de cette réunion, a lancé le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov vendredi. Les services du secrétaire d’Etat américain John Kerry ont fait savoir que « le principal sujet de conversation sera la brutalité continue du siège d’Alep ».

Même s’ils n’ont jamais rompu les contacts téléphoniques, c’est la première fois depuis fin septembre que MM. Kerry et Lavrov se retrouvent pour négocier, aux côtés de la Turquie, l’Arabie saoudite et le Qatar, qui soutiennent la rébellion.

Autre grand protagoniste du conflit, l’Iran, engagé militairement aux côtés de Damas, a annoncé vendredi soir sa participation.

Les pays européens, particulièrement la France et la Grande-Bretagne qui ont dernièrement adopté une ligne dure envers Moscou, n’ont pas été conviés.

– ‘Prendre Alep-Est à tout prix’ –

Que peut-il sortir de ces nouvelles négociations, alors que Moscou et Washington discutent depuis un an, ont organisé des dizaines de réunions et conclu deux cessez-le-feu qui n’ont jamais tenu plus de quelques jours?

« On peut imaginer que les deux grandes puissances vont faire pression sur leurs alliés régionaux respectifs pour tenter d’arracher un accord de cessez-le-feu », estime Karim Bitar, de l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS).

Mais selon lui, « les Russes sont en train de chercher à maximiser leur avantage avant qu’arrive le successeur de Barack Obama, probablement Hillary Clinton, qui aura sans doute la main plus ferme sur la Syrie » que l’actuel président américain.

« La violence des raids démontre qu’il y a une décision russe pour prendre Alep-Est à n’importe quel prix », juge de son côté Rami Abdel Rahmane, directeur de l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Depuis le début de l’offensive contre la partie rebelle de la ville, où vivent 250.000 habitants, plus de 370 personnes, essentiellement des civils, ont été tuées, selon l’OSDH. Parmi les victimes figurent plus de 130 enfants, d’après l’ONG Save the children.

Le régime de Damas et son allié russe affirment bombarder Alep pour éliminer les « terroristes ». Dans une interview au quotidien russe Komsomolskaya Pravda publiée vendredi, Bachar al-Assad a déclaré qu’il utiliserait une victoire à Alep comme « tremplin » pour capturer d’autres bastions rebelles.

– Evacuation forcée d’Alep ? –

Selon plusieurs sources, la réunion de Lausanne devrait examiner un plan, proposé récemment par l’émissaire de l’ONU pour la Syrie Staffan de Mistura, visant à faire sortir de manière sécurisée les combattants de Fatah al-Cham (ex-Front Al-Nosra, branche syrienne d’Al-Qaïda) d’Alep.

« Le diable est dans le détail de ce plan », souligne une source diplomatique française. « Qui serait évacué? Est-ce que c’est juste les combattants d’Al-Nosra, ou est-ce que c’est une espèce d’évacuation forcée de toute la population d’Alep-Est? »

« Selon les estimations, admises par les Russes, le nombre de combattants d’Al-Nosra ne dépasse pas le millier. Donc les Russes sont en train de reconnaître qu’ils bombardent une population civile de 260.000 habitants pour 900 personnes », poursuit cette source.

Dans un communiqué, quatre ONG internationales, dont Save The Children, ont appelé les négociateurs de Lausanne à établir un cessez-le-feu d' »au moins 72 heures » à Alep, pour permettre l’évacuation des blessés et l’accès de l’aide humanitaire. 

Depuis mars 2011, le conflit en Syrie s’est complexifié et internationalisé, provoquant la mort de plus de 300.000 personnes et dévastant le pays. Plus de 13,5 millions de Syriens, dont six millions d’enfants, ont besoin d’aide humanitaire, selon l’ONU.

Des habitants d'Alep avancent au milieu des décombres après des raids aériens sur le quartier Fardous d'Alep, le 12 octobre 2016, en Syrie
. © AFP

© AFP/Archives AMEER ALHALBI
Des habitants d’Alep avancent au milieu des décombres après des raids aériens sur le quartier Fardous d’Alep, le 12 octobre 2016, en Syrie

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