
Vue d’artiste du site de Mamao, construit autour de deux bassins démontables en inox. Un projet désormais abandonné.
Le ministre des Sports Kainuu Temauri a annoncé, ce jeudi, que les deux bassins démontables qui devaient être installés à Mamao pendant les Jeux ne seraient finalement pas commandés. Une « question de timing » : le rétroplanning qui vient d’être établi par les responsables de ce chantier à 2,6 milliards de francs prévoit une livraison à « la veille des Jeux », sans marge de sécurité et avec beaucoup « d’aléas » envisageables. Le ministre, qui parle d’une décision « mûrie et lucide », stoppe donc le projet, et étudie avec le PGC la possibilité d’organiser, de manière dérogatoire, les épreuves de natation dans la piscine cinquantenaire de Tipaerui. Un site qui ne pourra pas être mis aux normes internationales, ce qui devrait empêcher les records et minima établis par les nageurs pendant les Jeux d’être homologués.
C’était un « choix difficile », mais un « choix raisonné ». Le ministre de la Jeunesse et des Sports Kainuu Temauri a confirmé, ce jeudi soir sur le plateau de l’émission « Tū’ati paroles croisées » sur TNTV, une rumeur qui avait déjà parcouru les couloirs de l’assemblée dans la journée : Tahiti 2027 va être privé de ses bassins de natation. En tout cas des deux bassins en inox qui devaient être installés temporairement à Mamao pour être redéployés, après les Jeux, sur des sites pérennes. La commande et l’installation de ces piscines de 50 et 25 mètres – une pour la compétition, l’autre pour l’échauffement et la récupération des athlètes – devait coûter 2,6 milliards de francs, somme sur laquelle le Pays comptait sur un cofinancement à 50% de l’État – une part qui restait à confirmer. Mais ce n’est pas la question du coût, qui avait fait sourcillé à l’assemblée, qui a poussé le gouvernement à revoir les plans, mais les échanges, ces derniers jours, avec le maître d’œuvre choisi par appel d’offres pour mener le projet. Alors que les marchés de construction ont été attribués le mois dernier, des nouveaux calendriers ont été établis. Et pour le Pays, responsable des infrastructures dans ces Jeux, comme pour plusieurs de ses partenaires impliqués dans l’organisation, ces calendriers sont bien trop serrés pour être viables.
Pas risquer de « jeter à la poubelle » 2,6 milliards de francs
« On est vraiment sur une question de timing. En termes de rétroplanning, on arrive sur quelque chose qui nous fait livrer l’infrastructure la veille des Jeux du Pacifique, s’il ne pleut pas, si le BTP est super répondant, si on n’a pas de soucis d’approvisionnement… détaille le ministre, qui cite entre autres la crise au Moyen-Orient comme une potentielle source de retard. C’est une conjoncture qui fait que c’est très compliqué de pouvoir se projeter avec certitude. Aujourd’hui l’heure n’est plus à l’incertitude, il faut qu’on puisse prendre des décisions concrètes. Encore une fois, il s’agit de 2,6 milliards d’argent public. Et moi je ne peux pas prendre la responsabilité de jeter à la poubelle cet argent là. »
Une décision prise en ce milieu de semaine, « assumée » par le ministre devant le gouvernement, et annoncée aux différents partenaires des jeux, notamment le COPF et le Comité d’organisation Tahiti 2027. « Ils m’assurent comprendre cette décision, et on va tous travailler ensemble pour avancer concrètement », précise Kainuu Temauri.
