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Trump a su capter la colère d'une partie des Américains

Washington (AFP) – Quand Donald Trump avait annoncé sa candidature à la présidence américaine le 16 juin 2015, descendant avec sa femme Melania l’escalier roulant de la Trump Tower à New York, il était probablement le seul à y croire.

Dix-sept mois plus tard, le milliardaire républicain de 70 ans, qui n’a jamais occupé de mandat électif, a été élu mardi 45e président de la première puissance mondiale, porté au pouvoir par la colère d’une partie de l’électorat : des Américains se sentant laissés-pour-compte, trahis par les élites, inquiets de la mondialisation et d’accords commerciaux internationaux qu’ils voient comme une menace à leurs emplois.

Donald Trump avait promis lundi dans ses derniers meetings de campagne un « Brexit puissance trois », référence au vote surprise des britannique pour une sortie de l’Union européenne.

Il a tenu parole. Et faisant mentir des sondages qui tous donnaient gagnante son adversaire Hillary Clinton, une majorité des Américains ont décidé de lui donner une chance, même si les deux-tiers pensent que le milliardaire de l’immobilier n’a pas le tempérament pour occuper la Maison Blanche.

Les médias américains, au départ, s’étaient amusés de ce formidable bateleur au franc-parler décapant, ancien animateur d’une émission de télé-réalité célèbre aux Etats-Unis, « The Apprentice ». 

Trump avait déjà caressé quelques années plus tôt l’ambition de se lancer dans la course à la Maison Blanche, sans la concrétiser.

Dans son discours de candidature en juin, Trump avait dressé un portrait très noir des Etats-Unis dans le monde, en train selon lui de devenir « un pays du tiers monde ». Il avait dénoncé des politiciens « qui parlent mais ne font rien ».

Il avait promis d’être « le plus grand président des emplois que Dieu ait jamais créé », promis de construire un mur à la frontière mexicaine pour lutter contre l’immigration clandestine, accusé le Mexique d’envoyer aux Etats-Unis ses « criminels, trafiquants de drogue, violeurs ». 

Le discours semblait simpliste, excessif, mais tout y était. Et il a porté. 

Pendant les semaines qui suivent, sur les chaînes de télévision, Trump assure le spectacle, se positionne comme le candidat du changement contre la corruption des élites.

– Malaise profond –

Les gens s’amusent, s’indignent, mais il a touché à un malaise profond dans l’Amérique blanche modeste que beaucoup ne voulaient ou ne pouvaient pas voir.

Seize autre républicains sont candidats aux primaires présidentielles, dont Jeb Bush, fils et frère de président, ancien gouverneur de Floride, qui a derrière lui le parti et d’importants soutiens financiers.

Donald Trump n’en fera qu’une bouchée. 

Il le ridiculise, l’appelle « basse énergie ». Il affuble ses autres adversaires de surnoms ridicules comme « petit Marco » pour le sénateur de Floride au visage poupin Marco Rubio. Se moque du physique de la seule femme candidate, Carly Fiorina.

Le parti républicain essaie en vain de le tempérer. 

Trump cogne, avec des déclarations choc, anti-immigration, anti-libre échange, promet de « rendre à l’Amérique sa grandeur ». 

Il a des solutions simples à tous les problèmes complexes, promet de détruire l’organisation jihadiste Etat islamique. Il fait l’éloge du président russe Vladimir Poutine.

Les foules, très majoritairement blanches, se pressent à ses meetings, répétant avec jubilation ses slogans et lui pardonnant tous ses excès. Elles aiment ce ton nouveau, politiquement incorrect, miroir de leurs frustrations et inquiétudes.

– Anti-élites-

Le milliardaire, qui avait invité les Clinton à son troisième mariage et jouait parfois au golf avec Bill Clinton, a endossé pour ces Américains inquiets l’habit de l’outsider anti-élites. 

Le trop plein de candidatures aux primaires lui permet de gagner l’investiture du parti républicain.

Les anciens présidents George Bush père et George W. Bush, ainsi que l’ancien candidat à la présidence Mitt Romney, refusent de participer à la convention républicaine où il sera investi en juillet candidat du parti. 

Le gouverneur de l’Etat de l’Ohio où elle se tient, John Kasich, ancien candidat aux primaires, n’y vient pas non plus. 

La hiérarchie du parti, de plus en plus, tord le nez. Mais elle n’arrive pas à stopper la tornade Trump, qui finance au départ lui-même sa campagne.

Sur Twitter, Donald Trump n’hésite pas à dire ce qu’il pense sans aucun filtre.

Dans les trois débats présidentiels, face à la démocrate Hillary Clinton qui connaît ses dossiers sur le bout des doigts, il apparaît mal préparé, avec une connaissance approximative des dossiers. 

Trois fois, la presse, qu’il accuse jour après jour d’être biaisée, le donne perdant. 

Le premier débat bat tous les records d’audience avec 84 millions de personnes.

Sa campagne a été émaillée de crises et attaques en tout genre de sa part, contre un juge latino, contre le père musulman d’un soldat mort en Irak, contre son adversaire démocrate surnommée « Hillary la crapule ».

Il a changé plusieurs fois son équipe de campagne.

– Donné mort plusieurs fois –

La presse l’a plusieurs fois donné mort, notamment après la publication en octobre d’un enregistrement des années 80, où il se vantait, en tant que star, de pouvoir faire n’importe quoi aux femmes.

« Nous allons finalement fermer le livre d’histoire sur les Clinton et leurs mensonges, machinations et corruption », avait promis lundi Donald Trump.

Face à son discours, et la colère qu’il captée, l’expérience d’Hillary Clinton, ancienne secrétaire d’Etat, ancienne sénatrice de New York et ancienne First Lady n’a pas fait le poids.

Le président élu Donald Trump, accompagné de son fils Baron et de sa femme Melania, salue ses supporteurs, le 9 novembre 2016 à New York. © AFP

© AFP Timothy A. CLARY
Le président élu Donald Trump, accompagné de son fils Baron et de sa femme Melania, salue ses supporteurs, le 9 novembre 2016 à New York

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