EMISSIONSL'édito d'Alexandre Taliercio

Terres rares : Polynésie, POM de discorde – Edito 12/11/2015

Il y a moins de 48h on entendait Oscar Temaru s’insurger du fait que la récolte des ressources stratégiques échappe au contrôle de la Polynésie française. Pour lui, je cite « on n’a pas besoin de la France pour exploiter ces ressources là » ou encore ces richesses « reviennent de droit aux Polynésiens », fin de citation.

En fait, qu’en est-il ? Le statut d’autonomie dont nos institutions locales bénéficient délimite un périmètre large mais strict laissant à la France ce que l’on appelle les compétences régaliennes : l’armée, la police, la justice. Mais alors que la compétence au sujet de la gestion des hydrocarbures liquides et gazeux a été transférée à la Polynésie lors de la dernière refonte du statut, celle visant à la gestion des ressources stratégique n’est pas tombée dans l’escarcelle de la Polynésie.

Pourquoi ? Parce qu’en dehors de vous mettre des paillettes dans les yeux en vous disant : « le cobalt c’est fantastique, le titane encore plus top etc etc et ça pourrait nous rapporter des milliards », redescendons les pieds sur Terre s’il-vous-plaît, la pleine vérité nous est due. Pourquoi appelle-t-on cela des ressources « stratégiques » ? Tout simplement car en temps de guerre par exemple, celles-ci le sont particulièrement. Ainsi dans l’art militaire ces métaux, finalement pas si rares que ça en réalité pour la plupart, représentent des matières dont on doit pouvoir disposer sans contrainte pour faire face. Vous comprenez donc mieux maintenant que le pouvoir métropolitain ne soit absolument pas enclin à déléguer à une de ses régions, quel que soit le statut d’autonomie interne dont elle bénéficie, la gestion de celles-ci.

Par ailleurs de quelle expertise bénéficie-t-on localement pour pouvoir gérer du jour au lendemain cette manne ? A l’heure où toutes les prérogatives de la Polynésie octroyée par le dernier statut ne sont même pas mises en exergue, est-ce bien raisonnable de faire croire à la population que nous sortons de la cuisse de Jupiter et que nous priver de ces ressources nous spolierait ? Non, ou plutôt pas complètement. Parce qu’une chose est certaine, à moins que l’on soit sous le joug d’une fixette mentale qui nous fait croire que la France nous veut du mal, en étant rationnels deux secondes trente on peut très légitimement imaginer qu’il existe une marge de manœuvre dans les négociations. De plus, à qui bénéficieraient une bonne partie des milliers d’emplois qui seraient crées ? Comment ne pas imaginer que comme à l’époque du CEP, l’économie de notre pays de manière indirecte ne profiterait pas de cette débauche de nouvelles activités ? Pareil pour une forme de fiscalité qui pourra être étudiée. En fait, le chantier est important, les fondations contrairement à ce que certains voudraient vous faire croire ne sont pas encore creusées, c’est de la responsabilité de notre classe politique toute entière à faire en sorte de poser  avec la métropole les parpaings pour monter les étages en veillant, bien entendu, à ce que l’on ne tombe pas de haut…

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