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Turquie: des journalistes emprisonnés, Erdogan critique l'Occident

Ankara (AFP) – La Turquie a emprisonné 17 journalistes qu’elle accuse de liens avec « une organisation terroriste », mais le président Recep Tayyip Erdogan a rejeté les critiques des Occidentaux sur les vastes purges après le putsch raté.

Dans un geste destiné à « renforcer l’unité nationale » deux semaines après la tentative de coup d’Etat militaire du 15 juillet, le chef de l’Etat a annoncé renoncer aux plaintes déposées contre ceux accusés de l’avoir « insulté ». Près de 2.000 personnes seraient concernées.

Le grand « coup de balai » lancé après le putsch avorté a toutefois continué, en dépit de mises en garde des Européens sur l’impact négatif qu’il pourrait avoir sur la candidature turque à l’Union européenne (UE).

Le pouvoir islamo-conservateur du président Erdogan accuse le prédicateur en exil aux Etats-Unis, Fethullah Gülen, et les partisans de son mouvement en Turquie, d’avoir organisé le coup d’Etat manqué.

Un responsable turc a assuré sous couvert d’anonymat que les services de renseignement avaient intercepté il y a plus d’un an des messages cryptés qui ont permis d’identifier 40.000 partisans du prédicateur dont 600 militaires de haut rang. « Un grand nombre sont impliqués dans la tentative de coup », a-t-il affirmé. 

Plus de 18.000 personnes ont été placées en garde à vue à un moment ou à un autre au cours des deux dernières semaines. Environ 10.000 d’entre elles font maintenant l’objet de poursuites et ont été placées en détention préventive.

Dix-sept journalistes sur les 21 qui ont comparu devant un tribunal d’Istanbul se sont ainsi réveillés en prison samedi, inculpés pour leurs liens présumés avec « une organisation terroriste », selon l’agence de presse officielle Anadolu.

Parmi eux figurent Nazli Ilicak, une journaliste réputée, ancienne députée du parti AKP de M. Erdogan, et d’anciens membres de la rédaction du quotidien Zaman, pro-Gülen jusqu’à sa reprise en main par le pouvoir en mars.

– ‘Ne pas répéter l’erreur’ –

« Ces détentions sont inacceptables », a estimé le journaliste turc Mustafa Akyol dans le quotidien Hurriyet tout en soutenant l’action du gouvernement contre les putschistes. 

« Ces gens n’ont fait qu’exercer leur profession ou partager leurs idées dans un journal détenu par la communauté Gülen, ce qui ne veut pas dire qu’ils fassent partie de cette communauté » ou soient impliqués dans le putsch, a-t-il ajouté.

« Ce n’est pas normal d’arrêter des journalistes, ce pays ne devrait pas répéter ce genre d’erreurs », a dit le commentateur Bulent Mumay, un des quatre remis en liberté, cité par l’agence de presse privée Dogan.

Le chef de la diplomatie turque Mevlut Cavusoglu a estimé nécessaire de faire le tri entre les putschistes et ceux « qui font du vrai journalisme ».

Alors que plus de 2.700 juges ont été suspendus, il est « inconcevable » d’envisager des procès équitables pour les milliers de suspects, a déclaré à l’AFP le juge français Marcel Lemonde, expert pour un programme du Conseil de l’Europe pour la modernisation de la justice turque entre 2012 et 2014. 

Il a dénoncé « une indépendance de la justice systématiquement battue en brèche » par le pouvoir et « un climat de terreur » qui se répand dans le système judiciaire turc depuis 2013, après une période (2002-2012) où d’importants progrès avaient été enregistrés.

Un total de 758 militaires ont par ailleurs été libérés vendredi soir dont 62 étudiants de l’Académie d’Istanbul dont certains âgés de moins de 20 ans.

Alors que des responsables européens ont critiqué l’ampleur des purges, le président Erdogan a conseillé aux Occidentaux de « se mêler de leurs affaires », dans un discours prononcé depuis son palais présidentiel vendredi soir. 

« Ces pays dont les leaders ne sont pas inquiets pour la démocratie turque, ni pour la vie de nos citoyens (…) alors qu’ils sont tellement préoccupés par le sort des putschistes, ne peuvent pas être nos amis », a-t-il lancé.

Signe de la tension avec l’UE, le président de la Commission Jean-Claude Juncker a estimé que l’accord UE/Turquie pour freiner l’afflux de réfugiés en Europe occidentale risquait de capoter.

Un général américain de haut rang s’était également inquiété d’un éventuel impact des purges dans l’armée sur la coopération avec la Turquie dans la lutte contre le groupe Etat islamique (EI). Près de la moitié (149) des généraux de l’armée turque ont été limogés après le putsch raté.

Le président Erdogan a accusé ce général de « prendre le parti des putschistes », des accusations démenties par le chef militaire américain.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan (c)rencontre le Conseil suprême militaire et le Premier ministre Binali Yildirim (2e d) le 28 juillet à Ankara. © AFP

© TURKISH PRESIDENTIAL PRESS OFFICE/AFP ADEM ALTAN
Le président turc Recep Tayyip Erdogan (c)rencontre le Conseil suprême militaire et le Premier ministre Binali Yildirim (2e d) le 28 juillet à Ankara

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