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Un carnage à Nice replonge la France dans le deuil

Nice (AFP) – Pour la troisième fois en 18 mois, la France a été frappée jeudi par un attentat, commis à Nice par un homme inconnu des services de renseignement, qui a lancé son camion sur la foule rassemblée pour la fête nationale, tuant 84 personnes. 

L’attentat, qui n’a pas été revendiqué, est l’œuvre d’un seul homme, un Tunisien de 31 ans, Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, qui « n’avait jamais fait l’objet de la moindre fiche ni du moindre signalement de radicalisation », selon le procureur de Paris François Molins.

Jeudi peu avant 23H00, un camion blanc de 19 tonnes a forcé un barrage de police et pénétré sur la Promenade des Anglais, fermée à la circulation, où 30.000 personnes, dont de nombreuses familles, étaient venues voir le feu d’artifice. Écrasant tout sur son passage, le conducteur a roulé sur 2 kilomètres du célèbre front de mer avant d’être abattu par la police.

Le bilan, encore provisoire, est particulièrement lourd: au moins 84 morts, dont 10 enfants et adolescents et 202 blessés. Parmi eux, 25 se trouvaient vendredi en réanimation.

De nombreux étrangers – Allemands, Américains, Algériens, Tunisiens, Suisse, Russe, Ukrainien – ont aussi trouvé la mort dans la deuxième ville française la plus fréquentée par les touristes, capitale mondialement connue de la Côte d’Azur. 

Sur la défensive après ce nouvel attentat, le Premier ministre Manuel Valls a nié vendredi soir toute faille des forces de sécurité, louant au contraire leur « engagement ». 

« Une campagne présidentielle ne mérite pas qu’on divise le pays », a lancé le chef du gouvernement socialiste à l’adresse de l’opposition de droite qui a fustigé « l’impuissance » de l’exécutif.

Mais, alors que le chef du gouvernement a jugé que « le terroriste » était « sans doute lié à l’islamisme radical d’une manière ou d’une autre », son ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve s’est montré moins affirmatif. 

– Un déséquilibré ?-

Seule l’enquête permettra de comprendre « le réel profil » du tueur, s’il a agi « à la demande d’autres individus » ou « actionné par les messages continus de Daech qui appellent et provoquent au crime », a-t-il dit, relevant qu’il y avait « chez lui un déséquilibre ».

De fait, aux dires d’anciens voisins, ce père de trois enfants, chauffeur-livreur de métier, pouvait se montrer violent, notamment envers son ex-épouse, qui a été placée en garde à vue.

« Connu des services de police et de justice pour des faits de menaces, violences, vol et dégradations », selon François Molins, il avait été condamné récemment à six mois de prison avec sursis pour avoir agressé un automobiliste.

« Il faisait des crises. Quand il s’est séparé de sa femme, il a déféqué partout, trucidé le nounours de sa fille (…) et lacéré les matelas », a raconté à l’AFP un habitant de son ancienne barre d’immeuble, disant ne pas croire « un problème de radicalisation ». 

Reste qu’un pistolet automatique et une grenade inopérante ont notamment été retrouvés dans le camion qu’il avait loué deux jours plus tôt à 10 km de Nice. A charge pour les enquêteurs, qui ont déjà mené des perquisitions dans deux de ses domiciles connus, d’établir comment il se les est procurés. 

S’il n’a pas été revendiqué, l’attentat « correspond » aux « appels aux meurtres » des groupes jihadistes, a d’ailleurs souligné le procureur de Paris. Dans un message audio diffusé en 2014, le porte-parole officiel de l’EI, Abou Mohammed Al-Adnani, encourageait à utiliser n’importe quelle arme disponible, citant notamment les « voitures ». 

Survenue au cœur de l’été, après un Euro de football sans incident notable, cette tuerie replonge le pays dans l’effroi et la douleur et confirme que la France fait figure de cible privilégiée des jihadistes, notamment pour son engagement militaire contre l’EI en Syrie. 

Le chef de l’État, qui réunira samedi à 09H00 un nouveau conseil restreint de sécurité et de défense, a déjà annoncé un « renforcement » de l’action de la France en Irak et en Syrie.

François Hollande, qui a décrété trois jours de deuil national, samedi, dimanche et lundi, a prévenu que la France n’en avait « pas terminé » avec le terrorisme et annoncé la prolongation de trois mois de l’état d’urgence. 

Décrété il y a huit mois dans la foulée des attentats parisiens du 13 novembre, les plus meurtriers commis en France avec 130 morts, il devait s’achever le 26 juillet.

-« Chaos absolu »-

Les témoins de l’attaque, dont un journaliste de l’AFP, ont décrit un « chaos absolu ». « On a vu le camion à 120 ou 150 km à l’heure. Les gens sons devenus fous. J’ai vu un petit coupé en deux, sa poussette est restée intacte. C’est horrible », a raconté à l’AFP Laroussi, un touriste tunisien. 

Ce attentat, le pire en Europe depuis ceux de novembre, a suscité une vague de réactions indignées dans le monde, le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, appelant à renforcer les efforts « pour combattre le terrorisme ». Le Conseil de sécurité de l’ONU a observé un moment de silence. 

Face à cet acte « effroyable », le président des Etats-Unis Barack Obama a promis une nouvelle fois de « détruire » le groupe Etat islamique, affichant sa volonté d’y parvenir tout en restant « fidèle aux valeurs de pluralisme, de diversité et de liberté que les gens célébraient à Nice le 14 juillet ».

Alors que des hommages spontanés de citoyens meurtris ont été rendus un peu partout en France, dans la capitale la tour Eiffel devait être illuminée en bleu-blanc-rouge vendredi soir et pendant les trois jours du deuil national, comme la colonnade de l’Assemblée nationale.

L’Organisation mondiale du tourisme (OMT) a elle appelé les vacanciers du monde entier à se rendre en France pour défier les « terroristes » et ne pas « punir les victimes ».

Hommages aux victimes de l'attaque de Nice, le 15 juillet 2016, au lendemain du drame. © AFP

© AFP ANNE-CHRISTINE POUJOULAT
Hommages aux victimes de l’attaque de Nice, le 15 juillet 2016, au lendemain du drame

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