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Syrie: une trêve entre en vigueur en vertu d'un accord américano-russe

Alep (Syrie) (AFP) – Une trêve est entrée lundi en vigueur en Syrie en vertu d’un accord russo-américain, énième effort pour mettre un terme à cinq ans de conflit dévastateur.

La trêve est entrée en vigueur à 19H00 locales (16H00 GMT), alors que l’opposition et la rébellion n’y ont pas encore donné leur accord formel et que prévaut le scepticisme sur le succès de ce nouveau cessez-le-feu.

Le régime, qui a donné son approbation à l’accord conclu vendredi par les Etats-Unis et la Russie après des semaines de négociations, a annoncé le gel de ses opérations militaires « sur le territoire syrien pendant sept jours de 16H00 GMT lundi au 18 septembre à 21H00 GMT ».

Comme lors de la précédente trêve fin février, les groupes jihadistes Etat islamique (EI) et Front Fateh al-Cham (ex-branche d’Al-Qaïda), qui contrôlent de vastes régions du pays, en sont exclus.

Si elle tient, cette cessation des hostilités devra déboucher sur une collaboration inédite entre Moscou et Washington qui lanceront des attaques conjointes contre les deux organisations jihadistes. Elle devra également permettre l’acheminement d’aides humanitaires notamment à Alep, principal front du conflit.

Selon le correspondant de l’AFP dans la partie gouvernementale de la ville divisée d’Alep (nord), le dernier tir provenant du secteur rebelle a été entendu à 18H55 (15H55 GMT). Dans la partie rebelle, le calme règne depuis 17H00 (14H00 GMT).

En dépit de la fête musulmane de l’Adha, les rues des quartiers rebelles d’Alep, sont restés vides. Peu d’habitants sont en mesure de la célébrer en raison de la pénurie causée par le siège du régime.

« Nous espérons que le cessez-le-feu sera respecté afin que nous puissions un peu souffler mais les civils n’ont plus d’espoir », a affirmé à l’AFP un habitant, Abou Abdallah.

– ‘Je suis heureux’ –

Dans les quartiers gouvernementaux d’Alep, au contraire, il y avait dans la soirée beaucoup de circulation.

« J’ai regardé toute la journée ma montre et quand l’accord est entré en vigueur j’étais heureux. J’espère que cette trêve me permettra de revoir mon frère qui habite de l’autre côté », a déclaré Khaled al-Mouraweh, un commerçant de 38 ans, dans le quartier de Fourkane.

Les Etats-Unis et la Russie, parrains respectivement des rebelles et du régime, cherchent à travers cet accord de favoriser une reprise des négociations entre régime et rebelles pour arrêter l’effusion de sang qui a coûté la vie à plus de 290.000 personnes, poussé à la fuite des millions de Syriens et favorisé la montée en puissance du redoutable groupe EI.

Mais la tâche reste très difficile, tant le conflit est complexe avec l’implication de nombreux acteurs et tant les divergences sont profondes entre régime et rebelles.

Ainsi, malgré son acceptation de la trêve, le président Bachar al-Assad a répété sa « détermination à reprendre aux terroristes toutes les régions et à rétablir la sécurité ». Le régime utilise le mot « terroristes » pour désigner rebelles et jihadistes.

Juste avant l’entrée en vigueur de la trêve, les raids et les bombardements ont tué de nouveau des civils. Au moins 13 civils dont trois d’une même famille ont péri dans des raids menés par des avions, vraisemblablement russes ou du régime, sur la province d’Idleb (nord-ouest) contrôlée par les rebelles et leur allié Front Fateh al-Cham, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Les termes de l’accord américano-russe rendus public ne sont pas très précis sur les régions qui sont concernées par la trêve.

Le texte stipule d’abord un cessez-le-feu de 48 heures, renouvelables, dans toutes les régions à l’exception de celles où l’EI et le Front Fateh al-Cham sont présents.

– Coopération inédite –

En annonçant l’accord, le chef de la diplomatie américaine John Kerry a affirmé que le régime devrait s’abstenir de mener des « missions aériennes de combat dans toute zone où se trouve l’opposition et sur laquelle on s’est mis d’accord », sans identifier ces régions.

Or dans plusieurs zones du pays, les rebelles sont alliés au Front Fateh al-Cham considéré comme « terroriste » par Washington et Moscou, ce qui compliquerait une application de la trêve.

L’armée russe, qui aide militairement le régime syrien, a annoncé qu’elle suspendait ses frappes « sur tout le territoire » à l’exception des zones où se trouvent les groupes « terroristes », sans préciser non plus les noms de ces zones.

Si le cessez-le-feu tient une semaine, Moscou et Washington commenceront des attaques conjointes contre l’EI et Fateh al-Cham.

L’accord par ailleurs préconise dès lundi un accès humanitaire sans entrave aux zones assiégées, comme Alep. Il prévoit pour acheminer l’aide une « démilitarisation » de la route du Castello au nord d’Alep, unique axe de ravitaillement pour les rebelles avant sa prise par le régime.

L’opposition a réclamé des garanties avant d’avaliser l’accord. « Quelle est la définition choisie pour le ‘terrorisme’ et quelle sera la réponse en cas de violations? », a dit Salem al-Moslet, le porte-parole du Haut comité des négociations, qui rassemble les principaux représentants de l’opposition et de la rébellion.

Des enfants jouent dans des ruines à Daraa, un fief rebelle dans le sud-ouest de la Syrie, le 12 septembre 2016. © AFP

© AFP MOHAMAD ABAZEED
Des enfants jouent dans des ruines à Daraa, un fief rebelle dans le sud-ouest de la Syrie, le 12 septembre 2016

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