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Venezuela: divisée, l'opposition reprend l'offensive anti-Maduro

Caracas (AFP) – Le Parlement au Venezuela renouvelle jeudi son président, l’occasion pour l’opposition de centre droit, qui y est majoritaire mais reste divisée, de dévoiler une nouvelle feuille de route vers son objectif principal: obtenir le départ anticipé du chef de l’Etat socialiste Nicolas Maduro.

Ce changement survient au lendemain d’un remaniement ministériel surprise, avec la nomination d’un nouveau vice-président, le gouverneur de l’Etat d’Aragua (centre) Tareck El Aissami, 42 ans, appelé à succéder à M. Maduro si ce dernier était destitué.

Un an après sa victoire historique aux élections législatives, qui avait mis fin à 17 années d’hégémonie chaviste (du nom de l’ex-chef de l’Etat Hugo Chavez, 1999-2013), la coalition de la MUD (Table pour l’unité démocratique) peine à transformer l’essai.

« Elle est dans une situation doublement difficile: d’un côté, elle lutte contre une force qui a le pouvoir économique, militaire et politique, et de l’autre elle le fait de manière divisée, sans organisation solide et avec des luttes internes insolubles », explique à l’AFP Luis Vicente Leon, président de la société de sondages Datanalisis.

A la tête du Parlement, Henry Ramos Allup cèdera la place à Julio Borges, qui dans un discours devrait redéfinir la stratégie de son camp, déterminé à éjecter le président Maduro en 2017, faute de l’avoir fait en 2016.

Il devrait appeler à accentuer la pression populaire avec des manifestations, alors que le mécontentement des Vénézuéliens est au plus haut, 78,5% d’entre eux rejetant la gestion gouvernementale, selon Datanalisis.

Dans le pays sud-américain, la crise économique liée à la chute des cours du pétrole – son unique richesse – a fait exploser l’inflation et vidé les rayons des supermarchés et pharmacies.

Mais cette exaspération générale ne profite pas à la MUD, dont le soutien a chuté de 45 à 38% ces deux derniers mois, selon le cabinet Keller et associés, les habitants semblant lassés de ses désaccords et ses échecs.

Car dans la population, « il y a eu de très grandes attentes qui n’ont pas été comblées. L’opposition a manqué d’une stratégie (pour prendre le) pouvoir », a reconnu Jesus Torrealba, qui pourrait être remplacé jeudi à son poste de secrétaire exécutif et porte-parole de la MUD.

– Un dialogue critiqué –

Les fractures au sein de cette vaste coalition allant du centre à la droite dure se sont aggravées après la suspension en octobre par les autorités électorales du processus vers un référendum révocatoire contre Nicolas Maduro.

Malgré ce cinglant revers, l’opposition avait entamé 10 jours plus tard un dialogue avec le gouvernement, sous les auspices du Vatican, une démarche rejetée par nombre de ses partisans et la moitié des 30 partis de la coalition.

« Il ne s’agit pas de divisions superficielles. Au sein de la MUD il y a des différences structurelles entre les modérés et les radicaux sur la voie à suivre pour régler le problème Maduro et les conflits d’intérêts entre ses dirigeants », estime Luis Vicente Leon.

Face à ces critiques, la MUD a gelé le dialogue en décembre, reprochant au gouvernement de ne pas libérer d’opposants ni définir de calendrier électoral incluant le référendum révocatoire ou des élections anticipées avant l’échéance normalement prévue de 2018.

Mais la libération de sept opposants à la veille du Nouvel an, dont l’ex-candidat présidentiel Manuel Rosales, pourrait adoucir sa posture et l’inciter à venir au prochain rendez-vous fixé par l’exécutif, le 13 janvier.

« Nous, nous serons là », a promis Nicolas Maduro, qui, hormis le Parlement, contrôle l’ensemble des pouvoirs au Venezuela, s’appuyant notamment sur le soutien de l’armée.

Pour le politologue Ricardo Sucre, le « fond du problème du dialogue (reste) la méfiance, c’est pour cela qu’il est au point mort ».

Si 17 opposants au total ont été relâchés depuis le début des pourparlers, selon la MUD une centaine restent détenus, dont deux figures majeures: Leopoldo Lopez, fondateur du parti Volonté populaire, et Antonio Ledezma, maire de Caracas.

Et les divisions ne semblent pas prêtes de s’aplanir, Manuel Rosales appelant à nouer « des accords minimaux » avec le gouvernement, tandis qu’Henry Ramos Allup juge « inutile » de dialoguer « avec une dictature ».

Le président du Venezuela Nicolas Maduro a nommé le 4 janvier 2017 un nouveau vice-président, Tareck El Aissami, qui pourrait le remplacer en 2017 dans le cas d'une destitution, souhaitée par l'opposition. © AFP

© présidence du Venezuela/AFP HO
Le président du Venezuela Nicolas Maduro a nommé le 4 janvier 2017 un nouveau vice-président, Tareck El Aissami, qui pourrait le remplacer en 2017 dans le cas d’une destitution, souhaitée par l’opposition

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