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Un délicat déplacement en Corse pour Manuel Valls

Ajaccio (AFP) – Manuel Valls a entamé lundi sa première visite en tant que Premier ministre en Corse, où les dirigeants nationalistes devraient mettre sur la table plusieurs questions sensibles, de l’amnistie des prisonniers « politiques » au statut de la langue corse.

En fin de matinée, le chef du gouvernement s’est rendu à Ajaccio à l’Assemblée de Corse, devant laquelle il devait s’exprimer après les leaders nationalistes de l’île, Gilles Simeoni et Jean-Guy Talamoni. Auparavant, une réunion à la préfecture de Corse-du-Sud a eu lieu en début de matinée avec notamment les élus locaux.

Jean-Guy Talamoni a accueilli M. Valls à l’Assemblée, « dans ce lieu saint de la démocratie corse », soulignant que « bien des choses (avaient) changé dans ce pays »: « Qui aurait pu croire il y a quelques mois que plusieurs membres du gouvernement français » viendraient dans l’Assemblée après la victoire des nationalistes ?, s’est-il interrogé.

S’il s’était rendu à plusieurs reprises dans l’île en tant que ministre de l’Intérieur, c’est le premier déplacement de M. Valls, qui entretient des rapports parfois tendus avec le camp « natio », depuis qu’il est à Matignon. C’est aussi la première visite de très haut niveau – président ou Premier ministre – depuis la victoire des nationalistes Gilles Simeoni et Jean-Guy Talamoni aux élections régionales de décembre 2015.

Cette victoire électorale inédite avait débouché sur un entretien des deux hommes avec Manuel Valls à Matignon, dont le fruit avait été la création de trois groupes de travail, consacrés respectivement à « l’avenir et au développement de la langue corse », à la « lutte contre la spéculation foncière et la fiscalité » et à la mise en place de la « collectivité unique » prévue au 1er janvier 2018, qui doit entraîner la fusion des deux départements avec l’organe régional.

-Minute de silence-

« Les Corses ont envoyé un message fort par les urnes, il faut l’entendre (…). Nous avons formulé un certain nombre de demandes et avons pris acte des refus. Mais nous ne nous en accommodons pas », a prévenu dans Le Parisien-Aujourd’hui en France Gilles Simeoni.

Les nationalistes réclament une « amnistie » pour ceux qu’ils qualifient de prisonniers « politiques » corses. Manuel Valls a répliqué en assurant que les règles de rapprochement « s’appliquent », sauf pour le « commando Erignac » ayant tué le préfet de Corse en 1998, qu’il assume de garder en prison sur le continent.

En marge de la visite de M. Valls, environ 150 personnes se sont rassemblées lundi matin près de la préfecture d’Ajaccio à l’appel de la de l’organisation Sulidarità et de la Ligue des droits de L’Homme pour demander l’amnistie des prisonniers « politiques », a constaté un journaliste de l’AFP. 

Sur la langue corse, la revendication d’une « co-officialité » avec le français n’a pas plus de chance d’aboutir, l’exécutif ayant été très clair dans son refus. Mais les nationalistes pensent obtenir gain de cause a minima sur la création d’une agrégation de corse.

Au surlendemain du décès de Michel Rocard, la visite a été l’occasion d’un nouvel hommage à l’ancien Premier ministre, salué comme un « ami de la Corse » dès samedi soir par Gilles Simeoni et Jean-Guy Talamoni, et en mémoire duquel une minute de silence a été respectée dans l’Assemblée de Corse.

Lorsqu’il était à Matignon, Michel Rocard avait chapeauté avec son ministre Pierre Joxe une nouvelle loi sur le statut de la Corse en 1991, qui créait la « collectivité territoriale de Corse ». Le Conseil constitutionnel avait d’ailleurs censuré à l’époque l’usage dans la loi du terme « peuple corse » au motif que la Constitution « ne connaît que le peuple français ».

Ce point suscite encore la controverse: « il n’y a qu’une seule nation, la nation française. Il est hors de question de revenir là-dessus », avait affirmé fin décembre M. Valls, ancien conseiller de M. Rocard. Au même moment, M. Talamoni avait fait polémique en qualifiant la France de « pays ami ».

Manuel Valls est accompagné de plusieurs ministres, notamment Jean-Michel Baylet (Collectivités territoriales), Stéphane Le Foll (Agriculture),  Christian Eckert (Budget), Emmanuelle Cosse (Logement) et Najat Valaud-Belkacem (Education).

Après son discours devant l’Assemblée de Corse à Ajaccio, il doit se rendre dans l’après-midi à Bastia, puis dans le cap Corse.

Le Premier ministre français Manuel Valls (2eD) aux côtés du préfet de Corse, Bernard Schmeltz, du ministre des Collectivités Jean-Michel Baylet (C) et de la ministre de l'Education Najat Vallaud-Belkacem le 4 juillet 2016 à Ajaccio. © AFP

© AFP PASCAL POCHARD-CASABIANCA
Le Premier ministre français Manuel Valls (2eD) aux côtés du préfet de Corse, Bernard Schmeltz, du ministre des Collectivités Jean-Michel Baylet (C) et de la ministre de l’Education Najat Vallaud-Belkacem le 4 juillet 2016 à Ajaccio

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