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Syrie: une réunion internationale s'ouvre à Lausanne dans un climat de pessimisme général

Lausanne (AFP) – Washington, Moscou et les principaux pays de la région impliqués dans la guerre en Syrie ont repris samedi en Suisse des pourparlers pour tenter une nouvelle fois d’arrêter le bain de sang, dans un climat de pessimisme général.

La réunion s’est ouverte vers 15h30 dans un palace de Lausanne et a été précédée d’un tête-à-tête entre le secrétaire d’Etat américain John Kerry et son homologue russe Sergueï Lavrov, qui ne s’étaient pas revus depuis le début de l’offensive russo-syrienne lancée il y a trois semaines sur la ville d’Alep (nord).

Cette rencontre d’un format nouveau, qui regroupe Moscou, Washington, le Qatar, la Turquie, l’Arabie saoudite, l’Iran, l’Egypte, l’Irak et la Jordanie, ainsi que l’émissaire de l’ONU pour la Syrie, vise à trouver un moyen de faire cesser le carnage, mais les espoirs d’une percée sont minces, de l’aveu même des participants.

« Je ne m’attends pas à une annonce majeure à la fin de cette rencontre. Cela va être un processus très difficile », a déclaré un responsable américain sous couvert de l’anonymat, répondant en écho à Serguei Lavrov qui avait indiqué jeudi ne « rien attendre de spécial » de cette réunion. 

« Personnellement, je ne pense pas qu’on puisse avoir beaucoup d’espoir sur l’issue de cette réunion », a déclaré de son côté samedi le porte-parole du ministère des Affaires étrangères iranien, Bahram Ghassemi.

La rencontre de Lausanne intervient dans un climat très tendu entre Moscou et les Occidentaux, qui accusent la Russie de « crimes de guerre » à Alep, une ville dont la chute désormais envisageable constituerait un tournant majeur depuis le début de la guerre en Syrie en 2011.

John Kerry doit ensuite se rendre dimanche à Londres pour une réunion ministérielle du groupe des Etats « affinitaires » sur la Syrie, incluant les Européens non conviés à Lausanne, et à laquelle participera le ministre français des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault, a annoncé samedi le Quai d’Orsay.

– ‘Prendre Alep-Est à tout prix’ –

Que peut-il sortir de ces nouvelles négociations, alors que Moscou et Washington discutent depuis un an, ont organisé des dizaines de réunions et conclu deux cessez-le-feu qui n’ont jamais tenu plus de quelques jours ?

« On peut imaginer que les deux grandes puissances vont faire pression sur leurs alliés régionaux respectifs pour tenter d’arracher un accord de cessez-le-feu », estime Karim Bitar, de l’Institut des relations internationales et stratégiques (Iris).

Mais selon lui, « les Russes sont en train de chercher à maximiser leur avantage avant qu’arrive le successeur de Barack Obama, probablement Hillary Clinton, qui aura sans doute la main plus ferme sur la Syrie » que l’actuel président américain.

« La violence des raids démontre qu’il y a une décision russe pour prendre Alep-Est à n’importe quel prix », juge de son côté Rami Abdel Rahmane, directeur de l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH).

Depuis le début de l’offensive contre la partie rebelle de la ville, où vivent 250.000 habitants, plus de 370 personnes, essentiellement des civils, ont été tuées, selon l’OSDH.

Le régime de Damas et son allié russe affirment bombarder Alep pour éliminer les « terroristes ».

Selon plusieurs sources, la réunion de Lausanne devrait examiner un plan, proposé récemment par l’envoyé spécial de l’ONU pour la Syrie Staffan de Mistura, visant à faire sortir d’Alep de manière sécurisée les combattants de Fatah al-Cham (ex-Front Al-Nosra, branche syrienne d’Al-Qaïda), estimés à moins d’un millier.

Mais l’opposition et ses soutiens craignent que sous couvert d’évacuer les combattants, le régime ne vise en fait une reddition forcée d’Alep.

« Le diable est dans le détail de ce plan », souligne une source diplomatique française. « Qui serait évacué ? Est-ce que c’est juste les combattants d’Al-Nosra, ou est-ce que c’est une espèce d’évacuation forcée de toute la population d’Alep-Est ? ».

Sur le terrain, les quartiers est d’Alep, sous contrôle rebelle, étaient de nouveaux soumis samedi à des raids intensifs, notamment ceux de Hanano, al-Mayssar et Inzarat, selon l’OSDH.

Par ailleurs, des combattants de l’opposition syrienne soutenus par la Turquie progressaient samedi vers la ville de Dabiq (située entre Alep et la frontière turque), pour la reprendre aux jihadistes du groupe Etat islamique (EI), a annoncé le président turc Recep Tayyip Erdogan. 

La Turquie a lancé le 24 août une offensive sans précédent en Syrie, baptisée « Bouclier de l’Euphrate ». Elle vise à chasser de la frontière les jihadistes du groupe EI, ainsi que les rebelles kurdes syriens des Unités de protection du peuple kurde, les YPG.

Depuis mars 2011, le conflit en Syrie s’est complexifié et internationalisé, provoquant la mort de plus de 300.000 personnes et dévastant le pays.

L'hôtel Beau-Rivage de Lausanne où se tiennent les pourparlers sur la Syrie, le 15 octobre 2016, en Suisse. © AFP

© AFP FABRICE COFFRINI
L’hôtel Beau-Rivage de Lausanne où se tiennent les pourparlers sur la Syrie, le 15 octobre 2016, en Suisse

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