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Une effrayante paranoïa collective anti pêcheurs chinois en Polynésie – Edito 20/03/2019

En fait ça a failli être drôle si la paranoïa ne continuait pas d’envahir tous les relais d’opinion du pays. On est en train de vivre la version 2019 du Péril Jaune. Si à titre personnel j’estime qu’il est toujours bon de rester prudent face aux manoeuvres manifestement hégémoniques de tout pays en dehors de ses frontières ; sombrer dans la théorie du complot et le reniement de tout sens commun n’est par contre pas préconisé.

Ainsi quelles qu’aient été les explications relayées par les médias avec des démonstrations par A + B que non les navires chinois ne pillaient pas nos ressources halieutiques au sein de notre zone économique exclusive, que nenni : tout le monde, politiques et médias complices se seront en fait entendus pour tromper la population et passer sous silence la razzia en train de s’opérer dans nos eaux.

Cela fait des décennies que notre port accueille les navires étrangers pour y vider leurs cales et envoyer le produit de leur pêche vers leurs pays clients, mais non, là ce n’est pas pareil certains ont semble-t-il reconnu des thons sur les photos qui circulent. Ce sont nos thons, de nos eaux. L’absurde, le grotesque ne fait pas peur, on repousse les limites de la raison, légions sont ceux qui abandonnent leur libre arbitre à ceux qu’ils laissent penser par procuration pour eux. Ces lanceurs d’alerte voudraient se faire passer pour des chevaliers blancs alors qu’en prenant un tout petit peu de hauteur tout porterait plutôt à croire qu’ils ne sont animés que par la rancoeur devenue obsession. Le plus effrayant c’est que si ça se trouve ils sont intimement persuadés d’être dans le vrai sans réelle volonté de manipulation des masses. Je ne suis pas psy, je n’ai pas de diagnostic à poser, mais ça sent quand même pas mal le délire paranoïaque obsessionnel.

Et c’est contagieux. Des gens très bien sont pris dans ces filets. Voient des navires chinois partout, disent les reconnaître à quai, ils sont intimement persuadés de les avoir vu à l’arrêt dans nos eaux en train de pêcher. Tous les hommes aux yeux bridés mal fringués qui marchent à pied le long des trottoirs depuis Motu Uta sont regardés en chien de faïence.  Ils sont des hordes d’ennemis potentiels, les fossoyeurs de nos eaux.

Quand tu lis des commentaires ça mettrait presque la larme à l’oeil tellement on dirait qu’ils nous piquent le ma’a de l’assiette.

A l’échelle d’une petite communauté comme la notre les réseaux sociaux représentent manifestement un danger encore plus grand qu’ailleurs. Le phénomène d’amplification est si rapide, si exponentiel qu’il participe à faire chanceler les fondations du pacte citoyen. On en oublie nos droits au bénéfice de ce que l’on s’imagine nous être dû. Un pseudo réflexe de survie, de protection de son territoire, émerge et petit à petit le rationnel est relégué au second plan, l’ensauvagement des populations émerge. Je trouve finalement plus de dignité à être un thon pêché par un chinois.

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2 Commentaires

  1. simone grand
    21 mars 2019 à 8h27 — Répondre

    merci Alexandre. Un peu de raison dans le délire généralisé est aussi bienfaisant qu’une brise en pleine canicule.
    Il est curieux en effet de constater que les mêmes qui veulent pas voir les Chinois ici sont les premiers à refuser aux locaux de pêcher ici chez eux dans la ZEE. Adeptes des Territoires interdits où nul n’a le droit de se rendre, il est inévitables que de nouvelles légendes angoissantes se mettent à circuler sur ces zones interdites.

  2. LEE
    21 mars 2019 à 10h31 — Répondre

    D’accord Alexandre mais nous n’avons pas besoin de réseaux sociaux pour nous aider à nous poser des questions comme; ces bateaux n’aurraient ils pas pu pécher ces poissons dans nos eaux, les chinois sont ils assez intégres pour ne pas osez pécher dans nos eaux territoriales, ne le font il pas ailleurs? C’est une des seules ressources de notre pays et donc se poser ces genres de questions est une bonne paranoia.

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Une effrayante paranoïa collective anti pêcheurs chinois en Polynésie – Edito 20/03/2019