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Un colosse aux multiples personnalités

Ce jeudi, malgré la fermeture du tribunal au public, des audiences se tenaient. Parmi celles-ci, une affaire de violences conjugales. Ce n’est pas tant la nature des faits, relativement habituels dans le cadre des comparutions immédiates, qui a marqué les esprits, mais la personnalité de l’accusé. Il a été condamné à un an de prison ferme.

Pour les habitués du tribunal et de son agitation quotidienne, voir la salle des pas perdus vidée de toute présence humaine, donne l’impression de s’y être laissé enfermer un week-end. Pas un chat à part les habituels gallinacés qui vaquent à leurs occupations dans la cour sans se soucier du covid-19. Pour trouver une trace de vie, il faut se rendre dans la grande salle d’audience ou sont traitées les affaires urgentes, dont les comparutions immédiates. Et pour cette première journée dans ces conditions très particulières, juge, assesseurs, avocats et procureur ont eu le droit à un accusé lui aussi très particulier.

Bipolaire en rupture de traitement

Un colosse velu au(x) regard(s) à faire froid dans le dos. De grands yeux bleus dans lesquels semblent se nicher diverses personnalités, passant soudainement du vide sidéral, à la tristesse, à l’étonnement, à la duplicité et la bestialité. Cela en ne clignant quasiment jamais des yeux. Une personnalité inquiétante par sa carrure et ses sautes d’humeur. Un bipolaire en rupture de traitement, comme on l’apprendra aux cours des débats. La raison de sa présence, des violences conjugales. Coups de poing, menace de mort avec un couteau posé en travers de la gorge de sa concubine, tout cela devant ses deux enfants qu’elle a eu d’un premier lit. Des enfants de moins de 10 ans.

Des claques dans l’avion

Ensemble depuis juillet 2018, le couple a connu plus de bas que de hauts. Il a du mal à se maîtriser, il le reconnait lui-même, et frappe sa compagne peu importe l’endroit où ils se trouvent. Dans l’avion lors d’un voyage retour à Los Angeles où pour une raison futile il lui donne une claque, et lorsqu’elle revient des toilettes où elle s’était recoiffée et arrangée car elle saignait du nez, un étranglement et des insultes parce que « t’aimes bien faire ta fière, hein pétasse. »

Des vacances en Californie dont elle se souviendra comme ses enfants qui les accompagnaient. « À Los Angeles, il se foutait constamment de moi, il n’arrêtait pas de me rabaisser, mais comme il ne pouvait pas me frapper dans la rue, il me tapait quand on rentrait le soir à l’hôtel. » Une autre fois, c’était à la plage à Moorea où il la frappe devant tout le monde, claquant aussi le gamin qui intervenait pour protéger sa mère.

« Je vais te tuer »

Une semaine après, il remettait cela au domicile conjugal alors que sa concubine revenait d’un anniversaire. Fumant un joint, il l’attendait et à peine arrivée elle se prend un tombereau d’insultes, il la frappe, et une fois à terre lui passe la lame d’un couteau cranté sur la gorge en lui disant, « je vais te tuer ».

Durant leur relation, elle a reçu tellement de coups qu’elle a dû quitter son travail, dans l’incapacité de masquer ses nombreux hématomes.

Si lors de sa déposition à la gendarmerie, il reconnait sans problème les faits, il avance des explications plutôt décousues. « Elle est jalouse, alcoolisée et elle s’emporte. Elle n’écoute pas ce que je lui dis. Elle croît que je la trompe et je dois tout le temps la rassurer. Elle veut tout me sucer, mon argent, mes terres. (…) ». Précision : il ne travaille pas et vit à ses crochets. Il poursuit :  « Elle me fait plus pitié qu’autre chose. » « Elle est conne. C’est la conne parfaite. Par contre, le prochain mec qui s’approche d’elle, je le cogne. »

« J’aimerais la rendre heureuse, je sais que notre amour est réciproque. »

À la barre, il admet les faits et fait son mea culpa « Je ne recommencerais plus jamais. J’ai du mal à canaliser ma colère. Je ne comprends pas pourquoi notre relation est comme cela. J’aimerais la rendre heureuse, je sais que notre amour est réciproque. »

Une réciprocité que sa compagne avouera à la barre. « J’ai des sentiments pour lui, cela c’est clair. » – Il fond en larmes – « Il faut du temps pour que son cerveau murisse et grandisse et s’il faut être loin de lui pour qu’il le comprenne, je le ferais. » En pleurs, « Je me sens ridicule de faire subir cela à mes enfants. ». « Ce n’est pas vous qui leur faites subir cela madame » la rassure le juge.

Des frissons dans l’échine

S’adressant à l’homme dans le box qui est en pleurs, « Pourquoi vous pleurez monsieur ? », « Je veux changer. » « Vous pensez réellement pouvoir changer ? » « Oui » Et, d’une voix et d’un regard qui ont fait parcourir des frissons dans l’échine de l’assistance, surpassant l’inquiétant Jack Nicholson dans  Shining, « À condition que les enfants partent chez leur père. »  D’un coup, comme si rien ne s’était passé, son regard de tueur psychopathe s’éteint, cédant la place à celui d’un enfant apeuré.

Il a été condamné à 24 mois de prison dont 12 avec sursis. Sa personnalité a tellement marqué le juge qu’il a estimé bon de préciser, « C’est le tribunal qui vous condamne monsieur, ni madame, ni les enfants. »

 

Le Palais de justice en mode coronavirus

Pour information les urgences judiciaires suivantes continueront à être assurées :

– Les audiences du tribunal correctionnel en matière de détention provisoire et de contrôle judiciaire

– Les audiences de comparution immédiate du tribunal correctionnel

– Les défèrements devant le juge d’instruction et le juge des libertés et de la détention ;

– Les audiences du juge de l’application des peines pour la gestion des urgences ;

– Les urgences  d’assistance éducative pour les mineurs en danger

– Les permanences du parquet

– Les audiences de référés visant l’urgence du tribunal de première instance de Papeete et des sections détachées de Raiatea et Nukuhiva , ainsi que les mesures urgentes relevant du juge aux affaires familiales. Elles seront assurées par le tribunal de Papeete.

– Les audiences civiles du juge des libertés et de la détention (hospitalisation sous contrainte…) .

– Les audiences de la chambre de l’instruction pour la détention  et le contrôle judiciaire.

– Les audiences de la chambre des appels correctionnels et de la chambre d’applications des peines pour la gestion des urgences.

– Les audiences de procédures collectives au tribunal mixte de commerce

Les services d’accueil du public seront fermés. Les agents de ces services ne recevront plus de public. Ils pourront, en revanche, continués à être joints par téléphone pour répondre aux situations d’urgence au 40 41 55 00.

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