De Aorai à Mamao, avant Taravao
L’incertitude n’a jamais vraiment quitté ce projet de bassins démontables, d’abord mis sur la table par Nahema Temarii. La prédécesseure de Kainuu Temauri au ministère de la Jeunesse et des Sports avait annoncé, peu de temps après son arrivée au gouvernement, vouloir réduire l’enveloppe consacrée aux Jeux – chiffrée à 30 milliards de francs en 2022 contre 18 milliards dont 13 en investissement deux ans plus tard – en favorisant les rénovations plutôt que la construction de nouvelles infrastructures. Principale victime de ce virage : le grand centre aquatique que le COPF et l’administration Fritch entendaient faire construire sur le site d’Aorai, entre Pirae et Papeete. Un projet jugé trop onéreux – 8 milliards après Covid -, pas assez avancé, et pas logique en termes d’aménagement du territoire.
Nahema Temarii avait donc fait réaliser entre 2023 et 2024 des études sur diverses options alternatives, dont la mise aux normes de la piscine de Tipaerui, seul bassin de 50 mètres du fenua. La piscine municipale de Papeete, qui a déjà traversé deux olympiades, souffre de nombreux défaut – bassin trop court pour accueillir les tapis de chronométrage, pompe qui créé des courants perturbateurs dans certaines lignes, plots et vestiaires défraichis, fondations branlantes… – et l’idée est écartée, au profit de l’achat de bassins en inox démontable, de plus en plus utilisées dans les rendez-vous mondiaux. Paris 2024 en avait commandé plusieurs, et la Fédération Tahitienne de Natation avait d’ailleurs, un temps, suggéré au Pays d’en racheter certains aux organisateurs des JO… Ce qui n’avait pas pu être fait à temps. Les bassins devaient donc être commandés et installés à Mamao, derrière le site actuel du parc expo, dont le gouvernement a d’ailleurs organisé, en urgence, le déménagement vers Outumaoro pour faire de la place pour le chantier de Tahiti 2027. Ce projet de « piscine en kit », à quelques ajustements près sur la taille des tribunes, convenait parfaitement au Pacific Games Council. Il devait en outre permettre au Pays de repositionner, après les Jeux, les deux bassins dans des zones à forte demande en infrastructure de natation, les discussions les plus récentes s’étant fixées sur Aorai et Taravao.
Retour à Tipaerui… Sans homologation ?
Mais ces discussions n’ont plus lieu d’être puisque les retards accumulés ces dernières années sur les bouclages de financement, les lancements d’appel d’offres et les études préparatoires ont abouti au rétroplanning trop serré évoqué par Kainuu Temauri. Reste à trouver une option de repli pour assurer l’organisation des épreuves de natation des Jeux du Pacifique 2027. Problème : aucune piscine existante en Polynésie n’est aux normes pour accueillir une telle compétition. « Les dérogations sont permises », rappelle le ministre, qui a commencé à discuter avec le PGC du rapatriement des épreuves vers la piscine de Tipaerui. Un site sur lequel il sera « difficile d’homologuer les résultats », au niveau international reconnaît-il. En clair : la compétition pourra se tenir, les médailles seront distribuées, mais les nageurs ne pourront pas profiter de ces Jeux pour se qualifier pour des épreuves olympiques ou mondiales, ou établir un record officiel international.
Un mal nécessaire, estime le ministre, vu les enjeux financiers, et la nécessité de trouver un site « fiable » pour accueillir les athlètes. « Il est très précisément écrit dans la charte des Jeux du Pacifique qu’on doit se conformer aux exigences internationales, sauf quand il est déraisonnable de le faire. Aujourd’hui on est dans cette situation. Je tiens à préciser que j’ai sollicité l’ensemble des parties prenantes. Certains je les ai informés, d’autres je leur ai posé des questions. Mais tout le monde était impliqué dans cette décision. C’est une décision qui est mûrie, et qui est lucide de mon côté. C’est de l’argent public et je ne peux pas faire n’importe quoi avec ».
D’autres questions – comme le bassin d’échauffement et de récupération, normalement exigé à ce niveau de compétition – sont encore en suspens. Mais les discussions ne font que commencer avec le PGC, le COJ, le COPF, la Fédé ou encore l’État, tous impliqués dans le dossier.