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Syrie: premières évacuations d'Alep, victoire imminente du régime

Alep (Syrie) (AFP) – Des centaines de civils et de rebelles ont été évacués jeudi d’Alep, un mois après une offensive dévastatrice du régime qui s’apprête à proclamer sa plus importante victoire dans la guerre avec la reprise totale de la deuxième ville de Syrie.

Le président Bachar al-Assad, qui a bénéficié du soutien crucial de la Russie et de l’Iran dans la guerre, a affirmé que les Syriens « écrivaient l’Histoire » avec la « libération » en cours de la ville, dans une courte vidéo postée sur le compte Facebook de la présidence.

Mais cette victoire a un coût humain exorbitant, après le déluge de feu des troupes du régime qui ont déversé pendant un mois leurs missiles, barils explosifs et obus sur les quartiers encore tenus par les rebelles dans la cité septentrionale.

Des centaines de civils tués, plus de 100.000 affamés et assiégés pendant quatre mois poussés à la fuite, sans compter les immenses destructions qui suscitent des comparaisons avec Berlin en 1945 ou Grozny en Tchétchénie. La communauté internationale s’est bornée à condamner mais est restée impuissante.

D’ailleurs 25 ONG internationales ont déploré, dans une déclaration, la « faillite morale de la communauté internationale » au moment où « l’humanité rend son dernier souffle » à Alep.

Aux termes d’un accord d’évacuation des dernières poches rebelles, où les armes se sont tues à l’aube, un premier convoi d’environ un millier de personnes dont 200 rebelles et 108 blessés, a quitté ce secteur à bord de bus ou d’ambulances, selon une source militaire syrienne.

Il est parti du quartier Al-Amiriyah encore tenu en partie par les insurgés pour celui de Ramoussa aux mains du régime, avant d’arriver en territoire rebelle dans l’ouest de la province d’Alep, a indiqué Ahmad Al-Dbis, chef d’une unité de médecins et de volontaires qui coordonnent les évacuations.

Les premières personnes évacuées se sont agglutinées dans les bus, s’asseyant sur les sièges ou à même sur le plancher, a constaté un journaliste de l’AFP, côté rebelle.

Certaines, âgées, pleuraient mais d’autres évacués étaient heureux de sortir de l’enfer. Des habitants hésitaient même à monter à bord des bus, craignant que le régime ne se livre à des fouilles.

– « Nous retournerons un jour »! –

Quand les bus ont traversé Ramoussa, des femmes ont lancé des « youyous » des balcons.

Sur les vitres de certains bus couvertes de poussière, des évacués ont inscrit « nous reviendrons un jour ».

Des volutes de fumée blanche s’élevaient des quartiers rebelles. Les derniers habitants brûlaient des effets qu’ils ne veulent pas laisser au régime et les insurgés leurs documents, selon des responsables du gouvernement.

Le convoi de 13 ambulances et 20 autobus verts, était ouvert par des véhicules du Comité international de la Croix-rouge (CICR) et du Croissant rouge syrien avec leur drapeaux, selon une journaliste de l’AFP.

« Une fois que le convoi arrivera à bon port, il retournera prendre d’autres personnes pour une seconde navette et ainsi de suite », selon Ingy Sedky, la porte-parole du CICR en Syrie.

De la province d’Alep, les personnes évacuées peuvent se rendre vers la province voisine d’Idleb, la dernière place forte de la rébellion qui contrôle également de vastes régions de la province méridionale de Deraa et près de Damas.

Un deuxième convoi formé d’hommes armés et de leurs familles a quitté en soirée le réduit rebelle à bord de 15 bus, a affirmé la télévision d’Etat. Il est arrivé à bon port, ont indiqué des médecins et l’OSDH. « Les convois vont se poursuivre jusqu’à la fin de la présence des hommes armés », a précisé la télévision.

Quelque 4.000 rebelles et leurs familles sont concernés par cette opération d’évacuation qui pourrait durer plusieurs jours, selon la télévision. 

On ignorait combien de personnes restaient dans les derniers quartiers rebelles en passe de tomber aux mains du régime.

– Réunion du Conseil de sécurité –

La France a réclamé une nouvelle réunion du Conseil de sécurité de l’ONU sur la situation humanitaire à Alep qui se tiendra probablement vendredi.

Dans le cadre de l’accord d’Alep, des blessés et malades de Foua et Kafraya, villages chiites sous contrôle du régime mais assiégés par les rebelles dans la province d’Idleb, pourront aussi être évacués vers des zones gouvernementales. Quelque « 1.200 blessés et malades et leurs proches » sont concernés, selon une source sur le terrain.

La perte d’Alep représente un revers cuisant pour la rébellion, qui en avait conquis la partie orientale en 2012. Pour le régime, aidé de combattants iraniens, irakiens et du Hezbollah libanais, cette victoire est son plus important succès depuis le début de la guerre en 2011.

Cette victoire est aussi celle de la Russie et de Vladimir Poutine qui a profité du vide créé par le désengagement progressif du président américain Barack Obama. L’intervention militaire russe le 30 septembre 2015 a permis aux troupes du régime, alors en déroute, d’inverser la situation et de remettre en selle M. Assad.

La Russie et l’Iran doivent d’ailleurs participer le 27 décembre à Moscou à une réunion avec la Turquie pour discuter d’une solution politique au conflit très complexe qui a fait plus de 310.000 morts depuis mars 2011.

"Un jour nous reviendrons" est écrit sur la vitre d'un bus évacuant des civils d'Alep, le 15 décembre 2016. © AFP

© AFP KARAM AL-MASRI
« Un jour nous reviendrons » est écrit sur la vitre d’un bus évacuant des civils d’Alep, le 15 décembre 2016

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