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Valls essaie de convaincre Israël en "ami", mais "la colonisation doit cesser"

Tel-Aviv (AFP) – Le Premier ministre Manuel Valls s’est attaqué dimanche à la tâche ardue de convaincre, « en ami », les Israéliens qu’une initiative de Paris pour la paix avec les Palestiniens était dans leur intérêt, tout en répétant que « la colonisation doit cesser ».

M. Valls a entamé un délicat déplacement de trois jours en Israël et dans les Territoires palestiniens en inaugurant une centrale solaire construite par EDF-Energies nouvelles près d’Ashdod (ouest), puis en rencontrant des start-ups françaises à Tel-Aviv.

Relations d’affaires, coopération, culture, religion… M. Valls a souligné que tous les aspects de son déplacement étaient « importants », y compris la dimension mémorielle, puisqu’il se recueillera lundi à Jérusalem sur les tombes des victimes juives d’attentats en France.

Dans les faits, la visite était largement dominée par le projet français de réunir une conférence internationale pour relancer l’effort de paix, moribond depuis l’échec de la dernière initiative américaine en 2014.

Le soutien palestinien est acquis. En revanche, M. Valls devrait faire face à une opposition maintes fois exprimée quand il rencontrera le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu lundi.

Il y a une semaine, M. Netanyahu a mis en doute devant le chef de la diplomatie Jean-Marc Ayrault « l’impartialité française », en brandissant le vote par Paris d’une décision de l’Unesco qui a provoqué la colère israélienne.

Devant la vigueur des objections, M. Valls a insisté sur le fait qu’il venait en « ami » et a assuré que la France n’avait pas de parti pris parce que la paix est « dans l’intérêt de tous », Israéliens comme Palestiniens.

« Le chemin est étroit », a-t-il admis dans le quotidien palestinien Al-Ayyam, et les Français sont « lucides, déterminés et modestes ». Lui-même est « confiant », a-t-il dit à des journalistes à Tel-Aviv.

Répondant à l’une des inquiétudes israéliennes, il a, comme M. Ayrault avant lui, pris ses distances avec les déclarations faites en janvier par l’ancien chef de la diplomatie Laurent Fabius selon lesquelles la France reconnaîtrait l’Etat palestinien en cas d’échec de l’initiative.

« Dire aujourd’hui quand nous reconnaîtrons l’État palestinien, c’est acter par avance l’échec de notre initiative », a dit M. Valls.

Face à une autre préoccupation israélienne, il a dit qu’il ne s’agissait « en aucun cas d’imposer quoi que ce soit » et qu’au bout du compte, même avec une conférence internationale, ce serait aux Israéliens et aux Palestiniens de négocier la paix.

– Remous politiques –

Mais « entre deux pays amis, il faut de la franchise », a-t-il déclaré aux journalistes. « Plus le temps passe, plus la viabilité d’un Etat palestinien s’estompe sous l’effet d’une colonisation qui se développe », a-t-il dit à Al-Ayyam.

En tant qu' »ami d’Israël », il peut dire « avec encore plus de franchise: oui, la colonisation doit cesser ». C’est un « impératif », a-t-il renchéri devant la poursuite par Israël des constructions d’habitations civiles dans les Territoires occupés. 

La France cherchera à jeter les bases d’une conférence internationale lors d’une réunion ministérielle le 3 juin en présence des grandes puissances et des principaux pays et organisations concernées, mais sans les Israéliens ni les Palestiniens.

L’objectif est ensuite de réunir la conférence proprement dite avec les deux parties, à l’automne, avant que s’achève le deuxième mandat du président américain Barack Obama.

Les derniers soubresauts de la politique intérieure israélienne incitent plus que jamais à la prudence: M. Valls se trouve en Israël au moment où M. Netanyahu semble en passe de faire entrer dans son gouvernement l’ultranationaliste Avigdor Lieberman, figure détestée des Palestiniens. 

L’arrivée à la tête du ministère clé de la Défense de M. Lieberman, qui a accusé le gouvernement de manquer de fermeté face à la vague actuelle d’attaques palestiniennes et qui prône de nouvelles colonies en Cisjordanie occupée, cimenterait le gouvernement le plus à droite de l’histoire d’Israël, selon des commentateurs.

M. Netanyahu a assuré que son gouvernement élargi continuera à « aspirer » à la paix.

Dimanche après-midi, M. Valls devait aller fleurir à Tel-Aviv le mémorial Yitzhak Rabin, sur les lieux de l’assassinat en 1995 du Premier ministre israélien artisan des accords d’Oslo. Il participera aussi à une émission le soir sur les chaînes de télévision israélienne i24 et française BFM TV, organisée avec d’autres médias détenus par le milliardaire franco-israélien Patrick Drahi (Libération, L’Express…) 

Le Premier ministre français Manuel Valls à Tel Aviv en Israël, le 22 mai 2016. © AFP

© AFP JACK GUEZ
Le Premier ministre français Manuel Valls à Tel Aviv en Israël, le 22 mai 2016

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