
Le 2 février 2019, à Mahina, un apnéiste était gravement blessé par l’hélice d’un bateau dans le chenal contournant la pointe Vénus à Mahina. Si le pêcheur sous-marin, évoluait dans une zone interdite à la baignade et sans bouée, le bateau naviguait lui à une vitesse supérieure aux 5 nœuds réglementaires. Poursuivi pour blessures involontaires, son pilote a trouvé un certain soutien chez le procureur, qui a relevé la dangerosité de ce chenal à trop faible allure et par mer houleuse. Il a été condamné à six mois de prison avec sursis, mais le tribunal, estimant que l’apnéiste était en partie responsable de l’accident, a divisé par trois ses droits à indemnisation.
Le 2 février 2019, trois plongeurs qui se préparaient en vue du championnat de pêche sous-marine, s’entraînaient à la pointe Vénus, à Mahina. S’exerçant dans le lagon, l’un d’entre eux a été percuté par un bateau de 26 pieds alors qu’il se trouvait dans un chenal interdit aux nageurs. À la décharge du pilote les conditions de mer étaient particulièrement difficiles avec des creux de plus de 1.50 mètres, et apercevoir des nageurs dans de telles conditions tenait du miracle. D’autant que si, au départ, ceux-ci étaient bien en possession d’une bouée pour signaler leur présence, elle s’était détachée à cause de la houle. Quoiqu’il en soit, le nageur a été touché par l’hélice aux jambes, assez durement pour que le pronostic de paraplégie à vie soit un temps envisagé, et cela après un bon nombre d’interventions chirurgicales tant en Polynésie qu’en métropole. Au total, 180 jours d’ITT.
À la barre, le pilote du bateau poursuivi pour blessures involontaires avec incapacité supérieure à 3 mois et pour « manquement par capitaine ou chef de quart aux règles de la convention relatives à la veille visuelle et auditive », est un marin chevronné. Il a passé cinq ans sous les drapeaux dans la marine nationale et fait des navettes maritimes comme prestataire touristique « depuis plus de 10 ans pour amener des touristes sur le motu Martin. »
« Il m’était impossible de respecter la vitesse de 5 nœuds sinon j’allais me drosser sur le récif »
Sur les manquements qui lui sont reprochés à savoir l’absence de veille visuelle et aussi la vitesse réglementaire de 5 nœuds à moins de 70 mètrs du rivage qu’il n’a pas respectée, il explique. « Ce jour là, la houle était forte et il m’était impossible de respecter la vitesse de 5 nœuds sinon j’allais me drosser sur le récif, de plus avec le bateau qui avait tendance à se lever de l’avant, il m’était impossible de voir ce qu’il se passait devant. » Il fait aussi remarquer que le chenal est interdit aux baigneurs, ce à quoi le juge lui rétorque « ca ne vous dispense pas de faire attention. »
« Ma vie a basculé, physiquement et psychologiquement c’est dur pour moi de revenir sur un plan d’eau » témoigne la victime qui indique ignorer « comme beaucoup d’autres » l’interdiction de nager dans le chenal. Aveu sur lequel l’avocate de la partie civile rebondit pour pointer du doigt le prévenu en assurant, « même si c’est interdit de nager dans le chenal, c’est à celui qui détient l’arme de faire attention. »
L’accusation revêt la robe d’avocat
Pour autant l’accusé va recevoir un soutien inattendu en la personne du procureur, adepte de wind-surf et qui connaît bien la zone où s’est déroulée l’accident. « Je suis allé plusieurs fois là-bas et il faut une veille permanente de tous les passagers présents sur le bateau car c’est dangereux à cause des forts courants .» À noter qu’à bord du bateau, ils n’étaient que deux. Se déclarant « pas étonné par l’accident », il assure que « si vous êtes à bord d’un bateau qui navigue à cinq nœuds, vous allez dans le décor. C’est un endroit dangereux pour la navigation. » Il maintient, « tous bateaux qui naviguent dans cette zone sont forcément en infraction, sauf, pétole (…) et dans les conditions de mer, le jour de l’accident, difficile de voir un nageur.» Notant que « juridiquement, le capitaine se doit de respecter la vitesse », il demande au tribunal « d’apprécier les responsabilités respectives. » Il réclame à l’encontre du prévenu, au casier judiciaire vide, « une peine de six mois avec sursis. »
« Ce n’est pas la vitesse qui est responsable de l’accident, la cause ce sont des nageurs dans un chenal dangereux qui ne ce sont pas signalés »
Une aubaine pour la défense qui n’en demandait pas tant et qui s’engouffre dans la voie défrichée par l’accusation. « La mer était très agitée et s’il respectait la vitesse maximale de 5 nœuds il s’échoue. Il a donc augmenté sa vitesse. C’est la seule infraction que l’on peut lui reprocher. » Concernant la veille visuelle et auditive, elle estime « qu’elle est adaptée aux conditions météorologiques mais qu’il n’était pas prévu que trois nageurs bravent l’interdit et, qui plus est qui ont perdu la bouée de signalisation » assure t-elle en brandissant des photos où l’on aperçoit nettement les panneaux signalant l’interdiction de se baigner dans le chenal.
Ainsi pour la défense, « avec les creux de plus d’1.50m et l’absence de bouée, l’accident était inévitable. » Estimant que son client était uniquement responsable de sa vitesse et non des blessures involontaires, « ce n’est pas la vitesse qui est responsable de l’accident, la cause ce sont des nageurs dans un chenal dangereux qui ne ce sont pas signalés », elle demande la relaxe.
Après en avoir délibéré le tribunal a condamné le pilote à 6 mois de prison avec sursis. Sur le partage des responsabilités, le tribunal l’a estimé à 30 % pour le prévenu et 70 % pour la victime. Cela implique que le plongeur apnéiste voit son droit d’indemnisation réduit à 30% parce qu’il nageait dans le chenal. Un montant d’indemnisation qui n’a pas encore été estimé.
